Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est trop faible pour reprendre le contrôle de la bande de Gaza, ce qui laisse à Israël la possibilité, soit de reprendre une partie de la bande soit d’apprendre à vivre avec une guerre d’usure de petit calibre, déclare dimanche un ancien conseiller à la sécurité nationale israélien.

S’adressant à des journalistes au Jerusalem Press Club, le maj. général (res.) Yaakov Amidror, qui a occupé la fonction de haut conseiller en sécurité du Premier ministre Benjamin Netanyahu jusqu’à novembre 2013, avance que, compte tenu des tirs de roquettes et de mortier depuis Gaza vers Israël et l’impasse apparente dans les négociations sur un cessez-le-feu au Caire, le gouvernement israélien devra décider « dans les prochains jours » s’il réoccupera des parties de la bande de Gaza – y compris la ville de Gaza – transférées aux Palestiniens dans le cadre du processus de paix d’Oslo il y a 20 ans.

« La réoccupation de la bande de Gaza est sur la table maintenant plus que jamais », annonce Amidror, ajoutant que l’opinion publique israélienne prône une opération terrestre prolongée pour rétablir un calme absolu en Israël, malgré le coût élevé des pertes des deux bords.

« Le prix que la population israélienne est prête à payer est beaucoup plus élevé que dans les opérations précédentes au Liban et à Gaza,» dit-il.

Les propos de l’ancien responsable sécuritaire semblent faire écho à ceux du ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman – qui a reparlé dimanche de la nécessité de destituer le Hamas à Gaza – davantage qu’à ceux de son ancien patron Netanyahu, qui semblait hésiter à se réengager dans une opération terrestre à Gaza.

« L’opération se poursuivra jusqu’à ce que son objectif soit atteint : restaurer le calme pendant une longue période », a déclaré Netanyahu au début de la réunion du cabinet dimanche.

Si les négociations sur le cessez-le-feu échouaient, affirme Amidror, Israël pourrait s’engager dans une guerre d’usure avec le Hamas, poursuivre les frappes aériennes contre des zones stratégiques et les éliminations ciblées des terroristes. Pourtant, cela ne mettrait pas fin aux tirs de roquettes et de mortier sur le sud d’Israël.

Sinon, Israël pourrait reprendre de grandes zones de la bande de Gaza abritant des lance-roquettes, et mettre fin aux tirs par le moyen de « bottes sur le terrain ».

« Vous ne pouvez pas le faire depuis les airs » dit-il. « Tout le monde sait qu’ils lancent [des missiles] depuis le centre de la ville de Gaza, nous devrons donc aller dans le centre de la ville de Gaza. »

A la question de savoir si l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas pourrait reprendre le contrôle de la bande de Gaza – contrôle qu’elle avait perdu lors d’un coup d’Etat sanglant fomenté par le Hamas en juin 2007 – Amidror reste sceptique. Les forces de l’AP pourraient éventuellement revenir à la frontière de Rafah, comme l’exige l’Egypte, mais pas prétendre aux pleins pouvoirs sur toute la bande de Gaza, dit-il.

« Je vois mal Abou Mazen (Abbas) reprendre le contrôle de Gaza. Son système là-bas est très faible », dit-il. En fait, l’Autorité palestinienne continue de fonctionner en Cisjordanie seulement grâce à un contrôle sécuritaire israélien efficace sur le terrain, où « 90 % des arrestations sont effectuées par Israël ».

« L’Autorité palestinienne reste en vie parce que nous arrêtons [les membres] du Hamas et les empêchons de se renforcer [en Cisjordanie] », déclare Amidror. « Nous ne pouvons le faire à Gaza. »

Concernant la menace des tunnels, Amidror affirme que Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon ont parlé de la nécessité de détruire les tunnels offensifs menant à Israël « dès la première ou la deuxième journée de l’opération », mais n’avaient pas la légitimité internationale ou nationale d’une incursion terrestre à Gaza avant la violation répétée des initiatives de cessez-le-feu par le Hamas.

« Ils ont attendu jusqu’à ce que le dernier cessez-le-feu soit brisé [par le Hamas] pour entrer » dit-il.

Pour que la bande de Gaza prospère, Israël devrait autoriser l’exportation de matières premières produites localement vers la Cisjordanie et à l’étranger, au même niveau que celui qui prévalait immédiatement après le retrait israélien de Gaza en 2005, selon Amidror.

« C’est dans l’intérêt d’Israël que la situation économique de Gaza s’améliore considérablement », dit-il. « Il est dans notre intérêt que Gaza s’épanouisse. »