A la veille des élections israéliennes, alors que personne ne peut savoir qui sera le prochain Premier ministre, il est assez clair qu’Israël aura un nouveau ministre des Affaires étrangères.

Ayant rempli le poste depuis 2009 –  avec une courte pause où il a dû se défendre contre des accusations de corruption -, il est très peu probable qu’Avigdor Liberman, dont le parti Yisrael Beitenu a du mal à passer le seuil électoral dans certains sondages, puisse le conserver.

Même si un gouvernement de droite – dominé par le Likoud, HaBayit HaYehudi, Yahad, Koulanou et Yisrael Beitenu – arrivait au pouvoir, d’autres politiciens sont susceptibles de postuler à ce poste avec des arguments plus puissants.

Liberman lui-même, qui affirme, au mépris de toutes les enquêtes d’opinion, que son parti va gagner 10 sièges ou plus, dit viser le ministère de la Défense.

Mais qui pourrait lui succéder ? Et comment les élections pourraient influer sur les stratégies et les tactiques diplomatiques d’Israël, et sur les attitudes internationales vis-à-vis d’Israël?

Qui pourrait remplacer Liberman ?

Dans le cas d’une coalition de centre-droit/extrême-droite, il est plus que probable que le ministère des Affaires étrangères reviendra au Likud. HaBayit HaYehudi de Naftali Bennett devrait gagner un nombre de sièges à deux chiffres- et comme principal partenaire de coalition du Likud, il pourrait exiger n’importe quel portefeuille ministériel. Mais Bennett, un ancien officier dans une unité d’élite, choisira probablement le ministère de la Défense.

Moshe Kahlon, dont Koulanou devrait recueillir huit ou neuf sièges, a clairement indiqué qu’il veut être ministre des Finances et Benjamin Netanyahu lui a déjà promis ce poste. Eli Yishai de Yahad, avec une projection de quatre à cinq sièges, ne serait pas en mesure d’exiger le ministère des Affaires étrangères, et, probablement, n’en voudrait pas de toute façon. (Il pourrait demander de revenir au ministère de l’Intérieur.)

Ce scénario pourrait, par conséquent, permettre à Netanyahu de nommer un député du Likud à la barre de l’appareil diplomatique d’Israël. Silvan Shalom a déjà servi comme ministre des Affaires étrangères, de 2003 à 2006, et pourrait sans doute faire son retour. Gilad Erdan, qui avait envisager de quitter le cabinet de sécurité l’an dernier pour devenir l’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, et l’actuel ministre adjoint des Affaires étrangères Tzachi Hanegbi pourraient également accepter le poste.

L’ancien ambassadeur à Washington, Michael Oren, de Koulanou, semble être un candidat probable pour le poste de vice-ministre des Affaires étrangères.

Prime Minister Benjamin Netanyahu, right, and Vice Prime Minister Silvan Shalom (photo credit: Uri Lenz/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le vice-Premier ministre Silvan Shalom (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

En revanche, si la tête de l’Union sioniste, Isaac Herzog, parvenait à former le prochain gouvernement – avec l’aide de Yesh Atid, du Meretz, de Koulanou et-ou du Shas et Yisrael Beitenu – Yair Lapid semble correspondre au poste de ministre des Affaires étrangères. Les sondages lui accordant jusqu’à 12 sièges, le parti centriste de Lapid serait le principal associé de la coalition de l’Union sioniste et il pourrait choisir son ministère.

Bien que Lapid ait dit pendant la campagne qu’il aimerait retourner au ministère des Finances, il ne serait pas surprenant qu’il opte pour le portefeuille, beaucoup plus prestigieux, des Affaires étrangères, laissant derrière lui la tâche ingrate de la gestion financière.

Dans un autre scénario, si le Likud invitait l’Union sioniste à se joindre à lui dans un gouvernement d’unité nationale, le poste de chef de la diplomatie pourrait revenir à Herzog ou à Tzipi Livni.

