JTA – Les dirigeants juifs polonais ont dit avoir signalé ce qu’ils ont défini comme une intolérance grandissante dans le pays, lors d’un rassemblement avec un politicien du parti au pouvoir, mais le parti a nié que la question ait été abordée.

Le grand rabbin polonais Michael Schudrich, et Leslaw Piszewki, président de l’Union des communautés juives de Pologne, ont rencontré Jaroslaw Kaczynski, fondateur du parti Droit et justice, pour discuter de plusieurs sujets, notamment « la question de l’intolérance grandissante envers les minorités, notamment les Juifs », a déclaré Schudrich au JTA lundi.

Mais dans une interview avec l’agence de presse PAP, Jaroslaw Kaczynski a nié que cette question ait été abordée.

« Nous avons parlé de la sécurité des communautés et des sujets juifs, mais nous n’avons pas évoqué un quelconque climat d’intolérance en Pologne », a-t-il déclaré. Il a ajouté que les deux dirigeants communautaires ont déclaré que la Pologne était un endroit plus sûr pour les Juifs que de nombreux autres pays européens comptant une importante population musulmane.

La rencontre de vendredi a fait suite aux marches nationalistes à Varsovie et à Wroclav, du 11 novembre dernier. Certains participants ont brandi des bannières anti-musulmans et scandé des slogans anti-juifs. Cependant, Schudrich a déclaré que la rencontre avait été planifiée avant la marche.

Michael Schudrich, grand rabbin de Pologne. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Schudrich a déclaré lui « en avoir parlé dans mes propres termes, ce qui veut dire que la communauté juive avait une bonne estime de la position adoptée par certains politiciens polonais, qui ont rejeté les manifestations de racisme ».

La semaine dernière, le président Andrzej Duda a écrit sur Twitter : « Dans notre pays, il n’y a ni place ni accord pour la xénophobie, pour un nationalisme maladif, pour l’antisémitisme ».

Schudrich et Piszewskiv, entre autres, ont accusé les dirigeants communautaires qui ont rencontré Kaczynksi en août d’avoir prétendu représenter une large circonscription, sans se préoccuper correctement des problèmes de xénophobie en Pologne.

Jaroslaw Kaczynski, du parti Droit et Justice, lors d’une convention de son parti à Varsovie, Pologne, le 22 octobre 2015. (Crédit : Janek Skarzynski/AFP)

En août, Kaczynski avait rencontré Artur Hofman, président du groupe culturel TSKZ des Juifs polonais (la plus importante organisation juive polonaise, forte de 1 200 membres), deux rabbins du mouvement Habad et Jonny Daniels, fondateur de From the Depths, un organisme dédié à la commémoration des victimes de la Shoah.

Kaczynski avait reçu une lettre au début du mois d’aout de la part de Piszewki et d’autres dirigeants communautaires, indiquant que les Juifs polonais étaient de plus en plus inquiets, face à la recrudescence de l’antisémitisme et l’oisiveté du gouvernement.

Après l’entretien avec Kaczynski, Hofman avait rejetté les affirmations de cette lettre et accusé les auteurs d’avoir exagéré le problème de l’antisémitisme du pays, dans le cadre d’une « guerre politique » contre le parti politique au pouvoir.

Sergiusz Kowalski, qui avait alerté le gouvernement sur l’antisémitisme en tant que président de la branche polonaise de l’association juive Bnai Brith, a critiqué le groupe qui a rencontré Kaczynski, les taxant de « Juifs de Cour ».

Cette réunion a « envoyé un message qui a été transmis au monde : nous comptons un très grand nombre de membres de notre communauté juive qui adorent Droit et Justice », a déclaré Kowalski au site d’information NaTemat. « De tels Juifs de cour ont été utilisés pendant longtemps » par les autorités, avait-t-il ajouté.