Des centaines d’Israéliens se sont rassemblés dans le centre de Jérusalem mercredi soir pour protester contre une vague de violence nationaliste qui a balayé la ville un jour plus tôt.

Organisé par le Forum Tag Meir, un mouvement consacré à lutter contre les crimes de haine, la marche a attiré une foule majoritairement jeune et laïque dont des militants de mouvements de jeunesse et des étudiants sous la bannière de « Nous pleurons, nous ne nous vengeons pas ».

Les orateurs lors de l’événement incluaient le chef de l’opposition, Isaac Herzog, le député Nitzan Horowitz (Meretz), Rachel Azaria, membre du conseil de Jérusalem, et le rabbin Benny Lau de la synagogue Ramban à Jérusalem.

Le rassemblement a été organisé à la hâte en réponse aux manifestations de l’extrême-droite dans le centre de Jérusalem pendant les funérailles de Gil-ad Shaar, Naftali Fraenkel et Eyal Yifrach mardi soir. Les manifestants criaient « Mort aux
Arabes » et « Pas d’Arabes, pas d’attentats terroristes ». On pouvait voir beaucoup d’autocollants et de chemises exprimant leur soutien pour le rabbin ultra-nationaliste assassiné Meir Kahane. La police de Jérusalem a arrêté au moins 47 manifestants juifs à travers la ville.

Le Forum Tag Meir a également fait référence à une campagne Facebook actuelle qui a recueilli des dizaines de milliers de partisans en utilisant le hashtag « Israël exige une vengeance ».

« Je savais dès la seconde où les trois adolescents ont été enterrés que l’enfer allait commencer ici, à Jérusalem. Nous avons déjà vu cela se produire avant », a déclaré le rabbin Uri Ayalon, directeur adjoint du Conseil de coordination interreligieux d’Israël, une ONG pacifiste basée sur la religion.

Il a ajouté que la police aurait dû être plus vigilante dans la prévention des crimes de haine à Jérusalem – une ville notoirement nationaliste – au moment où la nouvelle de la mort des trois adolescents a éclaté lundi soir.

« Il est temps de faire entendre une voix différente – qui, je crois est plus commune à beaucoup de gens même si on ne l’entend pas beaucoup : Nous ne voulons pas nous venger. Nous faisons les choses comme dans un pays civilisé », a déclaré Ayalon.

Nadav Rothberg, 22 ans, est venu à la manifestation avec trois membres de sa commune au kibboutz Naaran dans le sud de la vallée du Jourdain. « Nous avons décidé de mettre de côté notre sortie à la piscine et venir », a-t-il confié.

« Ce qui se passe va contre ma conscience et c’est également faux d’un point de vue juif. La violence est mauvaise, qu’elle soit dirigée contre nous ou contre les Arabes », a ajouté Rothberg.

La violence juive reflète certes une minorité de la population, mais reste malgré tout déconcertante, estime-t-il. « C’est devenu quelque chose de tangible, pas juste des slogans, et c’est ça qui est très inquiétant… »

Le rassemblement a eu lieu alors que les manifestants palestiniens dans le quartier nord de Shuafat à Jérusalem sont descendus dans les rues, lançant des pierres sur la police pour protester contre la mort de Muhammad Abu Khdeir, 16 ans, tôt mercredi matin. La cause du décès d’Abu Khdeir n’a pas encore été éclaircie par la police. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé à une enquête rapide sur l’affaire.

« Mohammed, aussi, a un nom », a déclaré le rabbin Benny Lau, se référant à la référence des médias autour d’« un jeune Palestinien », à la différence des trois adolescents israéliens tués, dont les noms sont devenus largement connus.

La députée travailliste Michal Biran a affirmé qu’elle était venue à l’événement afin de
« renforcer ceux qui disent que la violence est inacceptable en toutes circonstances ».

« Faire glisser des adolescents dans un conflit politique, de chaque côté, est
illégitime », a déclaré la jeune parlementaire. « La façon de traiter ce problème, c’est la conversation et le dialogue. Il y a ceux qui incitent et ceux qui font que les choses se calment », a-t-elle ajouté, se référant aux observations formulées par les membres de la famille de l’adolescent assassiné Naftali Fraenkel, qui a condamné l’assassinat apparent d’Abou Khdeir comme « choquant ».

Biran affirme qu’être témoin de la violence nationaliste qui régnait mardi à Jérusalem était une façon de « nous regarder dans le miroir, et de voir qui nous sommes
vraiment ». C’est pourquoi les éléments les plus modérés de la société doivent également prendre la parole, a-t-elle ajouté.

Gadi Gevaryahu, directeur de Tag Meir, s’est dit ravi de la participation alors que le rassemblement s’est dispersé au bout de deux heures. « C’est le plus grand événement que nous ayons jamais eu », a-t-il déclaré, estimant le nombre de participants jusqu’à 3 000.

« Chaque côté a besoin de ressentir l’angoisse de l’autre côté. Alors, peut-être, y aura-t-il une chance pour la coexistence. À l’heure actuelle, les gens ne voient que leur propre douleur et se soucient peu de la douleur de l’autre ».