Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a rencontré des hommes d’affaires américains à Ramallah au début du mois avec pour objectif de créer un canal de contact avec la prochaine administration Trump.

Le 2 janvier à Ramallah, Abbas a rencontré le milliardaire Adnan Mjalli, propriétaire d’entreprises aux Etats Unis et dans le monde et Daniel Arbess, directeur d’un fonds spéculatif juif américain.

L’objectif de cette rencontre était d’établir un canal diplomatique indirect entre Abbas et le président élu Donald Trump par l’intermédiaire des hommes d’affaires, a appris le Times of Israël.

Arbess avait été envoyé à Ramallah pour transmettre des messages à Abbas et recueillir leurs réponses pour les ramener à Washington en amont de la prise de fonction de Trump à la présidence des Etats Unis, le 20 janvier.

Arbess est considéré comme un proche de Jared Kushner, le gendre de Trump, qui devrait jouer un rôle majeur à la Maison Blanche au sein de la nouvelle administration.

Adnan Majali (sCapture d'écran :YouTube)

Adnan Majali (sCapture d’écran :YouTube)

Au cours de cette rencontre, Arbess a convaincu Abbas que Trump était bien décidé à délocaliser l’ambassade américaine depuis Tel Aviv vers Jérusalem, selon Haaretz qui a été le premier média à rapporter l’organisation de cette rencontre. toutefois le quotidien a ensuite publié les propos de Jason Greenblatt, l’envoyé spécial de Trump pour le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Greenblatt a ainsi indiqué qu’ « Arbess ne représentait ni le président élu Trump, ni Jared Kushner, ni quiconque dans l’administration entrante. Il ne connaît pas non plus les points de vue de Trump à propos d’Israël, de l’Autorité palestinienne ou du processus de paix. Seulement, le président élu, ou ceux désinés par lui peuvent s’exprimer au nom de l’administration entrante, » selon Haaretz.

Toujours selon Haaretz, un autre responsable a indiqué « M. Arbess connaît à peine M. Kushner », dit-il. « Nous espérons que d’autres personnes [connaissant Kushner ou quelqu’un d’autre de proche de Trump] ne tenteront de dénaturer de façon si effrontée leur relation et prétendent parler au nom de M. Trump ou de son administration. »

La semaine dernière toutefois, Abbas avait déclaré aux membres du parti de gauche israélien du Meretz qu’il ne pensait pas que le président élu délocaliserait l’ambassade américaine à Jérusalem.

Majed Faraj, chef de la sécurité palestinienne, a également participé à cette rencontre. Le négociateur le plus important de l’Organisation pour la Libération de la Palestine, Saeb Erekat, quoique attendu, n’était pas présent.

Daniel Arbess (Capture d'écran : YouTube)

Daniel Arbess (Capture d’écran : YouTube)

De hauts-responsables de l’OLP ont indiqué que les Palestiniens tentent encore de déterminer quelles seraient les initiatives à prendre si Trump devait tenir sa promesse de déménager l’ambassade. Ce projet de délocalisation a suscité de nombreux avertissements et condamnations de la part des Palestiniens, de l’administration américaine et d’autres.

L’OLP a d’ores et déjà annoncé qu’elle révoquerait sa reconnaissance d’Israël en réponse à ce transfert de l’ambassade. L’organisation pourrait également demander à Washington de reconnaître le droit des Palestiniens à Jérusalem-Est si les Etats Unis devaient reconnaître Jérusalem Ouest en tant que capitale d’Israël.

Les trois derniers présidents des Etats Unis avaient maintenu que le statut futur de Jérusalem devrait être décidé lors des négociations finales entre les deux parties, les Israéliens comme les Palestiniens revendiquant chacun la ville comme leur capitale légitime.

Mais Trump a indiqué depuis sa victoire au mois de novembre qu’il se démarquera de cette tradition. Au mois de décembre, il a nommé son ami de longue date et avocat David Friedman, partisan avoué des implantations israéliennes – auxquelles il apporte aussi un soutien financier – au poste d’ambassadeur américain en Israël. Il avait indiqué désirer pouvoir faire son devoir « au sein de la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem ».

Selon des reportages, les conseillers de Trump ont déjà commencé à finaliser la relocalisation. Kellyanne Conway, directeur de campagne de Trump et futur conseiller à la Maison Blanche, a affirmé que cet transfert était « l’une de ses très grandes priorités ».

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump vote avec son gendre Jared Kushner dans une école publique de New York, le 8 novembre 2016. (Crédit : AFP/Chip Somodevilla/Getty Images)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump vote avec son gendre Jared Kushner dans une école publique de New York, le 8 novembre 2016. (Crédit : AFP/Chip Somodevilla/Getty Images)

Au début du mois, Abbas avait interpelé par courrier Trump et d’autres dirigeants internationaux, recommandant vivement que l’ambassade américaine reste à Tel Aviv.

Dans sa lettre à Trump, Abbas avait affirmé que l’initiative de délocalisation aurait “probablement un impact désastreux sur le processus de paix, sur la solution à deux états et sur la stabilité et la sécurité dans la région entière dans la mesure où la décision d’Israël d’annexer Jérusalem-Est viole la loi internationale ».

La semaine dernière, Abbas a invité Trump à se rendre dans les Territoires palestiniens.

Il a toutefois ajouté que la délocalisation de l’ambassade représenterait le franchissement d’une limite intolérable pour les Palestiniens et qu’une telle initiative plongerait le processus de paix dans une crise qui serait peut-être insurmontable, selon la radio israélienne.

Erekat ira à la conférence parisienne

Abbas devait initialement se rendre à Paris pour s’y entretenir avec le président François Hollande en marge du sommet consacré à la paix au Moyen Orient qui se déroulera dimanche au sein de la capitale française. Mais des sources ont indiqué vendredi que c’est Erekat qui fera le déplacement à sa place en tant que représentant officiel de l’OLP.

Un responsable du bureau de Hollande a déclaré jeudi qu’Abbas viendrait à Paris lors des prochaines semaines pour « des entretiens bilatéraux ».

Jeudi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que la conférence était “truquée” et il a indiqué que son gouvernement ne se plierait pas aux conclusions du sommet.

Le négociateur palestinien Saeb Erekat lors de la Conférence J street à Washington, le 23 mars 2015 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Le négociateur palestinien Saeb Erekat lors de la Conférence J street à Washington, le 23 mars 2015 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Netanyahu a ajouté qu’il souhaite reprendre des négociations directes.

Hollande a souligné que la conférence de Paris offrirait l’opportunité à “la communauté internationale de souligner l’intérêt qu’elle porte à une solution à deux états et la nécessité d’un dialogue direct entre les deux parties impliquées”, a expliqué la source proche du bureau présidentiel.

Les Palestiniens ont salué cette approche multilatérale, disant que des années de négociations ont échoué à produire des résultats.

Eric Cortellessa et Dov Lieber ont contribué à cet article.