Le chef du commandement de la région sud de l’armée israélienne a défendu, mardi, le verdict de culpabilité prononcé la semaine dernière contre le Sergent Elor Azaria pour avoir tué par balle un terroriste palestinien neutralisé. Il est par conséquent l’un des premiers militaires haut-gradés à s’exprimer publiquement sur l’affaire qui a été largement controversée.

“Elor Azaria a commis un crime comme l’a déterminé le Tribunal. L’armée israélienne ne peut pas abandonner ses valeurs sinon elle perdra aussi sa moralité”, a déclaré le major-général Eyal Zamir lors d’un discours prononcé à une conférence sur le leadership à Haïfa.

“En tant qu’officiers, nous ne devons pas avoir peur de faire des déclarations morales claires”, a-t-il ajouté.

Au mois de mars, Abdel Fattah al-Sharif et Ramzi Aziz al-Qasrawi avaient attaqué deux soldats de l’armée israélienne stationnés à Hébron. Un des militaires avait été blessé et le second avait ouvert le feu sur les agresseurs, tuant al-Qasrawi et blessant grièvement Sharif, son complice.

Un soldat de l'armée israélienne charge son arme avant qu'il ne paraisse tirer sur un Palestinien désarmé et blessé qu'il atteindra à la tête, après une attaque au couteau perpétrée le 24 mars 2016 à Hébron. ((Capture d'écran : : B’Tselem)

Un soldat de l’armée israélienne charge son arme avant qu’il ne paraisse tirer sur un Palestinien désarmé et blessé qu’il atteindra à la tête, après une attaque au couteau perpétrée le 24 mars 2016 à Hébron. ((Capture d’écran : : B’Tselem)

Plus de dix minutes après l’agression, Azaria avait sorti son arme et tiré une balle mortelle dans la tête de Sharif. Lorsqu’on lui avait demandé pourquoi il avait fait ce geste, Azaria avait répondu à son commandant que le Palestinien « méritait de mourir ».

Mercredi, Azaria a été reconnu coupable d’homicide par un tribunal militaire, suscitant l’indignation. Des menaces ont été proférées à l’encontre des magistrats et du Chef d’état-major de l’armée Gadi Eisenkot suite au verdict.

“Un soldat prête allégeance à l’état et à ses institutions. Ce serment ne comprend pas l’allégeance aux réseaux sociaux », a commenté Zafir, se référant à la domination de plus en plus importante dans le discours public de réseaux tels que Facebook et Twitter.

Le Colonel Nimrod Aloni, chef des Brigades parachutistes, a expliqué lors de la conférence de Haïfa qu’il avait discuté avec des “centaines de soldats” des dimensions morales de l’incident, ajoutant : “Ce que nous voulons, c’est une armée juive, afin que le débat ne porte pas simplement sur le fait de savoir si le soldat a agi conformément ou non à la loi ».

Le chef des Brigades parachutistes, le colonel Nimrod Aloni. (Crédit : Service de communication de l'armée israélienne)

Le chef des Brigades parachutistes, le colonel Nimrod Aloni. (Crédit : Service de communication de l’armée israélienne)

Certains soldats avec lesquels il s’est entretenu ont ainsi exprimé des “opinions difficiles” qui étaient différentes des siennes, a dit Aloni.

“Tout le monde n’a pas à être d’accord mais si vous voulez faire partie de l’armée qui défend Israël, alors vous devez accepter ses valeurs”, a-t-il indiqué.

Mardi également, un autre responsable de haut-rang de la Défense, le major-général (réserviste) Yitzhak Brick, a appelé les soldats à rester fidèles à leurs références morales et à ne pas se laisser aller “à la haine ou au désir de vengeance”, sans pour autant se référer explicitement à l’affaire de la ‘fusillade d’Hébron’.

Suite à l’attentat terroriste perpétré à Jérusalem, dimanche, au cours duquel les soldats auraient hésité, selon des informations, à tuer l’agresseur, les partisans d’Azaria ont affirmé que c’est la crainte des poursuites qui avait dissuadé toute velléité de riposte du côté des militaires.

Des témoins de la scène ainsi que des enregistrements vidéos ont ultérieurement montré que les allégations d’une éventuelle réponse tardive étaient exagérées, sinon mensongères.

“Il n’y a eu aucune hésitation parmi nos soldats aujourd’hui”, a déclaré Zamir à l’assistance réunie à Haïfa.

La scène de l'attentat au camion bélier qui va visé un groupe de soldats israéliens, tuant au moins quatre d'entre eux, dans le quartier d'Armon Hanetziv de Jérusalem neighborhood of Jerusalem. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

La scène de l’attentat au camion bélier qui va visé un groupe de soldats israéliens, tuant au moins quatre d’entre eux, dans le quartier d’Armon Hanetziv de Jérusalem neighborhood of Jerusalem. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

Dans son discours, le chef du commandement de la région du sud a également répondu aux accusations lancées par les partisans d’Azaria, qui disent que l’élite militaire a « abandonné » ses soldats.

“Depuis l’incident d’Azaria, 39 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie et dans le Commandement du sud, des Palestiniens ont été tués à la barrière de sécurité. Dans tous les autres cas, les soldats ont été totalement soutenus parce qu’ils ont agi conformément aux règles d’engagement,” a dit Zamir.

Brick, médiateur au sein de l’armée, s’est abstenu de mentionner directement l’affaire de Hébron dans une lettre envoyée aux soldats de l’armée israélienne. Mais le message transmis était clair : Ne faites pas ce qu’Azaria a fait.

Se référant à ses propres expériences pendant la guerre de Yom Kippour, il a écrit : « Après des batailles sanguinaires, au cours desquelles un grand nombre de nos camarades ont perdu la vie, nous nous sommes retrouvés face à nos ennemis qui avaient levé leurs mains et étaient tombés sur les genoux. Nous sommes consciencieusement restés fidèles à la valeur de la pureté des armes, qui est un élément central de notre pouvoir et nous distingue de nos ennemis”.

“Les victoires de l’armée israélienne sur le terrain sont basées, avant tout, sur la moralité et l’éthique qui caractérisent les opérations des soldats comme de leurs commandants”, a ajouté Brick.