Amman exige une réponse d’Israël alors que le projet de canal entre la mer Rouge et la mer Morte est au point mort
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Amman exige une réponse d’Israël alors que le projet de canal entre la mer Rouge et la mer Morte est au point mort

Jérusalem a menacé d’abandonner sa contribution à ce plan d'infrastructure massif à moins que son ambassade en Jordanie ne réouvre

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

A view of the Dead Sea from Masada (photo credit: Shmuel Bar-Am)
A view of the Dead Sea from Masada (photo credit: Shmuel Bar-Am)

Hazem al-Naser, ministre jordanien de l’Eau et de l’Irrigation, aurait envoyé une lettre aux autorités israéliennes afin de réclamer une réponse officielle concernant l’engagement de l’Etat juif dans l’accord de construction d’un canal qui transférerait l’eau de la mer Rouge vers la mer Morte.

Plus tôt ce mois-ci, Israël a informé la Jordanie que ce projet d’approvisionnement en eau serait au point mort jusqu’à ce que son ambassadrice Einat Schlein et son personnel soient autorisés à reprendre leurs postes à Amman.

Il y a deux semaines, la Jordanie a déclaré qu’elle ne permettrait pas à l’ambassade israélienne de réouvrir ses portes tandis qu’un garde de l’établissement, qui a abattu deux ressortissants jordaniens en juillet dernier, ne serait pas jugé pénalement. À la suite de cet incident, le personnel de l’ambassade avait quitté le pays et était retourné en Israël.

Selon un rapport publié lundi sur la base de sources gouvernementales anonymes dans al-Ghad, le principal quotidien jordanien, Israël devra confirmer ou non son engagement dans le projet d’ici la fin du mois de décembre.

Interrogé sur le rapport, un porte-parole de Tzachi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale, n’a pas souhaité faire de commentaire.

Selon le document, des pourparlers secrets seraient actuellement en cours entre Israël et la Jordanie concernant la mise en œuvre de la première phase du projet.

La Jordanie a refusé à Schlein de reprendre son poste en tant qu’émissaire de Jérusalem après qu’elle a été photographiée en compagnie du garde de l’ambassade, Ziv Moyal, lors d’une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu deux jours après la fusillade meurtrière du 23 juillet.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 25 juillet 2017, avec l’agent de sécurité ‘Ziv’ qui a abattu deux jordaniens alors qu’il était poignardé par l’un d’entre eux au à l’ambassade d’Israël à Amman, en Jordanie le 23 juillet (Crédit : Haim Zach / GPO)

L’incident a mis un frein au projet surnommé « Red-Dead ». Il y a quelques semaines, Israël et la Jordanie devaient finaliser les détails avant de lancer un appel d’offres auprès d’entreprises internationales.

Suite à la fermeture de l’ambassade israélienne, les Jordaniens souhaitaient poursuivre les discussions par téléphone. Israël a néanmoins insisté sur la nécessité de réunions en face à face, qui n’auront pas lieu avant la réouverture de l’ambassade, a rapporté la Dixième chaîne israélienne plus tôt ce mois.

« Selon la position du ministère des Affaires étrangères et du bureau du Premier ministre, il n’est pas possible que les Jordaniens refusent la réouverture de l’ambassade d’un côté, et que nous continuions à travailler sur des projets importants pour eux de l’autre, en faisant comme si rien ne s’était passé », a déclaré sous couvert d’anonymat un responsable israélien.

La Jordanie aurait menacé de poursuivre le projet par ses propres moyens. Selon plusieurs articles publiés dans les médias jordaniens, des responsables auraient affirmé qu’ils pourraient se passer d’Israël pour la construction du pipeline et auraient même évoqué la possibilité de faire intervenir l’Arabie saoudite en tant que partenaire dans le projet.

Estimé à un coût de 10 milliards de dollars, ce projet, que certains considèrent comme une première étape d’un accord de paix régional, verra la construction d’un canal de 220 kilomètres reliant la mer Rouge à la mer Morte – point d’eau le plus bas de la planète. Ce projet serait ainsi bénéfique pour les Israéliens, les Jordaniens et les Palestiniens et permettrait à la mer Morte de voir son niveau d’eau réaugmenter.

Selon le plan, une usine de dessalement d’eau située dans la ville jordanienne d’Aqaba, à proximité d’Eilat, pomperait la saumure – une solution aqueuse très salée laissée par le processus de dessalement – de la mer Morte. Celle-ci serait ensuite transférée plus au nord. Si le dessalement de l’eau est nécessaire pour l’agriculture et la consommation dans le sud d’Israël et en Jordanie, ce processus permettrait de résoudre un autre problème : la saumure se jetterait ainsi ailleurs que dans la mer Rouge, qui abrite des coraux sensibles.

En plus de fournir 100 millions de mètres cubes d’eau potable par an aux Palestiniens, aux Jordaniens et aux Israéliens, le projet « Red-Dead » permettrait la reconstitution de la mer Morte, qui voit son niveau d’eau diminuer de façon drastique.

Selon Hadashot, le Shin Bet aurait terminé son enquête concernant l’incident de l’ambassade. L’agence aurait conclu que le tir du garde de sécurité sur Mohammed Jawawdeh, qui l’avait poignardé avec un tournevis après avoir appris qu’il était Israélien, était justifié. Le propriétaire de l’appartement du vigile a également été abattu par accident lors de la fusillade. Selon le rapport, il n’y a aucun doute que Moyal a agi en état de légitime défense et qu’il n’y a donc aucune raison de le poursuivre.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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