Les propos de Kerry ont été rapidement nuancés par une porte-parole du département d’Etat, qui a démenti tout changement de la position américaine et précisé qu’il n’y avait « pas d’avenir pour un dictateur brutal comme Assad en Syrie ».

Les alliés des Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, se sont empressés de se démarquer des propos de M. Kerry, Paris affirmant que Assad « ne peut s’inscrire » dans le cadre d’un règlement négocié et Londres soulignant qu’il n’avait « pas sa place » dans l’avenir du pays.

Mais à Damas, la presse a interprété ces déclarations comme un revirement de la politique américaine, même si M. Assad a souligné qu’il fallait attendre pour voir s’ils allaient être suivis d’une action concrète.

« Nous écoutons toujours les déclarations. Nous devons attendre les actes et à ce moment-là on décidera », a affirmé M. Assad à une chaîne iranienne, selon des propos reproduits par l’agence officielle Sana.

Depuis le début de la révolte en mars 2011, le pouvoir syrien a accusé les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, ainsi que les pays du Golfe et la Turquie de soutenir et de financer le « terrorisme » en Syrie, en référence à la rébellion.

‘Au final, il faudra négocier’

Lundi, Assad a réaffirmé que tout changement de politique impliquait la fin de ce soutien. « Tout changement international qui intervient à ce niveau serait une chose positive s’il est sincère et effectif », a-t-il dit.

« Au final, il faudra négocier. Nous avons toujours été pour les négociations dans le cadre du processus (de paix) de Genève I », avait déclaré M. Kerry dans une interview diffusée sur la chaîne de télévision CBS dimanche

Le document de Genève, rédigé à l’été 2012 entre les grandes puissances, –notamment les Etats-Unis et la Russie, qui soutient Damas– a appelé à un gouvernement de transition ayant les pleins pouvoirs, sans évoquer clairement le sort de M. Assad.

Le régime a toujours catégoriquement refusé tout départ d’Assad, alors que pour l’opposition affirme qu’il n’a aucun rôle à jouer dans l’avenir du pays.

Dans son interview, M. Kerry n’a pas évoqué l’avenir du président mais a parlé de pressions pour l’amener à la table des négociations. Washington travaille à « relancer » les efforts visant à trouver une solution politique, a-t-il précisé.

‘Légitimité’ reconnue

La presse syrienne n’a pas caché sa satisfaction.

« C’est une nouvelle reconnaissance de la légitimité du président Assad, de son rôle clé, de sa popularité et par conséquent de la nécessité de négocier avec lui », selon le quotidien privé al-Watan proche du pouvoir.

« L’administration américaine a enfin reconnu qu’elle ne pouvait pas faire partir le président Assad par la force militaire ».

Le journal a estimé en outre que les propos de M. Kerry ouvraient « une nouvelle étape dans les négociations politiques », évoquant la possibilité qu’un « émissaire américain » se rende « à Moscou le 6 avril pour participer aux efforts russes visant à trouver une solution.

Les propos de M. Kerry interviennent après ceux du directeur de la CIA John Brennan, selon qui les Etats-Unis craignaient un effondrement des institutions en Syrie qui laisserait le champ libre aux extrémistes islamistes.

‘Tueur d’enfants’

La consternation prédominait lundi du côté de l’opposition et des militants anti-régime.

La coalition de l’opposition en exil a rappelé que « la chute du régime et de tous les responsables des crimes commis contre le peuple syrien » restait son « principal objectif ».

Pour Samir Nashar, un membre de cette coalition, il s’agit d’ « un test » et M. Kerry a tenu volontairement des propos ambigus afin de laisser la porte ouverte à l’implication d’Assad dans toute solution politique ».

« Depuis le début, les Américains ont lâché la révolution », a réagi via internet Abou Adel, un militant de Jobar, quartier rebelle de l’est de Damas pilonné quotidiennement par l’aviation du régime.

« Mais nous n’accepterons pas qu’Assad reste au pouvoir après les dizaines de milliers de martyrs ».

Sur Twitter, certains ont qualifié les propos de « bombe », accusant M. Kerry de proposer un dialogue avec un « tueur d’enfants ».

« Qui est Kerry pour décider de l’avenir du peuple syrien ? », s’exclame un autre internaute syrien.