Si les rôles étaient inversés, et que l’Union sioniste était la principale composante d’un gouvernement d’union, Herzog deviendrait Premier ministre, Netanyahu pourrait démissionner en tant que chef du Likud, et celui qui lui succédera pourrait devenir ministre des Affaires étrangères.

Un accord de rotation Herzog-Netanyahu pourrait également voir Livni revenir au ministère des Affaires étrangères, où elle a servi de 2006 à 2009.

Then-foreign ministers Tzipi Livni, of Israel, Abdul-Ilah Khatib, of Jordan, and Ahmed Aboul Gheit, of Egypt, meet in Jerusalem, July 25 2007. (photo credit: Orel Cohen/Flash90)

Tzipi Livni, alors ministre des Affaires étrangères d’Israël, et ses homologues jordanien, AbdulIlah Khatib, et egyptien, Ahmed Aboul Gheit, à Jérusalèm, en juillet 2007 (photo credit: Orel Cohen/Flash90)

Avec son approche franche et peu diplomatique de la politique étrangère et ses opinions non orthodoxes sur le processus de paix avec les Palestiniens, Liberman n’est pas le chouchou de la communauté internationale.

Donc presque tous les candidats potentiels pour le remplacer rencontreraient probablement un accueil enthousiaste dans les capitales alliées.

Les réponses internationales

Cependant, c’est le Premier ministre plus que n’importe qui d’autre qui détermine la politique étrangère du pays et la plupart des gouvernements en Europe, sinon tous, espèrent que Netanyahu sera remplacé par quelqu’un de plus flexible sur la question palestinienne.

Si Netanyahu devait être réélu et devait former une coalition de droite, l’Union européenne augmentera la pression sur Israël.

Les diplomates européens ne l’avouent pas officiellement, mais prédisent en privée que les amis les plus proches de Jérusalem, même dans l’UE – l’Allemagne, la République tchèque et les Pays-Bas – auraient des difficultés à défendre Israël contre les efforts des autres Etats membres de l’UE qui voudront serrer la vis à un nouveau gouvernement Netanyahu.

Même les gouvernements qui habituellement soutiennent Israël se retrouveront « les mains vides » s’ils cherchent à détourner une telle pression si un gouvernement de droite arrive au pouvoir et empêche tout progrès des pourparlers de paix, a déclaré un haut fonctionnaire européen au Times of Israel récemment.

Si un nouveau gouvernement de droite venait à diminuer activement les possibilités de progrès vers un accord israélo-palestinien en continuant la construction des implantations, l’UE prendrait des mesures concrètes pour faire ressentir son mécontentement envers Jérusalem, a ajouté le fonctionnaire.

Certaines sanctions qui pourraient être appliquées sont déjà étudiées à Bruxelles, y compris l’introduction d’un étiquetage spécial des biens produits en provenance des implantations.

Netanyahu est conscient qu’il est impopulaire en dehors des frontières d’Israël. Il y a une « énorme campagne ici en provenance de l’étranger, énorme, rien de moins qu’une campagne inédite, qui tente de faire sortir le vote arabe en grand nombre, de faire sortir le vote à gauche en grand nombre et de mener une campagne négative à mon encontre », a-t-il déclaré au Times of Israel la semaine dernière.

Dans une autre interview, il a évqoué l’opposition des gouvernements scandinaves à sa réélection. Et ce n’est pas un secret que l’administration Obama n’aurait pas le cœur brisé si Netanyahu rentrait à la maison le jour suivant le scrutin, surtout après son discours controversé au Congrès contre l’accord émergent avec l’Iran.

Au Times of Israel qui lui a demandé si l’administration américaine aimerait le voir partir, il a répondu : « Eh bien, il ne faut pas un formidable effort d’imagination, ne pensez-vous pas ? »

Benjamin Netanyahu et Barack Obama à Washington, le 30 septembre 2013 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Benjamin Netanyahu et Barack Obama à Washington, le 30 septembre 2013 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

A quelles réactions peut-on s’attendre de Washington ?

