AMONA, Cisjordanie (JTA) — L’état semble avoir remporté la mise lors de l’affrontement dramatique qui l’a opposé au mouvement pro-implantations.

Durant deux journées qui ont été parfois émaillées de violences, les forces de sécurité ont évacué les habitants d’Amona ainsi que les centaines de personnes venues leur prêter main forte, comme l’avait décidé la Haute cour de justice israélienne.

Et pourtant, la défaite apparente des habitants pro-implantations pourrait être relative.

« Nos yeux sont remplis de larmes. Nous avons le sentiment d’être des soldats vaincus sur le front », explique Eli Greenberg, un habitant qui fait office de porte-parole pour la communauté d’Amona. « Mais nous sommes en train de remporter la guerre pour la Cisjordanie. Et je n’ai aucun doute sur le fait que j’assisterai à la reconstruction d’Amona ».

Car Greenberg et d’autres partisans pro-implantations peuvent toutefois souligner des victoires remportées.

Au cours des accrochages législatifs et politiques sur Amona, l’état a approuvé des milliers de nouvelles habitations pour les membres des communautés des implantations, notamment un nouveau site qui permettrait de remplacer celui de l’avant-poste évacué.

Il a également agi pour mettre un terme à des évacuations futures.

L’administration Trump, comme certains l’ont noté, a à peine réagi. Ainsi, elle s’est contentée de déclarer que les implantations pourraient « ne pas aider » à la conclusion de la paix au Moyen Orient. Et lors de la conférence de presse aux côtés du Premier ministre israélien, le président américain a réclamé une certaine « retenue ».

Eli Greenburg à l'extérieur de son habitation à Amona, le 13 décembre 2016 (Crédit :Andrew Tobin/JTA)

Eli Greenburg à l’extérieur de son habitation à Amona, le 13 décembre 2016 (Crédit :Andrew Tobin/JTA)

Amona avait été fondé sur des terres privées palestiniennes et sans autorisation gouvernementale dans les années 1990. Après des décennies d’ordonnances de démolition et de retards, la Haute Cour avait donné en 2014 deux ans à l’état pour évacuer et faire disparaître l’avant-poste.

Même si Amona n’était constitué que d’une quarantaine de mobil-homes hébergeant autant de familles, le Premier ministre Benjamin avait considéré l’application de l’ordre judiciaire aussi difficile à appliquer que cela avait été le cas pour ses prédécesseurs.

Et alors que la date-butoir fixée par le Tribunal – le 25 décembre – se rapprochait, Netanyahu, pour sa part, endossait le costume de chef d’un gouvernement pro-implantations historique.

Ainsi, dans un effort visant à sauver Amona, les législateurs de la coalition ont, au mois de novembre, proposé la « loi de régulation », qui autoriserait l’état à devenir propriétaire de terres appartenant à des Palestiniens et accueillant des implantations.

Mais cette législation a été mise de côté en décembre, Benjamin Netanyahu cherchait à éviter une nouvelle lutte ouverte contre l’administration Obama. Un accord de dernière minute passé entre le gouvernement et les habitants d’Amona – et ultérieurement sabordé – a mené la Haute Cour à reporter de deux mois la démolition d’Amona, ajournée jusqu’au début du mois de février.

Durant ce mois et demi, Donald Trump est arrivé à la Maison Blanche. Même s’il était trop tard pour sauver Amona, Netayahu a agi de manière à favoriser le mouvement pro-implantations.

Deux semaines après l’investiture de Trump, le 20 janvier, Netanyahu a approuvé la construction de plus de 6 000 nouvelles habitations en direction des habitants des implantations – notamment en dehors des blocs de Cisjordanie qu’Israël prévoit de conserver lors d’un futur accord de paix avec les Palestiniens.

Plus récemment, alors qu’Amona était évacué mercredi, Netanyahu a annoncé qu’il avait approuvé la construction d’une nouvelle implantation qui viendrait remplacer l’avant-poste.

Les forces de sécurité israéliennes affrontent les manifestants à l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Les forces de sécurité israéliennes affrontent les manifestants à l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israël)

Pendant ce temps, la coalition a fait adopter le projet de loi de régulation.

Cette proposition vient légaliser environ 4 000 habitations dans des implantations de Cisjordanie qui avaient été construites sur des terres qui appartiendraient à des Palestiniens.

Selon les termes de cette mesure, si les propriétaires palestiniens se font connaître, ils pourraient recevoir une indemnisation financière de la part du gouvernement.

