Le gouvernement jordanien a salué jeudi la décision israélienne de retirer son nouveau dispositif de sécurité sur le mont du Temple comme « une étape vers l’apaisement ».

« Le recul des autorités israéliennes concernant leurs mesures sur (le mont du Temple) est une étape essentielle vers l’apaisement de la situation », a déclaré dans un communiqué le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement Mohamed Momani.

A la question : « Estimez-vous que les annonces israéliennes concernant le retrait de toutes les mesures de sécurités sur l’esplanade des Mosquées suffiront à apaiser les tensions ? », la porte-parole du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a répondu : « La France espère que les mesures prises ces derniers jours par les autorités israéliennes et les appels des autorités religieuses musulmanes à revenir prier sur l’esplanade des Mosquées ouvrent la voie à un apaisement de la situation dans la partie occupée de Jérusalem. La France appelle chacun, dans ce contexte, à faire preuve de responsabilité et à s’abstenir de tout acte ou déclaration qui pourrait nourrir de nouveau les tensions. »

« Les autorités religieuses musulmanes à Jérusalem appellent les Palestiniens à entrer à Al-Aqsa pour faire la prière de l’après-midi », a déclaré un responsable du Waqf, l’organisme chargé des biens musulmans à Jérusalem, lors d’une conférence de presse.

Des rails et échafaudages récemment montés, où avaient été installés des caméras de surveillance après un attentat faisant deux policiers morts, ont été retirés aux premières heures jeudi par les autorités israéliennes après le retrait des détecteurs de métaux mardi.

La prière de la mi-journée, précédée de manifestations de joie de centaines de Palestiniens, s’est encore tenue dans les rues adjacentes au site, les responsables musulmans expliquant que des préparatifs étaient en cours pour pouvoir accueillir les fidèles – sans préciser lesquels – pour la prière de l’après-midi vers 16h30

Mercredi, le roi Abdallah II de Jordanie a demandé au dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, de travailler à l’apaisement des tensions afin de stopper la spirale de la violence.

Mercredi, cet appel est intervenu quelques heures après que les factions palestiniennes, soutenues par Abbas, avaient appelé de leur côté à des manifestations violentes vendredi sur le mont du Temple.

Durant un appel téléphonique, les deux leaders « ont souligné l’importance de la coordination continue pour ramener la situation à ce qu’elle était avant le déclenchement de la crise afin de veiller à ce que le statut historique et juridique de la Sainte Mosquée soit respecté », selon un communiqué de l’agence de presse Jordan Petra.

L’agence de presse officielle palestinienne Wafa avait déclaré quant à elle que les deux dirigeants « ont accepté d’unifier leurs efforts et de poursuivre des entrevues ».

Plus tôt mercredi, Abbas avait approuvé les plans des dirigeants de la milice Tanzim du Fatah afin d’organiser des manifestations de masse vendredi et dans les jours qui suivent. Des réunions ont eu lieu mercredi entre des représentants de différentes factions palestiniennes au bureau du vice-président du Fatah, Mahmoud al-Aloul.

Jabal al-Mheissen, responsable de Tanzim au comité central du Fatah, et l’ancien chef du renseignement palestinien Tawfik Tirawi ont assisté aux réunions, ainsi que les responsables des antennes régionales du Fatah en Cisjordanie. Abbas, qui n’était pas présent, avait approuvé la tenue de ces réunions, leur contenu et les décisions qui ont été prises.

Marwan Barghouthi. (Crédit : Flash90)

Marwan Barghouthi. (Crédit : Flash90)

Le Tanzim, une milice armée affiliée au Fatah, a joué un rôle-clé lors des manifestations violentes au début de la Deuxième Intifada en 2000. Son chef était alors Marwan Barghouthi, qui purge cinq condamnations à vie en prison pour avoir organisé une vague de terrorisme meurtrière durant la Seconde Intifada.

La Jordanie, qui intervient en tant que gardien du mont du Temple et qui finance l’organisation islamique Waqf, administrant le site, a joué un rôle-clé durant la crise en cours, déclenchée après qu’Israël a installé des détecteurs de métaux suite à une attaque au mont le 14 juillet. Trois terroristes avaient utilisé des armes à feu après avoir pénétré sur le site sacré pour abattre deux policiers israéliens.

