Craignant que les touristes n’envahissent leur parc, des habitants d’Amsterdam se sont farouchement opposés à la construction d’un monument à la mémoire des victimes de la Shoah, dessiné par l’architecte Daniel Libeskind.

Ils ont finalement obtenu un gain de cause partiel mardi soir, la municipalité s’étant engagée à retravailler sa copie en consultant à nouveau les riverains et en envisageant d’autres endroits possibles.

« Nous ne sommes pas opposés à l’idée de construire un monument, c’est une bonne idée en soi, mais cela n’a aucun sens de le construire ici, le parc est tout simplement trop petit », assure à l’AFP Marja Ham, une riveraine.

Les habitants du quartier estiment en effet que le monument, sous sa forme envisagée, prendra trop de place dans le parc Wertheim, 7.500 mètres carrés à peine, qui abrite déjà un monument à la mémoire des victimes d’Auschwitz.

Quelque 200.000 touristes supplémentaires par an sont attendus en cas de construction dans le poumon vert de l’ancien quartier juif, où se trouvent le Musée juif et la synagogue portugaise, notamment.

Ils se plaignent en outre du nombre d’arbres qui devraient être coupés.

« Nous sommes contents que la municipalité ait décidé de renvoyer le projet à un stade précédent, c’est mieux que si cela nous avait été imposé en nous mettant devant le fait accompli », assure à l’AFP Florine Boucher, une riveraine, au sujet de la décision de mardi soir.

« Une idée idiote »

La municipalité avait donné en mars un accord préliminaire, rendu caduc par la décision de mardi soir, en vue de la construction, alors que les consultations auprès des riverains n’avaient été menées qu’en mai.

« Nous espérons que le projet va changer », conclut Mme Boucher.

La construction du monument est un projet du Comité Auschwitz des Pays-Bas, qui a passé commande à Daniel Libeskind, connu pour la reconstruction du World Trade Center de New York et le Musée juif de Berlin.

Le résultat est le « Chemin de Lumière », une sorte de labyrinthe dont la superficie est estimée à 1.000 mètres carrés.

Ses murs portent les noms de 102.000 juifs et 220 sintis des Pays-Bas déportés lors de la Seconde Guerre mondiale, un des chiffres les plus importants en Europe de l’Ouest. Son coût est d’environ 5 millions d’euros.

« On continuera à venir se baigner »

Le lieu initialement envisagé est une zone boisée au nord du parc Wertheim située derrière un monument à la mémoire d’Auschwitz.

Installée en 1993, cette oeuvre de Jan Wolkers est composée de vitres brisées recouvrant le sol sur une dizaine de mètres carrés, reflétant le ciel, ayant pour signification que « les cieux ont a jamais été brisés » par ce qui s’est passé à Auschwitz.

Le Comité Auschwitz estime que le nouveau monument « est un complément ».

« C’est une idée idiote qui dénature complètement l’oeuvre de mon époux », rétorque Karina Wolkers, veuve de l’artiste : « le principe, c’est que les arbres aux alentours se réflètent dans les miroirs cassés, si on enlève les arbres pour mettre un nouveau monument, cela perd tout son sens ».

Jacques Grishaver, président du Comité Auschwitz, veut relativiser : « c’est important que le processus démocratique soit respecté, et si les riverains ont l’impression de ne pas avoir été impliqués dans le projet, et bien c’est important de leur rendre cela ».

Il regrette toutefois que le monument, quelle que soit sa forme définitive, ne puisse dès lors pas être prêt en 2015, pour les 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Bas, 26 ans, et ses amis, qui profitent d’une baignade dans le canal longeant le parc, sont plus modérés : « cela ne change rien pour nous, on continuera à venir se baigner ».