Les deux initiatives ont pris des mois à se mettre en place, et aucune ne semblait probable. Les efforts pour former un gouvernement d’unité avec l’Union sioniste de centre gauche et les espoirs pour de nouvelles négociations de paix israélo-palestiniennes semblaient, pendant la majeure partie de l’année dernière, être des illusions vouées à l’échec.

En cherchant un moyen d’étendre sa coalition, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a courtisé par intermittence le chef de l’opposition Isaac Herzog, depuis les élections générales de mars 2015. Alors que le Likud de Netanyahu a largement battu l’Union sioniste avec 30 sièges contre 24, le rejet des partenaires de coalition potentiels a laissé le plus grand parti à la direction d’une majorité étriquée et à la recherche d’un nouveau moyen de renforcer son règne.

Pendant ce temps, le gouvernement français tentait de construire ses propres alliances, s’insinuant dans le bourbier qu’est le jeu de paix du Moyen Orient et proposant un nouvel effort pour relancer la solution à deux Etats après des années d’impasse et de stagnation.

Le sommet de Paris, à présent prévu le 3 juin, a été accueilli par les Palestiniens, qui ont aussi suspendu une résolution programmée à l’ONU pour condamner les implantations israéliennes pour se concentrer sur les efforts français. Israël a cependant constamment affirmé que la paix ne pouvait être conclue que via des négociations directes entre les deux parties, plutôt qu’à travers des forums internationaux.

Mais la semaine dernière, pendant quelques instants de flottement, un gouvernement d’unité et l’acceptation israélienne de l’initiative française n’apparaissaient pas seulement possibles, mais presque imminents.

‘Prêt pour la paix’

Un appel du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi à Israël pour accepter la solution à deux Etats, et des rumeurs disant que pour cimenter l’accord sur le gouvernement d’unité, Netanyahu et Herzog se rendraient tous deux au Caire pour une conférence de paix régionale, ont envoyé aux anges les arènes politiques et diplomatiques d’Israël.

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi au Caire, le 17 avril 2016 (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi au Caire, le 17 avril 2016 (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Le discours de Sissi, qui exprimait un soutien explicite au plan français, a été salué de la même manière par Netanyahu et Herzog, le Premier ministre déclarant qu’Israël était « prêt pour la paix ». Tout d’un coup, il semblait qu’avec un nouveau gouvernement centriste, Israël pouvait accepter un sommet de paix international.

Mais les espoirs d’un nouveau type de gouvernement et d’un nouveau début de négociations ont été infirmés, jugés en tous cas prématurés. Presque aussi rapidement qu’ils ont dominé l’agenda, les projets pour un accord d’unité et une participation possible d’Israël à des efforts de paix internationaux se sont écrasés, alors qu’une alliance politique très différente se présentait.

Mercredi dernier, au lieu d’annoncer un accord avec Herzog comme beaucoup l’attendaient, Netanyahu a invité Avigdor Liberman, président du parti Yisrael Beytenu, à d’autres négociations visant à intégrer ses six sièges dans la coalition.

Le chef de l'opposition Isaac Herzog pendant une conférence de presse au siège de l'Union sioniste à Tel Aviv, le 18 mai 2016. (Crédit : Flash90)

Le chef de l’opposition Isaac Herzog pendant une conférence de presse au siège de l’Union sioniste à Tel Aviv, le 18 mai 2016. (Crédit : Flash90)

Ne voulant pas jouer le Duc Orsino pour le César intrusif Liberman, Herzog, réalisant qu’il avait été manipulé comme le personnage de la comédie shakespearienne, a annoncé qu’il mettait fin aux discussions pour rejoindre la coalition.

Eviter les négociations

S’exprimant lundi pendant une conférence de presse conjointe avec son homologue israélien, pendant un voyage dans la région pour promouvoir l’initiative de paix de son pays, le Premier ministre français Manuel Valls a semblé nerveux de ce que Netanyahu pourrait dire.

Alors que Netanyahu commençait à parler, Valls a jeté un coup d’œil à la courte déclaration écrite devant lui, puis aux pages de notes étalées devant le Premier ministre israélien, souriant légèrement alors que Netanyahu commençait à improviser, comme souvent quand il parle en anglais.

Après avoir rendu hommage à Valls pour son soutien à Israël et son opposition forte à l’antisémitisme en France, Netanyahu a continué en rejetant l’initiative française, disant que les négociations directes étaient le seul moyen de conclure un accord durable.

« La paix n’est pas conclue dans des conférences internationales comme celles de l’ONU, ni via des diktats internationaux qui viennent de pays du monde entier assis pour décider de notre destin », a-t-il dit à Valls.

De plus, Netanyahu a affirmé que la conférence internationale était utilisée par la direction palestinienne comme un moyen d’éviter les négociations directes avec Israël.

