Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Harlem Désir a appelé jeudi à une mobilisation internationale pour purger internet des messages de haine et a souhaité en particulier un « nouveau cadre juridique » imposant des responsabilités aux diffuseurs.

« Les propos racistes, antisémites par internet ou sous d’autres formes ne relèvent pas de la liberté d’expression (…) il faut donc que le droit permette de réprimer ce qui est en réalité un appel à la violence, au rejet de l’autre et finalement au meurtre », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. M. Désir venait de participer à une session spéciale de l’Assemblée générale de l’ONU sur l’antisémitisme.

Constatant « qu’il y a aujourd’hui de nouvelles formes de propagande qui utilisent les réseaux sociaux », il a ajouté : « Il faut répondre mais aussi limiter la diffusion de ces messages ».

« Nous devons lancer un appel et aussi mettre en place un cadre juridique pour que les plateformes internet qui gèrent les réseaux sociaux aient une attitude responsable ».

« Il doit y avoir une mobilisation internationale » à ce sujet, a-t-il estimé en souhaitant une conférence internationale afin de « lutter contre une sphère mondiale délocalisée ».

En ce qui concerne la France, la législation pertinente contre le racisme et l’antisémitisme date de 1972, avant la percée d’internet, donc « il faut un nouveau cadre pour définir les responsabilités », a-t-il souligné, rappelant aussi que l’Union européenne est saisie de ce dossier.

Le ministre d’Etat allemand pour l’Europe Michael Roth, qui participait à la même conférence de presse, a lui aussi estimé « qu’il faut un cadre légal pour l’Union européenne et au niveau international ».

Lors de la session de l’Assemblée générale, M. Désir avait égrené à la tribune les noms des victimes des récents attentats à Paris et avait rappelé aussi l’attentat contre le Musée juif de Bruxelles en mai 2014. « Sans les juifs d’Europe, l’Europe ne serait plus l’Europe », a-t-il lancé.

Cette réunion spéciale de l’Assemblée était prévue depuis octobre, c’est-à-dire avant les attentats de Paris, à la demande de 37 pays dont les Etats-Unis, Israël et les membres de l’Union européenne. Mais elle a pris un relief particulier deux semaines après les attaques islamistes à Paris.

Dans un long exposé devant l’Assemblée, le philosophe français Bernard-Henri Lévy a dénoncé le retour des « spectres » de l’antisémitisme et du terrorisme et il a appelé l’ONU à « réhabiliter » Israël.

« Votre assemblée avait la sainte tâche de conjurer le réveil de ces spectres. Mais non, les spectres sont de retour, et c’est pour cela que nous sommes ici », a-t-il lancé aux ambassadeurs rassemblés.

Analysant les différentes composantes du « nouvel antisémitisme », il a estimé que l’ONU contribuerait à lutter efficacement contre celui-ci « en réhabilitant cet Israël, que votre Assemblée a porté sur les fonts baptismaux il y a presque 70 ans » et en rendant hommage à son caractère « d’authentique, solide et vaillante démocratie » .

Dans un message vidéo à l’ouverture de la session, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait souligné que les Nations unies avaient « pour devoir de lutter contre l’antisémitisme si elles voulaient rester fidèles à leur idéal et à leur principe fondateur ».