Un jour après que la fusillade au mont du Temple qui a laissé le militant Yehudah Glick dans un état critique, des émeutes ont éclaté un peu partout dans la Vieille Ville et le mont du Temple a été fermé aussi pour les visiteurs juifs et arabes pour la première fois depuis 1967.

Glick a été atteint par trois balles tirées à bout portant à la sortie du Centre Begin à Jérusalem après une conférence sur la présence juive au mont du Temple. Le tireur présumé, Mutaz Hijazi, a été abattu par les forces de sécurité le matin suivant.

La police a arrêté quatre militants de droite qui ont tenté d’entrer de force au mont du Temple par l’entrée de Mughrabi qui se situe près du Mur occidental jeudi matin.

Des dizaines d’activistes ont défilé du mur Occidental au Menachem Begin Center, en appelant à la réouverture du site pour les prières juives. Le député du Likud, Moshe Feiglin, a lui aussi tenté de rentrer au mont du Temple mais on lui a refusé l’accès, de même que pour le député arabe israélien Ahmed Tibi (Ra’am-Ta’al) qui a alors accusé le Premier ministre israélien.

C’est l’une des premières fois où le mont du Temple est fermé aux Juifs et aux Musulmans depuis que la Seconde Intifada a éclaté en 2000. Après la visite d’Ariel Sharon, le site a été fermé aussi bien aux Juifs qu’aux Musulmans pour un certain nombre de jours, et il a fallu des années avant que les Juifs ne soient autorisés à accéder au site.

Les militants de gauche craignent que les militants de droite tentent d’exploiter la fusillade pour obtenir un changement du statu quo du mont du Temple en leur faveur.

Depuis que le gouvernement israélien a annexé cette zone en 1967, le statu quo permet aux musulmans de prier sur le site mais les Juifs ne sont pas autorisés à le faire. Les visiteurs juifs ne peuvent pas non plus apporter des livres de prières ou d’autres objets religieux.

Aviv Tatarsky, un chercheur du groupe de gauche, Ir Amim, qui surveille l’évolution de la situation au mont du Temple, affirme que la présence des groupes d’activistes au mont du Temple est devenue monnaie courante depuis deux ans.

« Avant, les groupes religieux les ignoraient et beaucoup d’entre eux étaient persuadés que les Juifs ne devaient même pas s’y rendre [à cause de l’interdiction de se rendre sur les lieux très saints, selon la loi juive] », explique Tatarsky.

« Ces dernières années, ces groupes se sont écartés du terrorisme et des positions fanatiques. Ils n’utilisent plus le langage du type ‘nous allons faire exploser le dôme du Rocher’. Et quelque chose qui était à l’extrême est soudainement devenu un sujet brûlant pour la communauté religieuse au niveau national », explique-t-il.

Tatarsky précise que le fait que des députés, dont Feiglin et Regev, aient participé à la conférence au Centre Begin où Glick a été fusillé démontre bien que ce sujet fait maintenant partie des sujets d’actualité et est largement accepté dans l’opinion publique.

Tatarsky, invité par Glick à intervenir pendant la conférence de mercredi, a fait quelques remarques sur l’importance de la liberté religieuse pour les Juifs et les Musulmans.

Il a aussi évoqué les torts que les déclarations sur la reconstruction d’un Temple pouvaient causer. Il précise que même s’il doute qu’il ait réussi à faire changer d’avis les personnes présentes à la conférence, de nombreuses personnes sont venues le voir à la fin pour le remercier. Mais tout cela, c’était avant qu’un homme masqué en moto ne tire sur Glick en le touchant à la poitrine et au ventre.

Tartasky craint qu’après la fusillade, les extrémistes juifs et musulmans n’exploitent la colère ambiante dans la capitale pour obtenir des avancées politiques.

« La violence pousse les gens à être plus entêtés sur ce qu’ils croient », explique Tatarsky. « Feiglin et Bennett et la droite – leurs réponses étaient toutes plus ou moins les mêmes. A un moment donné, ils utilisent le fait que l’on ait tiré sur Glick pour faire avancer leur programme », indique-t-il. « La stratégie de la droite est d’utiliser une situation [donnée] pour changer les faits sur le terrain ».

Mais Feiglin, qui se rend au mont du Temple au début de chaque mois juif, doute que le statu quo change de manière spectaculaire.

« Je ne pense pas que la politique actuelle change. Je pense pas qu’il y aura un mouvement vers une nouvelle direction », indique Feiglin. La seule chose qui est différente, explique Feiglin, est que le mont du Temple soit fermé pour tout le monde, quelque chose qui n’est pas arrivée depuis des années d’après ses souvenirs. Lorsqu’il y a des affrontements ou des tensions politiques, la police interdit l’accès au mont du Temple aux visiteurs non-musulmans ou imposent des restrictions sur l’âge des musulmans autorisés à pénétrer dans l’enceinte. Mais une interdiction générale qui s’impose à tout le monde est une mesure rare.

« Fermer le mont du Temple aux Musulmans et aux Juifs est vraiment quelque chose de nouveau, même si on voit toujours des Musulmans aux alentours », indique Feiglin. Il ajoute qu’il compte se rendre au mont du Temple dès que le site sera rouvert aux Juifs.

[Les autorités israéliennes ont décidé de la réouverture du site du mont du Temple après la rédaction de cet article, rédigé quelques heures avant.]