Ceux qui connaissent Ari Harow le décrivent comme une flèche. A présent, certains pensent que cette flèche pourrait faire tomber le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Pendant des années, Harow, 44 ans, a été l’un des confidents les plus proches de Netanyahu, et le stratège de sa machine politique. Il était cependant resté largement inconnu des Israéliens jusqu’à présent, quand il a été annoncé vendredi qu’il avait signé un accord pour devenir témoin de l’accusation dans le cadre des enquêtes sur des faits de corruption présumés à l’encontre du Premier ministre d’Israël.

Harow est très « discret », a dit Odelia Karmon, ancienne conseillère de Netanyahu, à la Deuxième chaîne vendredi. Elle a indiqué qu’il était très réservé, et qu’il n’avait jamais été impliqué dans les intrigues politiques qui ont si souvent touché le premier cercle de Netanyahu. « C’est un homme très droit. »

Harow rentre dans le moule des hommes que Netanyahu a souvent choisis pour diriger ou jouer un rôle important dans son bureau : un jeune Israélo-Américain venu de la droite nationale religieuse. Même si d’autres ont cherché les projecteurs, comme Naftali Bennett, président du parti HaBayit HaYehudi, ou l’actuel ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Ron Dermer, Harow est lui resté dans l’ombre quand il était le directeur de cabinet du Premier ministre.

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ari Harow, ancien chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une réunion du Likud à la Knesset, le 24 novembre 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Harow est né à Los Angeles et a emménagé en Israël avec sa famille en 1985, quand il avait 12 ans, dans l’implantation de Karnei Shomron, en Cisjordanie.

Après avoir terminé son service militaire, il est revenu aux Etats-Unis pour étudier à New York, avant d’entamer un master de sciences politiques à l’université de Tel Aviv.

C’est à ce moment-là qu’il a commencé à travailler pour Netanyahu, en se portant volontaire en 2002 pour le conseiller sur les affaires de la Diaspora, et, plus important, sur ses levées de fonds.

Il est ensuite retourné quelques années aux Etats-Unis, où il a dirigé les Amis américains du Likud.

C’est pendant cette période qu’il a été lié pour la première fois aux accusations de malversations financières entourant Netanyahu, et au scandale dit du Bibi Tours. Dans cette affaire qui remonte à une dizaine d’années, des donateurs privés et des organisations avaient financé la plupart des voyages de Netanyahu, alors ministre des Finances, ainsi que ceux de son épouse et de ses enfants. Ces informations n’avaient pas été transmises à la Knesset.

Odelia Karmon (Crédit : capture d'écran YouTube)

Odelia Karmon (Crédit : capture d’écran YouTube)

Selon le quotidien Haaretz, les Amis américains du Likud payaient aussi le salaire de Karmon, qui était la conseillère médias de Netanyahu.

L’affaire du Bibi Tours a été annoncée pour la première fois par la Dixième chaîne en 2011. Même si un rapport du contrôleur de l’Etat avait conclu à des problèmes éthiques, il n’y avait eu aucune poursuite judiciaire.

En 2008, Harow, revenu en Israël, a commencé à travailler pour Netanyahu comme directeur de cabinet, et l’a accompagné lors de son retour au pouvoir en 2009.

Harow a quitté la politique en 2010 pour lancer un cabinet de conseils politiques, qui travaille pour des politiciens et des campagnes politiques. Il a été à nouveau le directeur de cabinet de Netanyahu en 2014, et a dirigé la campagne électorale qui a permis au Premier ministre de rester au pouvoir en 2015.

La police a cependant commencé à enquêter sur Harow, soupçonné d’avoir facticement vendu son cabinet en 2014, quand il est revenu dans le service public. Il aurait dû vendre cette entreprise pour éviter tout conflit d’intérêts.

Vendredi, la police a annoncé que Harow devrait être condamné à six mois de travaux d’intérêts généraux et à 700 000 shekels d’amende pour des faits d’abus de confiance, en échange de son témoignage contre Netanyahu.

Ses anciens collègues affirment que Harow était le chouchou de Netanyahu, qui lui faisait particulièrement confiance. Il devrait connaitre des informations cruciales pour les deux affaires ouvertes contre le Premier ministre.

Yoaz Hendel (photo credit: Yossi Zeliger/Flash90)

Yoaz Hendel (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

« Ari Harow, il faut le comprendre, était entre le politique et le personnel, entre la famille de Netanyahu et le national, entre le bureau et la maison », a dit à la Deuxième chaîne Yoaz Hendel, ancien directeur des communications de Netanyahu. « C’est là que se sont produits tous les épisodes troubles. »

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illégaux de la part de milliardaires, notamment des centaines de milliers de shekels de cigares et de champagne offerts par Arnon Milchan, producteur hollywoodien né en Israël.

L’Affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé entre Netanyahu et le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Moses, dans lequel le Premier ministre aurait entravé un quotidien rival, Israël Hayom, qui appartient à Sheldon Adelson, en faisant adopter une loi par la Knesset, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Harow devrait fournir des informations pour ces deux enquêtes, ayant été le directeur de cabinet de Netanyahu pendant le moment de l’accord présumé avec Moses, et quand le Premier ministre aurait reçu les cadeaux valant des milliers de shekels.

Les conversations entre Netanyahu et Moses ont été enregistrées par Harow sur son téléphone. Ces enregistrements ont été découverts par la police pendant son enquête sur la vente de son cabinet de conseil.

Vendredi, les médias ont rapporté que la police suggérait maintenant de mettre Netanyahu en examen. Une recommandation de la police n’a pas de poids judiciaire officiel. Elle est destinée au procureur, qui décidera de poursuivre ou non les suspects.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse avec son homologue géorgien, dans ses bureaux de Jérusalem, le 24 juillet 2017. (Crédit : Jack Guez/Pool/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse avec son homologue géorgien, dans ses bureaux de Jérusalem, le 24 juillet 2017. (Crédit : Jack Guez/Pool/AFP)

Netanyahu, qui a démenti tout acte répréhensible, a balayé les derniers développements, affirmant qu’il ne s’agissait que de « bruits de fond ».

Dans une courte vidéo publiée vendredi soir, peu avant l’entrée de Shabbat, Netanyahu a dit : « je veux vous dire à vous, citoyens d’Israël, que je ne fais pas attention aux bruits de fond, je continue mon travail à votre service. Shabbat Shalom. »

La famille de Harow a suggéré que ses problèmes judiciaires étaient la conséquence des tentatives de faire tomber Netanyahu.

« Ce qui m’ennuie vraiment, c’est que personne ne fasse attention à ce qui est évident : tout cet exercice contre Ari et ceux qui entourent Bibi a pour but d’avoir Bibi », a dit la mère de Harow à la Deuxième chaîne, en utilisant le surnom du Premier ministre.

« Ce que je peux vous dire, c’est qu’Ari est l’une des personnes les plus honorables, les plus fiables que je connaisse. Et je pense qu’il était proche de Bibi parce que Bibi savait qu’il pouvait lui faire confiance. C’est ce que je sais », a-t-elle dit.