En 1994, l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin – qui avait déclaré que le plateau du Golan, conquis lors de la guerre des Six Jours en 1967, restera toujours une partie d’Israël – a commencé à parler d’un éventuel retrait.

Extrêmement troublé par l’idée même, le Comité des résidents du plateau du Golan a décidé de trouver des moyens d’expliquer au plus grand nombre de touristes possible la valeur du plateau du Golan pour Israël.

« Nous avons fait cela en plaçant des guides dans des sites stratégiques », explique Avi Zeira, qui était à l’époque chef Comité, « mais c’était vraiment cher. C’est là que nous avons exploré la possibilité de systèmes d’information audio, de sorte qu’à la simple pression d’un bouton, chaque visiteur du Golan en apprenait davantage sur les différents sites et leur importance. »

Les premiers centres d’information audio ont été mis en place peu après et se révélèrent essentiels à l’effort des habitants du Golan. Puis, quand la préoccupation s’est ténue, Zeira a décidé de diffuser des centres d’information semblables dans des sites populaires à travers le pays. Ainsi est née la société privée Masbiran, à l’échelle nationale.

Aujourd’hui, 207 masbiranim (du mot hébreu « explication ») fournissent des informations détaillées sur les sites naturels et historiques du pays. La grande majorité « parle » en anglais et en hébreu, et un certain nombre comprennent des chansons pertinentes. Incroyablement, les guides audio sont presque toujours en état de marche – un vrai miracle dans ce pays. La plupart des textes en anglais, inhabituellement clairs, sont lus par Marla Van Meter.

Lors d’un voyage récent en Galilée orientale, nous nous sommes arrêtés à un certain nombre de ces sites très hétéroclites afin de tester leurs guides audio. Voici juste un avant-goût ; pour plus d’informations, rendez-vous y la prochaine fois que vous visitez le nord d’Israël. Vous n’avez qu’à appuyer sur les boutons.

Mitzpe Kinarti – juste à côté de l’autoroute 90 à Menahamiya. (Accessible aux fauteuils roulants)

Dominant 500 mètres surplombant la vallée du Jourdain, le belvédère ombragé offre l’une des vues les plus prodigieuses de ce pays. Deux magnifiques réservoirs se trouvent de chaque côté du site, et en dessous à gauche, le lac de Tibériade miroite au soleil. Les hauteurs du Golan et la chaîne de montagnes Gilad, divisée par la rivière Yarmouk, surplombent la vallée du Jourdain.

Mitzpe Kinarti (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Mitzpe Kinarti (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La Moshava Menahamiya, établie en 1901 comme la première implantation juive de la vallée, se trouve sous le belvédère. Le guide audio décrit les problèmes quasi insurmontables des premiers colons – des marais aux épidémies en passant par les hostilités arabes. De toute évidence, leur travail a payé, car des dizaines de communautés prospèrent aujourd’hui dans la paisible vallée.

Ce site est dédié à Noah Kinerti, membre du kibboutz Kinneret et l’un des fondateurs et dirigeants de l’Association Jordan Valley Water. En 1994, lors de la négociation des traités de paix avec la Jordanie, il a été nommé par le Premier ministre Yitzhak Rabin comme expert sur les questions de l’eau. Kinerti est décédé en 2010.

Le tank Degania – autoroute 90 et près de la porte au kibboutz Degania Aleph

Fondé en 1910 sur la rive Est du Jourdain, Degania Aleph fut le premier kibboutz d’Israël. Le général Moshe Dayan est né à Degania ; la poétesse Rahel a labouré ses champs ; tout comme Aharon David (A.D.) Gordon, l’un des premiers philosophe du 20e siècle qui croyait que seul le travail physique pourrait reconnecter les Juifs avec leur patrie.

Le tank de Degania (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le tank de Degania (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Degania a un autre titre de gloire – un tank dans sa cour. Pendant la guerre d’Indépendance d’Israël, les troupes syriennes ont essayé de percer le kibboutz avant de se diriger plus à l’ouest en Galilée. Selon le guide audio, la bataille a commencé le 18 mai 1948, et a duré trois jours. Equipés seulement d’armes légères, de quelques lanceurs antitanks, de canons de 20 millimètres et de cocktails Molotov maison, les vaillants défenseurs ont réussi à arrêter l’avance syrienne.

Le tank de Degania se trouve à l’endroit même où il a été brûlé par les cocktails Molotov des pionniers.

Square Sylvia Rafael Schjødt – autoroute 90 à la jonction Migdal.

Deux guides audio : l’un parle de Sylvia, le second raconte les histoires de la Magdala antique et du Migdal moderne.

Sylvia Rafael Schjødt était un agent du Mossad peu connue, née en Afrique du Sud en 1937. Le père de Sylvia était juif et sa mère ne l’était pas.