Les Palestiniens, les Nations Unies et l’Union européenne ont condamné l’approbation de ces implantations, qu’une grande partie des pays du monde considère comme illégales sous les termes de la loi internationale.

L’administration Obama, au mois de décembre, a d’ailleurs cité ce projet de loi pour justifier son abstention lors du vote d’une résolution anti-implantations devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Mais la Maison Blanche de Trump, après avoir refusé de commenter cette approbation, a publié un communiqué qui disait simplement que « tandis que nous ne croyons pas que les implantations soient un obstacle à la paix, la construction de nouvelles implantations ou leur expansion au-delà de leurs frontières actuelles pourraient ne pas aider à réaliser cet objectif ».

Bien qu’il soit loin de faire l’unanimité auprès des associations juives américaines, la nomination de David Friedman, soutien et financier affirmé de la cause pro-implantations, au poste d’ambassadeur en Israël, donne de l’espoir aux habitants des implantations. Il attend d’être confirmé.

Le nouveau président américain avait également invité une délégation de partisans du mouvement à son investiture.

« Ce que je vois de Trump, c’est qu’il est étonnant de constater la manière dont il tient ses promesses. Je ne pense pas qu’il laissera tomber Israël », a dit Elad Ziv, habitant d’Amona.

« C’est pour cela que nous espérons que Netanyahu continuera à avancer en Cisjordanie. Il est temps que Benjamin Netanyahu fasse ses preuves », a-t-il ajouté.

Elad Ziv dans son salon à Amona, le 30 janvier 2017 (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Elad Ziv dans son salon à Amona, le 30 janvier 2017 (Crédit : Andrew Tobin/JTA)

Les politiciens à la droite du Premier ministre transmettent un message similaire. Les membres du parti du Likud au pouvoir, la formation de Netanyahu, et le parti férocement pro-implantations du HaBayit HaYehudi prônent l’annexion de parties du territoire de Cisjordanie depuis l’élection de Trump.

Dans un discours prononcé en séance plénière à la Knesset, le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui dirige HaBayit HaYehudi, a promis que l’évacuation d’Amona permettrait de faire avancer la souveraineté d’Israël sur la Cisjordanie entière, auquel il préfère se référer – comme de nombreux Israéliens le font aussi – en utilisant son nom biblique, la Judée-Samarie.

« Nous avons perdu la bataille mais nous sommes en train de gagner la guerre pour la Terre d’Israël », a-t-il dit.

« De cette défaite juridique, nous établirons un nouveau régime légal en Judée-Samarie qui régulera toutes les implantations sans exception. Et de la perte douloureuse de cette implantation perchée sur une colline émergera l’application de la souveraineté de l’Etat d’Israël sur toute la Judée et sur toute la Samarie », a-t-il ajouté.

Mais il y a encore des forces qui tentent de décourager une telle initiative.

Le chef de l’opposition politique israélienne et de la coalition politique de l’Union sioniste, Isaac Herzog, favorise une séparation unilatérale des Palestiniens.

Au mois de novembre, Herzog avait indiqué que la loi de régulation revenait à légitimer le vol et il avait qualifié le conflit juridique sur Amona de « virus » qui mettait en péril la démocratie israélienne. Il a comparé les manifestants qui ont résisté violemment à l’évacuation d’Amona à des terroristes juifs.

Le procureur général israélien, Avichai Mandelbilt, a répété à maintes reprises que le projet de régulation était anticonstitutionnel et qu’il serait rejeté par la Haute Cour.

Amichai Cohen, doyen de la faculté de droit du Collège universitaire d’Ono à proximité de Tel Aviv, a pour sa part déclaré qu’il n’était pas sûr du jugement de la Haute Cour sur la loi.

Mais il a ajouté que son adoption – que Cohen a qualifié d’initiative ouvrant la voie à l’annexion de la Cisjordanie par Israël – pourrait encourager le Tribunal pénal international à ouvrir une enquête officielle pour crimes de guerre contre les implantations israéliennes « et ce, même s’il y a clairement des problèmes plus importants dans la région ».

L’Union européenne ou les états qui la constituent pourraient également être plus enclins à boycotter les produits venant de Cisjordanie, a-t-il dit.

Tandis que la plus grande partie des pays dans le monde ne font pas la distinction entre les implantations construites sur des terres palestiniennes privées et les autres, a expliqué Cohen, davantage de constructions qui « taperaient à l’œil » dans les implantations pourraient bien attirer une riposte.