Avec une voix androgyne qu’il compare volontiers au cri d’un « chat blessé », reconnaissable entre toutes, le chanteur israélien Asaf Avidan dissèque les variations de la rupture amoureuse dans un nouvel album, « Gold Shadow », paru lundi.

Le chanteur israélien, jeune homme de 34 ans à la coupe iroquoise, s’est fait connaître il y a deux ans grâce au remix de sa chanson « One Day/Reckoning Song » par un DJ allemand (Wankelmut), devenu un tube international, puis un album, « Different pulses », encensé par la critique.

Dans ce nouveau disque, son deuxième en solo, où les multiples inspirations (Billie Holiday, Serge Gainsbourg, Bob Dylan, Leonard Cohen, Howlin’ Wolf) sont unifiées par sa voix aiguë et puissante, Asaf Avidan explore l’un de ses thèmes de prédilection: la rupture amoureuse.

L’idée de départ, explique-t-il, était de disséquer ce thème avec le regard de l’homme engagé dans « une relation stable » qu’il était. « Comme un journaliste », il s’est notamment mis à interroger « d’anciennes petites amies pour essayer de soulever quelque chose, mais ça n’a pas vraiment fonctionné ».

« J’ai continué à écrire ces chansons, en continuant à me convaincre, et à convaincre ma petite amie, que ce n’était pas sur nous, mais sur mon passé », explique-t-il.

« C’est seulement quand je me suis mis à mixer l’album que j’ai dû me convaincre que c’était réellement ce que j’étais en train de ressentir », reconnaît celui qui s’est depuis séparé de sa compagne. Il vient de s’installer dans la campagne italienne, dans un endroit où « il y a beaucoup d’arbres et peu de touristes ».

Fils de diplomates

Asaf Avidan, qui dit trouver dans la musique le moyen de « s’exprimer et de mieux se comprendre », s’est mis à chanter assez tard, à 26 ans, après une précédente rupture amoureuse douloureuse.

Ce n’est qu’à ce moment-là que le jeune homme, réchappé d’un cancer en 2001, comprend que sa voix n’est pas comme les autres: « Je n’avais pas d’amis musiciens, je n’ai pas étudié la musique donc je ne savais pas si ma voix était mauvaise, ou différente. C’est seulement quand j’ai eu toutes mes chansons et que j’ai voulu les montrer aux autres que j’ai réalisé, à travers les premières réactions des gens, que je pouvais les toucher ».

Une voix de « chat blessé », terme qu’il a lu un jour dans un article le concernant et qu’il immédiatement adopté pour décrire son timbre aigu et écorché. Une voix souvent comparée à celle de Janis Joplin et qui, estime-t-il, traduit bien « la réalité » des émotions qu’il ressent.

Asaf Avidan, désormais en solo après s’être fait accompagner d’un groupe folk-rock, The Mojos, pendant quelques années, débutera en février une tournée aux Etats-Unis et au Canada (Montréal le 7 février, puis Toronto et Vancouver). Il se produira ensuite en mars en Allemagne, Pologne, Suisse (Lausanne le 28), Luxembourg le 31 et Bruxelles le 4 avril, avant d’aller en Italie.

L’Israélien est arrivé en tournée promotionnelle à Paris mercredi, le jour où un commando islamiste a assassiné douze personnes au siège du journal satirique Charlie Hebdo, un attentat suivi deux jours plus tard par une prise d’otages dans un supermarché casher de Paris, où quatre juifs ont été tués.

« C’est une bataille de valeurs qui est en cours, et un nouvel avertissement que nous ne devons pas tenir nos valeurs pour acquises », a-t-il dit, intérrogé par l’AFP avant le dénouement tragique de cette prise d’otages.

« Même dans des situations extrêmes, je pense que si nous arrêtons de faire ce qu’on fait, on a vraiment perdu, parce c’est ce qu’ils veulent », estime ce fils de diplomates né à Jérusalem, pour qui les mesures de sécurité sont, en tant qu’Israélien, une « réalité quotidienne ».