La police a arrêté lundi le chef d’une organisation caritative qui facilite le don d’organes en Israël, et trois de ses employés. Ils sont soupçonnés d’avoir illégalement échangé des organes contre des dons.

Les arrestations ont eu lieu après perquisition des domiciles des suspects et des bureaux à Jérusalem, selon un communiqué de la police.

Ils sont soupçonnés d’avoir modifié la liste d’attente afin de permettre à des bénéficiaires potentiels d’être placés en tête de liste, en échange de dons à l’organisation, de dédommagements aux donneurs d’organes potentiels, a expliqué la police.

Israël, comme d’autres pays, a des lois pour le don d’organes, conçues précisément pour éviter le trafic. Le dédommagement ou promesse de dédommagement au donateur par le bénéficiaire potentiel ou son représentant légal est interdit.

Illustrative photo of doctors performing a liver transplant (photo credit: Flash90)

Une greffe d’organe. Illustration. (Crédit : Flash90)

« Nous en sommes arrivés à la conclusion que ceux qui n’ont pas les moyens sont condamnés à rester sur liste d’attente, et finissent par payer de leur vie », a expliqué un porte-parole de la police.

L’organisation aurait encouragé les proches des personnes en attente de greffe à faire des dons à l’organisation afin de réduire le délai d’attente pour un organe.

La police a précisé que les donateurs et les bénéficiaires ne sont pas considérés comme des suspects dans cette affaire. « Ils sont des victimes, qui œuvraient pour sauver des vies », souligne le communiqué.

La police a ajouté que l’enquête a commencé il y plusieurs mois, après que le ministère de la Santé a porté plainte contre l’organisation. Des preuves ont été rassemblées auprès des bénéficiaires d’organes, de leurs familles et d’autres sources.

Un porte-parole de la police a expliqué que l’enquête était « très complexe et délicate » et la police a tout fait pour ne pas perturber le fonctionnement de l’organisation, « afin de permettre que des vies soient sauvées malgré l’enquête en cours ».

L’identité des personnes arrêtées est soumise à une ordonnance de non-divulgation, jusqu’à l’audience de renvoi prévue mardi après-midi.

En mars, le parquet du district de Jérusalem a levé son ordonnance de non-divulgation concernant l’enquête dont faisait l’objet Matnat Chaim, (le Cadeau de la Vie, en hébreu). Il s’agit d’une organisation caritative qui facilite les dons de rein volontaires en Israël.

Plus de 400 personnes saines ont fait don d’un rein via Matnat Chaim. Mais l’association avait été critiquée par des responsables sanitaires, car elle autorise les donneurs à poser des conditions quant au choix de leur receveur.

130 donneurs de l'ONG israélienne Matnat Haim à l'Hôtel Ramada de Jérusalem, le 4 mars 2017 (Crédit : Chaim Meiersdorf)

130 donneurs de l’ONG israélienne Matnat Haim à l’Hôtel Ramada de Jérusalem, le 4 mars 2017 (Crédit : Chaim Meiersdorf)

Ceux qui donnent un rein en passant par Matnat Haim sont autorisés à donner leur organe à la personne de leur choix ou à un receveur anonyme, à condition qu’il existe « un receveur médicalement compatible pour l’organe donné », comme l’a déterminé le Centre de transplantations d’Israël, appelé Adi.

Le ministère de la Santé a indiqué que la police enquêtait sur une possible discrimination, soulignant qu’au moins la moitié des donneurs de Matnat Haim demandent à ce que le receveur soit juif.

Un fonctionnaire du ministère de la Santé avait déclaré à la Deuxième chaîne que l’association n’avait pas de supervision, et que les « paramètres selon lesquels l’association décide qui reçoit un rein » ne sont « pas clairs », car Matnat Haim a sa propre liste.

Le fonctionnaire a déclaré que ces circonstances menaient des patients dont l’état de santé est relativement bon et qui sont sur la liste de Matnat Haim à obtenir un donneur, alors que des patients dont l’état de santé est bien plus grave « qui attendent et sont en dialyse depuis quatre ans » restent sur liste d’attente.

Matnat Haim a déclaré dans un communiqué qu’elle n’était pas informée de l’enquête, et n’avait par conséquent pas de commentaire à faire, a indiqué la Deuxième chaîne.

L’organisation avait autrefois déclaré qu’elle n’avait jamais accepté de donations en échange d’un changement en faveur d’un patient dans la liste d’attente. Elle avait déclaré qu’elle « rejette totalement toute suggestion de possible malversation. »

Stéphanie Bitan a contribué à cet article.