WASHINGTON – Dans les derniers jours avant l’élection, l’administration Obama se tenait à carreau – aussi bien le Département d’Etat que la Maison Blanche qui ont à peine réagi aux déclarations de campagne de Netanyahu quant à la création d’un Etat palestinien.

Ils n’ont également pas répliqué aux accusations à peine voilées d’ingérence américaine pour tenter de saper la candidature de Netanyahu. Mais mercredi, ils ont commencé.

Dans un ensemble de messages coordonnés, la Maison Blanche et le Département d’Etat ont lancé leur première attaque, mettant principalement l’accent sur les commentaires de Netanyahu qui semblait revenir sur ses déclarations de 2009 en faveur d’une solution à deux Etats.

Les prochaines semaines seront cruciales pour l’avenir à court terme de la relation, au moins jusqu’en 2017. Il semble que l’administration Obama attend de voir si la campagne rhétorique de Netanyahu sera soutenue par une coalition de droite – mais en attendant, elle a peu de réserves à abîmer cette relation déjà chancelante.

Le matin, après les élections, les relations israélo-américaines sont devenues plus fragiles que jamais.

Le Département d’Etat a mis quelques idées au clair. L’appel du Secrétaire d’Etat américain John Kerry pour féliciter Netanyahu était superficiel et froid. Les deux n’ont pas du tout abordé le sujet de la politique, a déclaré la porte-parole Jen Psaki.

En fait, le message que Washington veut transmettre est que toutes les choses autres que les coopérations les plus courantes – la sécurité, les renseignements, et la coopération militaire – sont ouvertes au débat.

L’administration affirme haut et fort qu’elle considère cette déviation de la doctrine de la solution à deux Etats comme une violation d’un vieux consensus international au sujet de la solution ultime pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Si le Netanyahu post-élections met sa politique en œuvre et continue de nier un chemin vers un Etat palestinien, Washington signale que les choses vont mal tourner. Enfin, encore plus que maintenant.

Les responsables de l’administration ont déjà souligné que les États-Unis réévalueront leur approche en fonction des commentaires de Netanyahu ; ils ont établi un cadre définitif pour aller de l’avant, faisant allusion à deux scénarios probables.

Des rumeurs soigneusement disséminées ont circulé autour de Washington pendant des semaines.

La Maison Blanche et Foggy Bottom [le quartier des ambassades à Washington] envisagent de présenter un nouveau plan de paix, un plan qui contourne les négociations directes entre Israël et l’Autorité palestinienne visant à tenter d’imposer une réalité sur le terrain.

Les États-Unis – s’ils veulent se la jouer dur – ont certainement les moyens à leur disposition pour essayer de forcer Israël à signer un accord, en utilisant les allocations de défense importantes en guise de carotte ou de bâton.

Pendant la guerre de l’été dernier à Gaza et immédiatement après, Israël a eu un avant-goût de ce que cela serait si les transferts de matériel militaire étaient ralentis – même pas interrompus, simplement ralentis – et la menace d’un ralentissement de l’aide militaire est un danger palpable.

La nomination de Robert Malley avant les élections en tant que coordinateur de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la région du Golfe est un avant-goût.

Malley a fait l’objet de critiques dans le passé, et a été retiré de l’équipe de campagne d’Obama en 2008 en raison de ses contacts avec le Hamas. Il est considéré comme étant un initié de Washington qui est suffisamment à l’aise pour adopter une approche critique vis-à-vis de la politique israélienne.

La deuxième option – c’est l’option à laquelle l’administration a fait publiquement allusion à la suite des élections – est une réduction du soutien américain accordé à Israël au sein de l’Organisation des Nations unies et de ses institutions affiliées.

Psaki a déclaré que les Etats-Unis n’allaient pas « se précipiter et prendre de décision au sujet de ce que les États-Unis feraient à l’égard d’une éventuelle action au Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui marque une déviation considérable par rapport à leurs engagements antérieurs qui étaient d’imposer leur droit de veto sur toute tentative de déclaration unilatérale de l’indépendance palestinienne.

Interrogé à plusieurs reprises sur le fait de savoir si les Etats-Unis allaient maintenir sa politique de veto, Psaki a simplement répondu que « les récentes déclarations du Premier ministre remettent en question son engagement envers une solution à deux Etats … mais cela ne signifie pas que nous avons pris la décision de changer notre position par rapport à l’ONU ». Cette déclaration en elle-même – un refus de s’engager pour le veto – est en soi un changement de position.

Mercredi, le New York Times a cité plusieurs responsables de l’administration qui auraient affirmé que les États-Unis pourraient approuver une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies posant les termes pour la formation d’un Etat palestinien sur la base des lignes de 1967, avec des échanges de territoires mutuellement convenus.

Les commentaires de Netanyahu étaient suffisants pour renforcer la voix des critiques qui suggéraient à Washington qu’il a négocié avec mauvaise foi pendant tout ce temps.

Plutôt que de simplement mettre l’opposition de Netanyahu à une solution à deux Etats sur le compte de la rhétorique de campagne, le Département d’Etat déclare que de toute « évidence la position du Premier ministre a changé ».

Dans le même temps, l’administration est encore en phase d’alerte – elle attend de voir ce qui se passera.

L’administration a aussi indiqué qu’elle n’avait pas encore discuté des implications de l’élection israélienne avec l’Autorité palestinienne, ce qui signifie qu’il y a toujours des options ouvertes et que Washington ne s’est pas encore engagé à soutenir les initiatives palestiniennes sur la scène internationale.

Toute mesure prise par Netanyahu qui serait considérée comme étant la poursuite du tournant idéologique véhiculé par sa rhétorique de campagne déclenchera probablement la mise en place de mesures par les États-Unis qui iront au-delà de la mise en garde.

Ce qui n’est pas encore clair c’est ce qui se passera si Netanyahu ne fait tout simplement rien – si, par exemple, il ne lance pas un projet de construction à Jérusalem-Est, mais ne montre pas non plus un réel intérêt à reprendre les pourparlers avec les Palestiniens – combien de temps l’administration va-t-elle attendre ?

La balle est dans le camp de Netanyahu.

Après des années de tension diplomatique et avoir joué avec les limites de l’hostilité ouverte avec Obama, la crise est là – prégnante.

Mais avec la formation de la coalition en cours et un accord avec l’Iran à l’horizon, il reste à voir si le Premier ministre a la possibilité, la capacité ou le désir de reculer du bord du précipice devant lequel il se tient.