Quatre jours après les inondations qui ont fait plus de 400 morts à Freetown, les habitants de la capitale de la Sierra Leone, et en particulier les enfants, sont confrontés à un nouveau danger mortel : l’apparition de maladies telles que le choléra et la malaria.

« La principale priorité pour les enfants est d’empêcher la diffusion de maladies: le choléra, bien sûr, qui est endémique en Sierra Leone, mais aussi d’autres maladies provoquant des diarrhées », a estimé vendredi l’Unicef, citant des maladies qu’entraînent habituellement les inondations.

Depuis plusieurs jours, le Fonds des Nations unies pour l’enfance est à pied d’oeuvre dans les quartiers les plus touchés, distribuant de l’eau potable ou construisant des latrines.

L’ONG Save the Children, également active sur le terrain, a elle aussi tiré la sonnette d’alarme. Une « crise en matière de santé » pourrait toucher de nombreux enfants, a-t-elle averti.

« Deux cas supposés de choléra ont déjà été signalés par les équipes de secours. Des cadavres se trouvent toujours dans des maisons inondées, contaminant l’eau, et l’apparition de cas de diarrhées, de malaria ou d’autres maladies mortelles constitue un risque sérieux », a ajouté l’ONG.

Plus de 120 orphelins

Save the Children estime que 122 enfants ont perdu la vie et que 123 sont devenus orphelins en raison de ces inondations, alors que la saison des pluies est loin d’être finie.

A Genève, le secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, Elhadj As Sy, a annoncé lors d’une conférence de presse un nouveau bilan de « plus de 400 morts », contre 312 officiellement recensés jusqu’ici.

Environ 3 000 personnes dorment toujours à l’extérieur car « il n’y a pas suffisamment de place dans les centres d’accueil », a-t-il ajouté.

Des victimes des inondations cherchent à identifier leurs proches à la morgue de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 16 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

Des victimes des inondations cherchent à identifier leurs proches à la morgue de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 16 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

La Sierra Leone, petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest et l’un des plus pauvres au monde, est « dépassée » par l’ampleur de la catastrophe, a-t-il jugé.

Le bilan « pourrait encore s’élever », a prévenu le porte-parole du Bureau de la Coordination des Affaires humanitaires (BCAH) de l’ONU, Jens Laerke, dans la mesure où quelque 600 personnes sont toujours portées disparues, avec très peu de chances de les retrouver vivantes cinq jours après la catastrophe.

Jeudi, plus de 300 victimes dont les corps n’ont pas pu être identifiés ont été enterrées à Waterloo, une localité proche de Freetown, en présence du président sierra-léonais Ernest Bai Koroma et de la présidente du Liberia voisin, Ellen Johnson Sirleaf.

En prévision d’un nombre encore plus important des victimes, les autorités avaient creusé 400 tombes dans la terre rouge du cimetière, non loin de celles où reposent déjà des victimes de l’épidémie du virus Ebola, qui a fait 4 000 morts en Sierra Leone en 2014 et 2015.

Les habitants de Freetown – capitale de quelque 1,2 million de personnes d’un des pays les plus pauvres au monde – ont été surpris dans leur sommeil dans la nuit de dimanche à lundi quand, après trois jours de pluies torrentielles, des torrents de boue ont envahi les rues et que des pans de collines se sont effondrés sur les habitations.

Ernest Bai Koroma, 2e à gauche, président de la Sierra Leone, sur le site d'un glissement de terrain près de Freetown, le 15 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

Ernest Bai Koroma, 2e à gauche, président de la Sierra Leone, sur le site d’un glissement de terrain près de Freetown, le 15 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

Dans les quartiers les plus touchés, comme le village Regent, de nombreux habitants estiment que les secours ont été trop lents.

« On nous demande d’aller nous enregistrer, mais jusqu’à présent, nous n’avons rien reçu. Pas de médicament pour mon enfant, pas de nourriture », se plaint Fatoumata Dumbuya.

Des journalistes de l’AFP ont visité une école de Regent ou 350 réfugiés s’entassent dans le plus grand dépouillement.

« Rien ne sera de trop. Nous avons besoin de couvertures, de vêtements, de chaussures », explique Rosermary Blake, membre d’une ONG locale.

Promesses de dons

Le Royaume Uni a annoncé une aide de 5 millions de livres (5,5 millions d’euros) pour financer diverses agences de l’ONU et ONG et fournir de la nourriture, de l’eau ou des abris temporaires.

Après la Chine, qui a envoyé une équipe de médecins militaires, le Japon a promis d’envoyer des tentes, des bâches en plastique.

La Croix-Rouge a lancé un appel aux dons : Pékin a déjà promis un million de dollars (850.000 euros), le Togo 500.000 dollars (425 000 euros), la Commission européenne 300 000 euros. Israël et des pays d’Afrique de l’Ouest ont fourni des fonds et des biens de première nécessité.

Selon la Croix-Rouge, des éboulements de moindre ampleur ont eu lieu depuis lundi dans l’est de la capitale et à Bo, la deuxième ville du pays.

Jusqu’à présent, l’évacuation des sans-abri s’est faite sur une base volontaire, ce qui selon Elhadj As Sy, constitue « la meilleure méthode ».