Cette semaine la star d’Hollywood Angelina Jolie a sensibilisé sur la prévention du cancer en écrivant un article dans le New York Times qui décrit comment, après la peur provoquée par les tests sanguins pour traquer les marqueurs de cancer, elle a subi une salpingo-ovariectomie laparoscopique bilatérale, au cours de laquelle on lui a retiré ses ovaires et ses trompes de Fallope.

Il y a deux ans, Jolie a révélé sa décision de subir une double mastectomie prophylactique après avoir appris qu’elle portait la mutation liée au cancer sur son gène BRCA1, une mutation que l’on retrouve fréquemment chez les femmes ashkénazes.

Le chercheur émérite, spécialisé dans ces mutations, le docteur Steven Narod avait déclaré à l’époque au Times of Israel qu’ « elle ne me l’a pas demandé, mais je lui aurais recommandé une ovariectomie [l’ablation des ovaires] aussi ».

Les recommandations de Narod, que Jolie vient de suivre, se fondent sur une étude qui vient d’être récemment publiée. Elle démontre que les femmes porteuses des mutations des gènes BRCA1 and BRCA2, ayant subi une ablation préventive, réduisaient de 77 % le risque global de mourir avant l’âge de 70 ans.

L’idée derrière ces chirurgies prophylactiques sur les porteuses des mutations des BRCA, comme l’explique Narod, est simple : il est plus simple de prévenir un cancer que de le détecter, de ce fait l’ablation d’une tumeur potentielle permettra presque toujours d’empêcher le cancer.

La plupart des femmes ont 12 % de risque de développer un cancer du sein ; celles qui sont porteuses de la mutation des gènes BRCA ont un risque de cancer multiplié par 5.

Selon les conclusions de la nouvelle étude internationale de Narod publiée en 2014 dans le Journal of Clinical Oncology, les femmes porteuses de la mutation sur le gène BRCA1 devraient subir une ablation préventive des ovaires à 35 ans.

« A mon avis, attendre d’avoir plus de 35 ans pour subir une ovariectomie est prendre déjà trop de risque. Les données sont tellement saisissantes que nous sommes persuadés qu’une ovariectomie prophylactique à l’âge de 35 ans devrait une procédure standard pour les femmes porteuses de la mutation sur le gène BRCA1 », explique Narod, professeur de médecine à l’université de Toronto au Canada et directeur de l’unité de recherche sur les cancers du sein à l’institut de recherche de l’université des Femmes.

Jolie, 39 ans, a pour sa part précisé dans son article qu’on lui avait conseillé de subir l’ablation à son âge actuel, soit 10 ans avant que le cancer ovarien de sa mère n’ait été découvert.

Le profil génétique d’Angelina Jolie en tant que femme d’origine française-canadienne la met, comme toutes les femmes juives ashkénazes, dans la catégorie des femmes à risque le plus élevé susceptibles de porter les mutations génétiques.

En 1995, Narod et une équipe de scientifiques ont découvert le lien entre la communauté juive ashkénaze et les mutations BRCA. Chez les femmes juives, la mutation est liée à 12 % des cancers du sein et à 40 % des cancers de l’ovaire.

La nouvelle étude clinique de Narod sur le cancer héréditaire de l’ovaire, qui a débuté en 1995 et qui s’est conclue en 2011, comprenait des chercheurs du Canada, des États-Unis, de la Pologne, de la Norvège, de l’Autriche, de la France et d’Italie, qui ont identifié les femmes avec les mutations BRCA à partir d’un registre international.

Les chercheurs ont constaté que l’ovariectomie réduit le risque de cancer de l’ovaire pour les porteuses de la mutation BRCA1 de 80 % au total, mais retarder la chirurgie jusqu’à 40 ans augmentait le risque de cancer de l’ovaire de 4 % (alors que le risque est de 1,4 % dans la population générale), et attendre 50 ans augmente le risque de 14,2 %.

Les autres résultats de cette étude ont démontré qu’une ovariectomie prophylactique pour les porteuses de la mutation BRCA1 a réduit le risque de cancer du sein de 48 %. Une fois qu’un patient a été diagnostiqué avec le cancer du sein, la chirurgie réduit encore le risque de décès de la maladie de 70 %.

« Quand une femme subit une mastectomie ou une ovariectomie, elle ressent un sentiment incroyable de soulagement », avait expliqué Narod au Times of Israel en 2013.

Jolie a fait écho de cette déclaration de Narod dans son article.

« Je me sens féminine et convaincue par les choix que je fais pour moi et ma famille. Je sais que mes enfants n’auront jamais à dire : ‘Maman est morte d’un cancer des ovaires’ », a-t-elle écrit.

Narod se montre véhément à propos de l’importance du dépistage précoce, notamment en Israël où le taux des porteuses potentielles de mutation BRCA est beaucoup plus élevé par habitant que partout ailleurs dans le monde.

« Il est naturel de le faire en Israël … naturel de le proposer quand les femmes entrent dans l’armée », a déclaré Narod.

Il a suggéré que, tout comme pour les tests de la maladie de Tay-Sachs et d’autres maladies génétiques liées aux juifs sont proposés par le gouvernement, cela devrait être la même chose pour les tests sur la mutation BRCA. Plus tôt les femmes sont conscientes de leur statut génétique, plus elles disposent d’options.

Dans son témoignage, Angelina Jolie a également poussé les femmes à s’informer sur leurs choix de soins de santé.

« Il y a plus d’une façon de faire face à tout problème de santé. La chose la plus importante est de se renseigner sur les options et choisir ce qui est bon pour vous personnellement », écrit Jolie.