Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a annoncé mardi qu’il avait demandé au Premier ministre Benjamin Netanyahu de demander officiellement l’organisation d’une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies sur l’aggravation de la situation humanitaire en Syrie, affirmant qu’ « en tant que Juifs, nous ne pouvons ignorer ces atrocités ».

Deri, le président du parti ultra-orthodoxe Shas, a déclaré que l’histoire du peuple juif exigeait d’Israël de faire ce qu’il pouvait pour empêcher le « massacre » de civils innocents.

« Six millions de Juifs ont été assassinés pendant l’Holocauste et le monde est resté silencieux. En tant que Juifs, nous ne pouvons pas ignorer ces atrocités qui se déroulent depuis près de six ans en Syrie », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Plus de 300 000 personnes ont été tuées en Syrie et des millions d’autres ont fui leurs foyers en près de six ans de guerre civile entre les forces gouvernementales et les groupes rebelles et islamistes.

Les civils syriens marchant vers un poste de contrôle tenu par les forces pro-gouvernementales, au rond-point de la rue Al-Hawoz, après avoir quitté les quartiers de l'est d'Alep le 10 décembre 2016 (Crédit : AFP PHOTO / George OURFALIAN)

Les civils syriens marchant vers un poste de contrôle tenu par les forces pro-gouvernementales, au rond-point de la rue Al-Hawoz, après avoir quitté les quartiers de l’est d’Alep le 10 décembre 2016 (Crédit : AFP PHOTO / George OURFALIAN)

Mardi, les troupes gouvernementales se sont mises en place pour lancer une dernière bataille pour prendre les dernières positions rebelles à l’est d’Alep tandis que la communauté internationale et les organismes d’aide ont lancé un appel pour sauver la vie de milliers de civils qui ont « nulle part sûr où se réfugier » et pour que ceux qui luttent pour reprendre l’enclave rebelle s’abstiennent de commettre des atrocités.

L’ONU a déclaré que les forces pro-régime avaient exécuté 82 civils dans la ville.

« Le massacre d’Alep et le meurtre de bébés, d’enfants, de femmes et de personnes âgées nous obligent en tant que Juifs – un peuple qui a connu les horreurs de l’Holocauste et des massacres insupportables – d’élever nos voix et crier », a ajouté Deri qui a précisé qu’il avait demandé à Netanyahu de se tourner vers l’ONU.

Un porte-parole du Premier ministre, cependant, a nié que Deri avait soulevé le sujet avec le bureau de Netanyahu.

Alors que plusieurs responsables se sont prononcés sur la situation humanitaire en Syrie, Israël a largement évité le débat international sur le sort des victimes, se concentrant plutôt sur la menace sécuritaire que représentent les combats à ses frontières.

Cette photo a été prise sur le plateau du Golan le 10 septembre 2016 montre la fumée s'élevant du village syrien de Jubata al-Khashab. Un avion israélien a frappé les positions de l'armée syrienne après qu'un tir syrien a frappé le Golan (Crédit : AFP / Jalaa Marey)

Cette photo a été prise sur le plateau du Golan le 10 septembre 2016 montre la fumée s’élevant du village syrien de Jubata al-Khashab. Un avion israélien a frappé les positions de l’armée syrienne après qu’un tir syrien a frappé le Golan (Crédit : AFP / Jalaa Marey)

Depuis le mois de mars 2011, lorsque le conflit syrien a commencé, des dizaines d’obus de mortier ont atterri sur le territoire israélien suite aux retombées accidentelles des tirs. L’armée répond souvent aux tirs qui traversent la frontière d’Israël en tirant sur les postes de l’armée syrienne. Jérusalem a déclaré que sa politique était de tenir Damas pour responsable de tout tir provenant de la Syrie en Israël quelle que soit la source.

En février, après qu’un cessez-le-feu ait été annoncé, Netanyahu a déclaré que même si Israël était heureux de l’éventualité de la fin des hostilités, toute solution à long terme devait également assurer la sécurité de l’Etat juif.

« Nous nous félicitons des efforts déployés pour parvenir à un cessez-le-feu stable, à long terme et réel en Syrie. Tout ce qui arrête le terrible carnage là-bas est important, avant tout d’un point de vue humain », a-t-il déclaré au cabinet. « Mais en même temps, il est important qu’une chose reste claire : tout arrangement en Syrie doit inclure la fin de l’agression iranienne contre Israël à partir du territoire syrien ».

En septembre 2015, alors que des centaines de milliers de réfugiés syriens arrivaient en Europe, un débat public a eu lieu en Israël sur sa propre responsabilité envers les réfugiés syriens.

Netanyahu a rejeté la possibilité qu’Israël puisse accueillir des réfugiés, affirmant que si l’État juif n’était pas indifférent aux souffrances des citoyens de l’autre côté de sa frontière – Israël a traité des centaines de Syriens blessés qui sont arrivés à sa frontière dans le nord – il n’avait pas la capacité d’absorber des masses de personnes.

Le chef de l’opposition, Isaac Herzog, a répondu aux affirmations de Netanyahu selon lesquelles Israël ne pouvait pas accueillir les réfugiés en accusant le Premier ministre d’ignorer les préoccupations éthiques fondamentales juives.

En tant que ministre de l’Intérieur, Deri est responsable des demandes d’asile mais il n’a pas précisé qu’il soutiendrait l’accueil de réfugiés syriens. Un porte-parole du ministre n’a pas répondu immédiatement à une question que le Times of Israel a posée quant à savoir si son appel à un débat au Conseil de sécurité indiquait une volonté d’envisager d’accueillir des réfugiés syriens.

Les réfugiés se bousculant les uns et les autres en attendant des tentes tandis que les Syriens fuient la ville d'Alep, le 6 février 2016 à Bab al-Salama, près de la ville d'Azaz, au nord de la Syrie (Crédit : Bulent Kilic / AFP)

Les réfugiés se bousculant les uns et les autres en attendant des tentes tandis que les Syriens fuient la ville d’Alep, le 6 février 2016 à Bab al-Salama, près de la ville d’Azaz, au nord de la Syrie (Crédit : Bulent Kilic / AFP)

Deri a appelé à plusieurs reprises à prendre des mesures plus sévères contre l’afflux d’immigrants clandestins en provenance d’Afrique, dont beaucoup prétendent fuir l’oppression au Soudan et en Érythrée.

Les ressortissants érythréens ont soumis 7 218 demandes d’asile aux autorités israéliennes entre 2009 et début juillet 2016, dont seulement huit ont été approuvées. Donc, il y a toujours 3 105 demandes qui attendent toujours une réponse et le reste des demandes ont été rejetées soit retirées, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

Lundi, Deri a tweeté un article du quotidien Haaretz qui signalait que 12 000 immigrés clandestins soudanais et érythréens avaient quitté Israël de leur propre accord au cours des trois dernières années.

Aux côtés de l’article, Deri a déclaré avec fierté : « nous continuons à prendre soin des résidents des communautés défavorisées », une référence aux Israéliens de certains quartiers qui se sont plaints de l’afflux d’immigrants africains.