Au lendemain d’un nouvel attentat en France visant des militaires protégeant un centre communautaire juif, le gouvernement français s’est défendu mercredi de toute défaillance dans la sécurité des Français, mettant l’accent sur l’absence de « risque zéro ».

Le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve s’est refusé à parler de « failles » dans la surveillance de l’auteur de cette attaque, un repris de justice qui avait été récemment repéré par la police française à l’occasion d’une tentative de se rendre en Turquie.

« On ne peut pas considérer, à chaque fois qu’il y a une mobilisation de tous les services du ministère de l’Intérieur face à des individus qui peuvent s’auto-radicaliser et passer à l’acte (…) sans nécessairement qu’il y ait des signes qui témoignent de cette volonté (…), qu’il y a des failles », a-t-il déclaré à la sortie du conseil des ministres hebdomadaire.

Mardi soir, ce ministre avait déclaré que la France était « face à un phénomène nouveau, le terrorisme en libre-accès ».

Trois soldats avaient été quelques heures plus tôt agressés au couteau à Nice (sud-est) par un homme de 30 ans, Moussa Coulibaly, né et vivant dans une banlieue sensible de l’ouest de Paris.

Deux militaires ont été blessés et le troisième est parvenu à maîtriser l’agresseur qui a été arrêté. Des enquêteurs antiterroristes ont été chargés de l’enquête.

Moussa Coulibaly, condamné par le passé pour vol et usages de stupéfiants sans cependant aller en prison, avait été repéré mi-décembre par les services de police alors qu’il faisait du « prosélytisme agressif » dans une salle de sport de Mantes-la-Jolie, ville à l’ouest de Paris où il réside, selon une source proche du dossier.

Trois semaines après le triple attentat meurtrier de Paris – 17 morts, une vingtaine de blessés – par trois djihadistes français, il attire à nouveau l’attention des forces de sécurité lorsqu’il achète un billet d’avion – un simple aller simple – pour la Turquie.

Signalé aux services de sécurité turcs, il est refoulé à son arrivée dans ce pays le 29 janvier et il est interrogé à son retour en France. Puis relâché faute de raisons suffisantes pour une action judiciaire.

Nouvelles menaces contre la France

« On ne sait pas ce qui s’est passé dans son cerveau (…), il est normal », a déclaré à des journalistes un homme se présentant comme un grand frère de Moussa Coulibaly, alors que la police menait une perquisition mardi soir au domicile de Moussa Coulibaly à Mantes-la-Jolie.

Dans une vidéo diffusée mardi, le groupe État islamique a proféré de nouvelles menaces contre la France, affirmant avoir des milliers de partisans dans ce pays prêts à mener des attaques, et appelant les musulmans à cibler au couteau s’ils n’ont pas d’armes à feu notamment les policiers et militaires.

Après les attentats de Paris début janvier, l’exécutif avait assuré que tout serait mis en œuvre dans la lutte antiterroriste.

Le Premier ministre Manuel Valls, en reconnaissant des « failles » dans la sécurité du pays, avait alors souligné que la France était confrontée à un « défi redoutable » avec « près de 3 000 personnes à surveiller dans le pays » pour leurs liens avec des jihadistes ou « des filières terroristes en Syrie et en Irak ».

Le président français François Hollande doit évoquer à nouveau ces questions de sécurité jeudi matin lors d’une conférence de presse.

Alors que le niveau d’alerte des forces de l’ordre est à son plus haut niveau depuis les attentats de début janvier, 10 500 militaires en renfort de la police continuent de patrouiller les lieux sensibles, sites touristiques, transports publics, lieux de culte juifs et musulmans.

Les investigations sur les attentats de Paris ont permis d’avancer sur les soutiens logistiques des tueurs, les frères Saïd et Chérif Kouachi, auteurs de l’attaque meurtrière contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo le 7 janvier (12 morts) et Amédy Coulibaly –sans lien établi à ce stade avec Moussa Coulibaly , selon les enquêteurs — meurtrier d’une policière (le 8) et de quatre juifs dans un magasin casher (le 9).

De nombreuses zones d’ombre demeurent toutefois sur le parcours et d’éventuels complices ou commanditaires des trois hommes, abattus par les forces de l’ordre le 9 janvier.