Le Premier ministre français Manuel Valls (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 23 mai 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre français Manuel Valls (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 23 mai 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

A la place, Netanyahu a déclaré qu’il était prêt à rencontrer le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas « à Paris ou ailleurs », et à négocier en face à face avec lui, sans médiation internationale.

En réponse, le Premier ministre français Manuel Valls a déclaré qu’il parlerait au président François Hollande de la proposition de négociations directes. Pointant les désaccords entre Jérusalem et Paris sur les négociations, il a également dit aux journalistes qu’il attendait que ses propres discussions avec Netanyahu soient « très directes ».

Contrôler les dégâts

Une semaine auparavant, lors d’une visite du ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, Netanyahu avait remis en question l’impartialité de la France et avait déclaré qu’une conférence donnerait aux Palestiniens un « échappatoire pour éviter de se confronter aux racines du conflit ». A présent, l’Union sioniste ne faisant plus partie du paysage, il n’y a pas d’attente pour que Netanyahu accepte le projet pendant le voyage de Valls.

En fait, étant donné que le Premier ministre était en pleine négociation avancée avec Liberman, connu pour être un tenant de la ligne dure vis-à-vis des Palestiniens, Valls a pu être soulagé que Netanyahu n’aille pas plus loin lundi dans sa critique publique du projet français.

Conscient du scepticisme entourant l’entrée de Liberman dans la coalition gouvernementale, l’administration Netanyahu a cherché à apaiser la communauté internationale, qui craignait que le nouveau gouvernement ne plante un autre clou sur le cercueil des efforts de paix.

Répondant à un communiqué de l’Autorité palestinienne (AP) critiquant l’accord émergeant avec Yisrael Beytenu, un fonctionnaire israélien a souligné la semaine dernière que le gouvernement mené par Netanyahu continuerait à soutenir une solution à deux Etats.

« Si une coalition est formée, il est important de noter que le Premier ministre Netanyahu et Liberman soutiennent une solution basée sur deux Etats sur deux peuples, avait déclaré ce fonctionnaire au Times of Israel. En fait, historiquement ce sont des gouvernements de droite, comme celui de Menachem Begin, qui ont conclu des accords de paix avec nos voisins arabes, comme avec l’Egypte. »

L’AP a déclaré que l’accord avec Liberman était une réponse aux efforts français, et qu’il envoyait un message fort au monde, disant qu’Israël « préfère l’extrémisme et la continuation de l’occupation et des colonies à la paix ».

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, prend la parole lors d'une conférence de presse à la Knesset, le 18 mai 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, prend la parole lors d’une conférence de presse à la Knesset, le 18 mai 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dimanche, Netanyahu est allé plus loin dans le contrôle des dégâts, disant à ses ministres qu’ajouter Liberman à la coalition n’impacterait pas négativement les efforts de paix.

« Un gouvernement large continuera à œuvrer en faveur d’un processus diplomatique avec les Palestiniens, et nous agirons ainsi avec l’aide des éléments de la région. Je m’occupe personnellement beaucoup de cela, dans beaucoup d’endroits, et je compte continuer à le faire », a-t-il déclaré au gouvernement.

‘Bel et bien terminé’

Les pourparlers de paix organisés par les Etats-Unis entre Israël et les Palestiniens ont échoué en avril 2014, et les perspectives d’un nouveau dialogue ont semblé de plus en plus lointaines depuis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu  (à gauche) avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors de la photo de famille de la COP21, la conférence des Nations unies sur le changement climatique, au Bourget , le 30 novembre 2015.(Crédit : Martin Bureau/Pool/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors de la photo de famille de la COP21, la conférence des Nations unies sur le changement climatique, au Bourget , le 30 novembre 2015.(Crédit : Martin Bureau/Pool/AFP)

L’engagement de Netanyahu à la mise en place d’un Etat palestinien, même en théorie, est resté une interrogation qui divise les observateurs de la politique israélienne depuis son élection en 2009. Ses partisans et ses détracteurs indiquent différents ensembles de gestes et de déclarations qui pourraient montrer son soutien ou son opposition à la solution à deux Etats.

Plus récemment, Netanyahu a répété ses déclarations invitant Abbas à le rencontrer, disant qu’il était prêt à parler avec le dirigeant palestinien « n’importe où, n’importe quand ». Mais sans progrès, et avec un autre cycle de violence depuis octobre 2015, beaucoup d’observateurs internationaux ont vu la conférence de Paris comme la seule chance de changement.

A présent, avec Netanyahu et Liberman prêts à finaliser leur accord de coalition, il semble que le futur de l’implication israélienne dans l’initiative de paix française fasse écho à la description des négociations pour un gouvernement d’unité par Herzog : « bel et bien terminé ».