Un incident comme celui qui a eu lieu samedi matin dans le camp de réfugiés de Jénine, au cours duquel trois Palestiniens ont été tués par l’armée, aurait fait la une de l’ensemble des médias arabes dans le passé.

Mais, malheureusement pour les Palestiniens, au crépuscule du Printemps arabe, l’incident a été relégué en marge de l’actualité, voire totalement ignoré.

Samedi matin, la chaîne Al Jazeera est revenue en détails sur les manifestations pro-Frères musulmans en Égypte.

La presse a couvert les batailles près de Homs, dans le centre de la Syrie, où 20 soldats ont été tués. Et elle a parlé de la crise en Ukraine. Mais la question palestinienne, et notamment l’incident le plus récent en Cisjordanie, n’existait visiblement pas.

La nature de la confrontation mortelle de samedi entre des troupes d’élite de la police israélienne et un combattant de 22 ans du Hamas, Hamza Abu al-Hija, illustre un aspect central de la nouvelle réalité des camps de réfugiés de Cisjordanie : les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne restent généralement en dehors des camps, particulièrement ceux de Naplouse et de Jénine.

L’AP a essayé d’arrêter Abu al-Hija il y a quelques mois, mais l’incident avait suscité une vague de critiques contre l’organisation.

L’AP a retenu la leçon et ordonné à son personnel de se tenir à l’écart. Ce qui n’est pas le cas d’Israël, comme l’ont montré les événements de samedi.

Hamza Abu al-Hija était le fils d’une des icônes du Hamas en Cisjordanie, Jamal Abu al-Hija, emprisonné en Israël depuis 2002.

Le père, qui a perdu un œil et une main dans une explosion au début de la seconde Intifada, purge une peine cumulée de neuf emprisonnements à vie pour au moins six attentats à la bombe, dont l’attaque contre le bus 361 près de Safed, qui a coûté la vie à neuf Israéliens en 2002, et l’attentat de la pizzeria Sbarro qui a tué 15 Israéliens en 2001.

En décembre, Israël avait déjà tenté d’appréhender Abu al-Hija fils, mais ce dernier s’était enfui et de violents affrontements avaient éclaté entre l’armée et des centaines de Palestiniens.

Vendredi soir, la police israélienne et les forces armées ont réussi à encercler le bâtiment où Abu al-Hija était terré. Elles lui ont demandé de se rendre, mais il a ouvert le feu.

Deux membres de l’unité d’élite Yamam de la police ont été blessés dans les échanges de tirs, au cours desquels le jeune homme a trouvé la mort.

Deux autres Palestiniens ont été tués lors des violences qui ont suivi, l’un deux appartenant au Jihad islamique.

Le fait que les médias arabes ne s’intéressent pas vraiment à cet événement, que l’Autorité palestinienne se tienne à l’écart et que les troupes israéliennes pénètrent dans les camps –  tous ces facteurs sont susceptibles d’exacerber la colère des réfugiés.

Les conditions économiques sont déplorables et les résidents se sentent négligés par l’AP.

Cela crée toute une génération de Palestiniens prêts à combattre à la fois l’AP et Israël et à lancer une troisième Intifida. À tuer et à être tué, comme Hamza Abu al-Hija.

Il y a des dizaines d’autres « Hamza » à Jénine, dans les camps de réfugiés de Balata et d’Askar (près de Naplouse), et même à Kalandia, près de Jérusalem.

La première Intifada a démarré dans ces endroits et a été fomentée par des jeunes du même âge.