Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a menacé ce dimanche de changer, sans spécifier comment,  la politique palestinienne le mois prochain si le gouvernement israélien n’évolue pas sur la question palestinienne.

S’exprimant devant les militants du parti de la gauche israélienne Meretz à Ramallah, Abbas a réprimandé le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour la construction d’implantations et a déclaré qu’Israël doit choisir entre la paix et l’Etat islamique. Il a également pris à partie l’administration américaine.

« Nous ne serons pas en mesure de survivre, mais nous ne soutiendrons pas le terrorisme et la violence » a assuré Abbas, faisant allusion à la pression interne croissante qui pèse sur l’Autorité palestinienne, certains voulant radicaliser son approche à mesure que la situation dégénère.

« Nos mains sont encore tendues vers la paix. Si la situation continue ainsi ce mois-ci, nous allons changer notre position. Comment puis-je continuer à regarder dans les yeux les familles des martyres tués par des terroristes juifs ? » a-t-il demandé, en référence à l’assassinat ce vendredi d’un bébé palestinien dans un incendie criminel probablement perpétré par des extrémistes juifs.

Abbas n’a pas précisé quelles sont les mesures que l’Autorité palestinienne pourrait prendre, mais selon des sources citées par la Première chaîne, il envisagerait de démissionner.

Abbas dit également qu’il « fait porter le blâme de la situation actuelle sur l’administration américaine ».

« Toutes ces condamnations et ces condoléances sont insuffisantes », souligne Abbas. « Des mesures doivent être prises contre les radicaux. Une famille entière a été attaquée dans sa maison et quelqu’un les a brûlés vifs ».

Le président de l’Autorité Palestinienne a déclaré avoir reçu des appels condoléance de Netanyahu et du président Reuven Rivlin. « Et ensuite ?, » s’est-il interrogé.

« Je le dis honnêtement – nous ne serons pas patients. Israël doit choisir entre l’État islamique et la paix, entre les organisations terroristes juives et la paix, » a-t-il dit.

« De quelle paix Netanyahu parle-t-il quand les attaques de colons contre les Palestiniens sont une menace quotidienne ? Croit-il que les colonies de peuplement, plutôt que les négociations, apporteront la paix ? »

Mais Abbas est resté évasif sur la fin de la coopération sécuritaire avec Israël. Interrogé sur la possibilité de résiliation des liens de sécurité, il a répondu : « Israël mettra-t-il de son côté tout en œuvre pour arrêter les attaques comme celles dans le village de Douma ? »

La chef du parti Meretz Zahava Gal-On a présenté ses condoléances à Abbas pour l’attaque.

Abbas a mobilisé les forces de sécurité ce vendredi pour empêcher les attaques de représailles en réponse à l’incendie de deux maisons à Duma, qui a tué le bébé de 18 mois Ali Saad Dawabsha et grièvement blessé trois des membres de sa famille.

Abbas a ajouté lors d’une réunion de direction de l’AP à Ramallah qu’il ne souhaitait pas d’attaques de représailles, et a chargé les forces de sécurité d’empêcher l’activité armée par des jeunes qui chercheraient à venger l’assassinat, comme l’a déclaré un participant de la réunion au journal de langue arabophone Rai Al-Youm.

Ce samedi, le Hamas et le Jihad islamique ont blâmé la coopération de M. Abbas avec Israël pour la mort du bébé.

« Ceux qui ont brûlé l’enfant Dawabsha et sa famille sont ceux qui ont fait un accord avec Israël et empêché l’opposition d’agir », a déclaré le porte-parole du Hamas à Gaza, Sami Abu Zohari.

L’Autorité palestinienne a mis en cause le gouvernement d’Israël pour l’attaque, qualifiée de « crime de guerre » ce vendredi par le porte-parole de M. Abbas, Nabil Abou Rudeineh.

« Ceci est un crime odieux qui ne serait pas arrivé si le gouvernement ne défendait pas les colons et ne poursuivait pas la construction dans les colonies », a déclaré Rudeineh, selon Radio Israël.

La radio de l’armée israélienne a rapporté que le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad Al-Malaki, est allé à La Haye pour rencontrer des hauts fonctionnaires de la Cour pénale internationale afin d’exiger l’ouverture d’une enquête sur l’attaque.

Marissa Newman et l’AFP ont contribué à cet article