Sylvia Rafael, en bas à guache sa signature en hébreu (Crédit : Autorisation de Keshet Publishing)

Sylvia Rafael, en bas à guache sa signature en hébreu (Crédit : Autorisation de Keshet Publishing)

Ayant décidé très tôt de se connecter à son héritage juif, elle a émigré en Israël à l’âge de 26 ans. Tout en enseignant l’anglais à Tel-Aviv, elle a été contactée par le Mossad et fut bientôt un agent compétent et dévoué. Membre actif d’une unité opérationnelle d’élite, elle a participé à des missions partout dans le monde – la plupart d’entre elles sont toujours secrètes.

En 1973, après le massacre des athlètes israéliens à Munich, elle a rejoint d’autres agents dans la mission d’élimination d’Ali Hassan Salameh, chef de l’organisation terroriste Septembre noir, responsable des meurtres. Mais le mauvais homme a été abattu et cinq des agents ont été emprisonnés – dont Sylvia, qui voyageait avec un passeport canadien. Ils ont été libérés en 1975 (et Salameh a été tué par le Mossad en 1979).

En prison, Sylvia et son avocat de la défense Anneus Schjødt sont tombés amoureux. Ils se sont mariés après sa libération et se sont installés à Ramat Hakovesh, un kibboutz dont les membres étaient en contact constant avec Sylvia lors de son emprisonnement.

Finalement, le couple a déménagé en Norvège, mais a échoué dans l’Afrique du Sud natale de Sylvia. Elle est décédée d’une leucémie en 2005, et, selon ses désirs, a été enterrée au kibboutz Ramat Hakovesh.

Metzudat Koah – Forteresse/Citadelle Koah, située près de l’autoroute 90, entre Rosh Pina et Kiryat Shmona. (Accessible aux fauteuils roulants)

Comme les sept autres postes de police du nord conçus par Sir Charles Tegart, Metzudat Yesha fut construit par les Britanniques dans les années 1930 comme un moyen de défense contre les dangereux gangs arabes. Avec ses épais murs de béton, ses fenêtres étroites et une cour fortifiée surmontée d’une tour à six faces, c’était, explique le guide audio, une formidable citadelle.

Metzudat Koah (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Metzudat Koah (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La forteresse était située sur une colline de 345 mètres au-dessus du niveau de la mer, et contrôlait deux axes stratégiques majeurs : l’autoroute du nord au sud de Rosh Pina-Metulla et la route d’est à l’ouest entre la route du nord et les implantations de Naphtali.

A l’origine connue comme Metzudat Yesha pour sa proximité avec le lieu de sépulture musulman traditionnel de Joshua Ben Nun (Nebi Yusha), la forteresse est aujourd’hui appelée Metzudat Koah. Elle a été rebaptisée en hommage aux 28 soldats courageux qui ont donné leur vie dans trois batailles sanglantes pour la forteresse pendant la guerre d’Indépendance (la valeur numérique de Koah est 28 et le mot lui-même signifie « force »).

Depuis des décennies, les visiteurs de Metzudat Koah pélerinent un sombre mur commémoratif. Nous avons apprécié un extraordinaire point d’observation et de pique-nique. En janvier, cependant, un musée unique – Musée HaReut, ou camaraderie – a ouvert à l’intérieur de la citadelle.

Le musée de Metzudat Koah (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le musée de Metzudat Koah (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le musée est un mémorial. Utilisant une technologie innovante pour expliquer les batailles pour la forteresse et le sens réel de l’amitié entre camarades, c’est un « incontournable » de tout voyage vers le Nord.

Vieux Mishmar Hayarden – près de la jonction de l’autoroute 91 et de la route 918. (Accessible en fauteuil roulant)

En 1946, une colonie de pionniers abandonnée près de la rivière du Jourdain était peuplée d’anciens membres de la Brigade juive de l’armée britannique. Appelée Mishmar Hayarden, la nouvelle communauté a prospéré. En effet, rapporte le guide audio, au moment où la guerre d’Indépendance a éclaté, elle abritait 80 pionniers vivant dans 22 maisons.

Le 17 mai 1948, les troupes syriennes ont commencé à pilonner la colonie à partir de positions plus élevées sur les hauteurs du Golan. Début juin, les Syriens ont traversé le Jourdain à plusieurs reprises, dans l’espoir de capturer Mishmar Hayarden et de contrôler sa position stratégique près du pont.

La vue du Golan depuis Old Mishmar Hayarden (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La vue du Golan depuis Old Mishmar Hayarden (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Bien qu’au premier abord, les attaques syriennes ont été repoussées, le 10 juin 1948, les troupes syriennes ont envahi l’implantation. Pendant sept heures de combat au corps à corps, presque chaque défenseur a été tué ou fait prisonnier. En novembre 1949, les prisonniers ont été libérés, et peu de temps après, le kibbutz Mishmar Hayarden fut rebâti à proximité.

Aujourd’hui le Vieux Mishmar Hayarden sert de mémorial aux défenseurs tombés. Le site a été développé comme une zone de loisirs de pique-nique par le KKL, qui y a planté des oliviers, des térébinthes, des chênes et des cyprès. Des bancs surplombent une vue imprenable sur les hauteurs du Golan.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en anglais sur Israël.

Shmuel Bar-Am est guide agréé qui propose des visites privées personnalisées en Israël pour les individus, les familles et les petits groupes.