L'adjudant Kamil Shnaan, à gauche, et l'adjudant Haiel Sitawe, à droite, les deux policiers morts dans l'attentat terroriste perpétré sur le mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017. (Crédit : Police israélienne)

L’adjudant Kamil Shnaan, à gauche, et l’adjudant Haiel Sitawe, à droite, les deux policiers morts dans l’attentat terroriste perpétré sur le mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017. (Crédit : Police israélienne)

Israël a retiré les détecteurs de métaux et les caméras, mais les dirigeants musulmans ont promis de continuer à protester jusqu’à ce que toutes les mesures de sécurité, y compris les barrières métalliques à l’entrée de la Porte des Lions (appelée aussi Porte des Tribus par les Musulmans) soient supprimées.

La décision d’Israël d’enlever les détecteurs mardi matin fait suite à une rumeur de contacts diplomatiques entre Jérusalem, Amman et Washington, qui a également entraîné le retour d’un garde israélien qui aurait tiré et tué deux Jordaniens à l’ambassade d’Israël à Amman, après avoir subi une attaque au tournevis.

S’exprimant sur Sky Arab News mercredi, le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a déclaré qu’il y avait eu des progrès dans la résolution du conflit sur les mesures de sécurité », mais le problème reste non résolu ».

Ayman Safadi, le ministre jordanien des Affaires étrangères, le 25 juillet 2017 (Crédit : AFP/Khalil Mazraawi)

Ayman Safadi, le ministre jordanien des Affaires étrangères, le 25 juillet 2017 (Crédit : AFP/Khalil Mazraawi)

« La position populaire dit qu’il n’y a pas de solution autre que d’éliminer toutes les mesures et les obstacles qui ont été mis en place », avait-il ajouté. « la Jordanie appelle à l’apaisement des tensions, mais sait que, pour que le calme revienne, la solution doit être d’abord acceptée par le peuple ».

Plus tôt mercredi, le parti Fatah d’Abbas a appelé les Palestiniens à se rendre dans les rues de Jérusalem et de Cisjordanie pour protester contre les nouvelles mesures de sécurité sur le site sacré, en appelant à une nouvelle «journée de colère».

Les dirigeants de la milice Tanzim du Fatah ont rencontré des responsables palestiniens pour participer à la planification des manifestations de masse prévues ce vendredi.

Le mouvement de la jeunesse du Fatah a publié une déclaration appelant les Palestiniens à rester « inébranlables » dans la défense de Jérusalem et a appelé à une large participation aux manifestations vendredi.

Le mouvement « Shabiba » a salué la décision d’Abbas de geler toute coordination avec Israël et a promis « l’expansion du cercle de confrontation avec les forces d’occupation, l’isolement des colonies et l’ouverture de tous les fronts, dans les villages, les villes et les camps de réfugiés ».

Le président Mahmoud Abbas s'exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 25 juillet 2017 (Crédit : Abbas Momani/AFP Photo)

Le président Mahmoud Abbas s’exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 25 juillet 2017 (Crédit : Abbas Momani/AFP Photo)

Une déclaration qui précise que les actions qui étaient prévues auraient visé toutes les implantations et les routes qui y mèneraient.

Les dirigeants supérieurs du Fatah avaient appelé à mener les prières du vendredi dans des lieux publics – pas dans les mosquées, en signe de protestations contre des mesures de sécurité continues au Mont du Temple – et à des « manifestations croissantes » « dans toute la Palestine, comme étant une victoire pour la sainte mosquée d’Al-Aqsa « .

Le Hamas s’était également joint aux appels à la reprise des manifestations contre Israël, appelant aussi vendredi à une « journée de colère » pour « répondre aux événements en cours et afin de dissuader Israël de continuer ses violations contre notre peuple et ses lieux saints, » selon la Deuxième chaîne.

D’autres groupes ont fait des appels similaires il y a une semaine, ce qui a provoqué des manifestations intenses en Cisjordanie, durant lesquelles cinq Palestiniens ont été tués et une attaque terroriste perpétrée, d’un adolescent palestinien. Ce dernier a poignardé trois membres d’une famille célébrant Shabbat dans l’implantation de Halamish vendredi soir.

Yosef, Elad et Chaya Salomon (Crédit : autorisation)

Yosef, Elad et Chaya Salomon (Crédit : autorisation)

Le mont du Temple est le site le plus saint du judaïsme et est vénéré pour être le site des temples bibliques. C’est aussi le troisième site le plus saint de l’Islam, après la Mecque et la Médina, où il est connu des Musulmans sous le nom d’Haram al-Sharif. En vertu d’un accord mis en place depuis la conquête de la Vieille Ville de Jérusalem par Israël durant la guerre des Six jours en 1967, et qui y a étendu sa souveraineté depuis, les non-Musulmans ont accès au site mais sont interdits de prière sur place.

Dans le cadre de ce statu quo, Israël est responsable de la sécurité sur le site, alors que la fiducie jordanienne est chargée, elle, des questions administratives.