La police israélienne a annoncé dimanche l’arrestation de neuf personnes sur fond de divisions dans le pays, suite au jugement d’un soldat accusé d’avoir tué un terroriste palestinien neutralisé.

La police a arrêté dans la nuit de samedi à dimanche sept personnes qui avaient troublé l’ordre public pendant une manifestation illégale de soutien à Elor Azaria, jugé coupable d’homicide par un tribunal militaire la semaine dernière.

Deux autres personnes avaient été arrêtées pour incitation à la haine contre la juge Maya Heller, qui a prononcé le verdict de culpabilité d’Azaria.

Les manifestants participaient à un rassemblement improvisé devant la résidence présidentielle de Jérusalem. Ils ont été arrêtés pour avoir refusé à plusieurs reprises de respecter les instructions de la police, a annoncé Louba Samri, porte-parole de la police.

Les détenus devraient comparaître dimanche devant la cour des magistrats de Jérusalem, qui doit statuer sur leur détention.

Manifestant contre le verdict de culpabilité d'Elor Azaria, devant le siège de la Kirya, à Tel Aviv, qui appelle Gadi Eizenkot, le chef d'Etat-major de Tsahal, un "chien", le 4 janvier 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Manifestant contre le verdict de culpabilité d’Elor Azaria, devant le siège de la Kirya, à Tel Aviv, qui appelle Gadi Eizenkot, le chef d’Etat-major de Tsahal, un « chien », le 4 janvier 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les sept individus appartiendraient à un groupe de supporteurs ultra-nationalistes de l’équipe de football du Beitar Jérusalem, selon la radio publique israélienne.

Azaria été jugé coupable d’homicide à l’unanimité par une cour militaire mercredi. Il avait abattu en mars 2016 un terroriste palestinien neutralisé à Hébron. L’affaire a profondément divisé le pays, et le verdict a entraîné la colère de beaucoup à droite, dont certains ont affronté qui ont affronté la police devant le tribunal, dans le centre de Tel Aviv, la semaine dernière.

Depuis que le verdict a été prononcé, plusieurs politiques et soutiens d’Azaria ont appelé le président Reuven Rivlin à gracier le soldat.

En plus d’accorder une grâce totale, le président, associé au ministre de la Justice, peut modifier une sentence en réduisant la peine de prison ou en la commuant en service d’intérêt général.

Dans un communiqué publié quelques heures après le verdict, le bureau de Rivlin a rappelé que les demandes de grâce seraient étudiées par le président « en accord avec les pratiques habituelles », quand toutes les procédures juridiques auraient pris fin.

Azaria devrait connaître sa peine le 15 janvier. Il risque jusqu’à 20 ans de prison, mais les analystes s’attendent à une peine moins lourde.

Le chef d'Etat-major Gadi Eizenkot, au centre, pendant un exercice militaire sur le plateau du Golan, le 25 août 2016. (Crédit : unité des porte-paroles de  l'armée israélienne)

Le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot, au centre, pendant un exercice militaire sur le plateau du Golan, le 25 août 2016. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Suite à la forte condamnation des actes d’Azaria par le gratin militaire, dont le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot et le ministre de la Défense de l’époque Moshe Yaalon, des partisans d’extrême-droite et certains politiques ont accusé l’establishment militaire d’abandonner l’un des siens.

Au moins trois personnes ont été arrêtées pour avoir incité à la violence contre Eizenkot et des membres du tribunal militaire suite au verdict.

Samedi soir, la police a arrêté un homme de Jérusalem suspecté d’incitation à la violence contre Eizenkot.

Ces arrestations matinales ont eu lieu quelques heures après un rassemblement contre la haine et de soutien à l’unité nationale à Tel Aviv.

La police a estimé qu’environ 3 000 personnes étaient présentes sur la place Rabin de Tel Aviv.

Isaac Herzog, le dirigeant de l’Union sioniste, Yair Lapid, président de Yesh Atid, et les familles de trois adolescents israéliens enlevés et assassinés en Cisjordanie en 2014, Gil-ad Shaar, Eyal Yifrach et Naftali Fraenkel, étaient notamment présents.

Le député du Likud Yehuda Glick s’est exprimé pendant le rassemblement. Il a appelé à « l’amour inconditionnel » et au « respect des opinions de tout le spectre politique ».

Le député du Likud Yehuda Glick, à droite, pendant la manifestation contre la haine et la violence sur la place Rabin de Tel Aviv, le 7 janvier 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le député du Likud Yehuda Glick, à droite, pendant la manifestation contre la haine et la violence sur la place Rabin de Tel Aviv, le 7 janvier 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Pendant le rassemblement, un célèbre partisan d’Azaria a été arrêté après avoir fait irruption sur la scène.

Vers la fin du rassemblement, Ran Karmi Buzaglo, qui a géré une campagne de relations publiques pour Azaria et sa famille pendant le procès, est monté sur la scène en faisant de grands signes de victoires, apparemment pour protester contre le rassemblement. Il a été rapidement évacué par la sécurité puis arrêté et interrogé.

Le rassemblement avait été lancé par Ziv Shilon, un officier de l’armée israélienne qui a perdu un bras dans une explosion dans la bande de Gaza, en 2012. Il a écrit la semaine dernière un émouvant post publié sur Facebook, qui condamnait la radicalisation du discours entourant l’affaire profondément clivante.

Sur Facebook, Shilon avait écrit que « moi, qui n’ai pas pleuré à des moments durs que je ne souhaite à personne, je n’ai pu aujourd’hui retenir mes larmes pour la nation d’Israël, qui se déchire dans une haine sans précédent. »

La semaine dernière, la police avait également arrêté deux personnes soupçonnées d’avoir appelé à des attaques contre Maya Heller, la juge qui présidait le jury qui a prononcé le verdict contre Azaria. Elles ont toutes les deux été assignées à domicile jeudi, à condition de rester éloignées des réseaux sociaux et d’Heller.

La sécurité de la colonel Heller et des deux autres juges du jury, les lieutenants colonels Carmel Wahabi et Yaron Sitbo, a été renforcée mercredi, après des milliers de messages de menaces de violence contre eux publiés sur les réseaux sociaux.

Pendant le prononcé du verdict mercredi, des manifestants ont verbalement attaqué Eizenkot devant les quartiers généraux de l’armée à Tel Aviv, la Kirya, criant des slogans comme « Gadi, sois prudent, Rabin cherche un ami ». Ce slogan fait référence à l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, qui a été assassiné par un extrémiste de droite en 1995.

Jeudi, le procureur général Avichai Mandelblit a ordonné à la police de lancer une enquête sur ce groupe de manifestants qui ont été filmés en train de menacer Eizenkot après le verdict d’Azaria.

Selon Vigo, une entreprise de suivi des réseaux sociaux, en plus des slogans criés au procès, quelque 2 500 posts publiés entre le verdict et jeudi après-midi menaçaient Eizenkot.

Judah Ari Gross et l’AFP ont contribué à cet article.