L’Académie israélienne du Cinéma et de la Télévision a annoncé mardi qu’elle n’invitera pas la ministre de la Culture Miri Regev (Likud) à la cérémonie annuelle des Ophir, la version israélienne des Oscars, après sa sortie de la cérémonie de l’an dernier pour protester contre la lecture d’un poème palestinien.

La décision de ne pas convier Regev, ni aucun autre politicien, à la cérémonie de cette année a été prise par respect pour l’industrie du cinéma, a déclaré Mosh Danon, porte-parole de l’Académie, même si Regev a critiqué cette initiative.

Danon a déclaré que la cérémonie est « le seul jour de l’année où la communauté du cinéma manifeste son appréciation et son respect pour les artistes et leurs créations, et commémore ses membres défunts. »

« Il est regrettable que la cérémonie ait changé de nature, et soit devenue, au fil du temps, un ring de boxe inapproprié qui dévalorise l’évènement, et pire, dévalorise les artistes et leur travail, qui mérite l’appréciation et le respect », a indiqué Danon.

Il a ajouté que cette tendance avait été démontrée lors de la cérémonie de l’an dernier, faisant ainsi référence à Regev, qui a quitté la salle à la lecture d’un poème de Mahmoud Darwish, qui selon elle, nie l’existence d’Israël en tant qu’État juif. Danon a ajouté que la décision de l’exclure de la soirée n’était pas une offense personnelle.

« Il faut souligner que cette décision n’est pas destinée à manquer de respect à la ministre de la Culture ni à d’autres politiciens, et ne doit pas être interprétée comme une tentative d’éviter le débat sur nos différences profondes n’importe quel autre jour de l’année », a-t-il dit.

Regev a qualifié cette rebuffade de « décision lâche et anti-démocratique. »

« Cette décision n’a qu’un seul objectif : empêcher le public d’entendre ma position sur le fait que les films qui propagent mensonges et diffamation sur les soldats israéliens ne seront pas financés par les fonds publics », a-t-elle dit.

Depuis qu’elle est devenue ministre, Regev a critiqué tout ce qu’elle considère comme inconvenable pour Israël, qu’il s’agisse de nudité au Festival d’Israël, ou de films qui critiquent ou désapprouvent l’État ou les politiques du gouvernement.

En mars, Regev a demandé aux fonds des films israéliens de fournir des informations détaillées sur le processus d’acceptation des films, afin de sévir contre les productions qui critiquent la politique israélienne. La plupart des films sont, en grande partie, financés par les fonds publics.

Plus récemment, Regev a vivement critiqué le film « Foxtrot », qui a remporté le Lion d’Argent du Grand prix du jury à la Mostra de Venise dimanche, et est nominé dans plusieurs catégories des Ophir.

Le film, une histoire sur le deuil des parents, avec des retournements et une satire, est, selon Regev, diffamatoire envers l’État d’Israël.

« Quand un film israélien remporte un prix international, le cœur s’emplit de fierté, et instinctivement, je voudrais renforcer et encourager la réussite israélienne, a-t-elle écrit. Mais il y a une exception à cette règle, quand le monde s’enflamme autour de l’auto-flagellation et de la coopération avec le discours anti-israélien. »

Regev, membre du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’en est pris à une scène spécifique, vers la fin du film, où des soldats commettent un crime de guerre.

« L’armée pour laquelle j’ai servi pendant plus de 25 ans n’avait aucune de ces scènes. C’est de la diffamation pure et simple », a déclaré Regev, ancienne porte-parole de Tsahal. Elle a reconnu n’avoir pas vu le film.