Si Herzog gagne, les Américains sont susceptibles de tenter à nouveau d’organiser des négociations sur le statut final avec les Palestiniens. Ils pourraient même le faire s’il y a un gouvernement d’union.

Herzog et Livni ont affirmé qu’ils sont désireux de reprendre les négociations et il n’y a aucune raison de supposer que le secrétaire d’Etat n’essaiera pas de les mettre dans une même pièce avec l’Autorité palestinienne.

Toutefois, cela n’annonce en aucun cas la signature imminente d’un accord de paix. Herzog a évité autant que possible de prononcer le mot « paix » pendant toute la campagne, de peur qu’il ne suscite des attentes irréalistes.

Incertain à propos de la volonté de l’Autorité palestinienne de renoncer à ses mesures unilatérales auprès de l’Organisation des Nations unies et de la Cour pénale internationale, le leader travailliste est clairement prêt à donner une chance aux négociations de paix, et a parlé de l’impératif de démanteler les implantations isolées.

Mais il a aussi mis en garde contre le fait qu’il ne savait pas quel Mahmoud Abbas il allait rencontrer – le chef de l’AP qui promet de chercher la coexistence pacifique aux côtés d’Israël, ou celui qui accuse Israël de « génocide » à Gaza et cherche à obtenir une résolution unilatérale du Conseil de sécurité des Nations unies sur un Etat palestinien.

Dans leur paroles, tout du moins, Netanyahu et Herzog sont tous deux engagés à une solution à deux Etats, mais insistent sur une Jérusalem unifiée, la reconnaissance de la nature juive d’Israël et du contrôle sur la vallée du Jourdain – positions qui, lorsqu’on les compare aux positions d’Abbas, rendent un accord final extrêmement improbable.

Mais tandis que Netanyahu se vante de sa capacité de « résister à la pression internationale », la stratégie d’Herzog et de Livni est fondée sur la bonne volonté et la volonté à faire des compromis douloureux.

President Barack Obama and Vice President Joe Biden, along with Palestinian Chief Negotiator Saeb Erekat and Mohammed Shtayyeh (right) and  Israeli Justice Minister Tzipi Livni and Yitzhak Molho (left) at the formal resumption of direct Israeli-Palestinian negotiations, in the Oval Office, July 30, 2013 (photo credit: Official White House Photo, Chuck Kennedy)

Si Netanyahu reste au pouvoir, Washington, occupé avec l’Iran, la Syrie, l’Ukraine et Cuba, sera moins enclin à se concentrer la paix israélo-palestinienne, en particulier si Israël est dirigé par un gouvernement de droite sans l’Union sioniste et Yesh Atid au sein de la coalition. Dans le gouvernement sortant, Livni a tenu à négocier avec les Palestiniens, et Lapid a appuyé sans réserve cette tentative.

Si le nouveau gouvernement devait inclure les ultra-orthodoxes et Koulanou – Kahlon se définissant comme un membre du « camp national » – les chances d’une reprise des pourparlers sont proches de zéro.

Cependant, même dans un tel scénario, les Américains n’abandonneront pas tout espoir et ne laisseront pas Israël maintenir le statu quo.

Le président Barack Obama pourrait, en théorie, ne pas opposer son veto ou même soutenir une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui consacrerait certains principes en vertu du droit international – tels que la nécessité d’une solution à deux Etats sur la base des lignes de 1967 avec des échanges de territoires mutuellement convenues.

En ce qui concerne le programme nucléaire iranien, les efforts pour le contrecarrer ne seront pas grandement affectés par le résultat des élections.

Les six puissances mondiales qui négocient actuellement avec Téhéran semblent déterminés à signer un accord. Ni Netanyahu ni Herzog n’aimeront l’accord, mais ni l’un ni l’autre ne seront capables de l’empêcher – en tout cas pas par le biais de la diplomatie.