Le président syrien Bashar Assad est encore en possession de centaines de tonnes d’agents chimiques qu’il a dissimulées à la communauté internationale, a indiqué un ancien général spécialisé dans le secteur de la guerre chimique au Telegraph vendredi.

Le brigadier général Zaher al-Sakat, qui a fui les forces d’Assad en 2013 et réside actuellement dans un pays européen indéterminé, a indiqué au journal que le leader syrien avait trompé les inspecteurs des Nations unies envoyés dans le pays pour détruire les stocks d’armes chimiques.

Assad avait accepté de remettre l’inventaire entier de ses armes chimiques en 2013 lorsque les Etats-Unis l’avaient menacé d’une action militaire après la mort de centaines de personnes lors d’une attaque chimique meurtrière perpétrée dans les faubourgs de Damas alors entre les mains de l’opposition.

Mais Sakat, qui était le responsable des armements chimiques au sein de la Cinquième division de l’armée syrienne, a longtemps clamé qu’Assad a conservé secrètement une grande partie de ses armes. Et après la mort de 87 personnes lors d’une attaque chimique présumée lancée le 4 avril, le déserteur a expliqué que le régime possédait encore des centaines de tonnes d’armes chimiques.

« Ils ont admis seulement 1 300 tonnes mais on savait qu’en réalité, il y en avait presque le double », a déclaré Sakat au Telegraph. « Il y avait au moins 2 000 tonnes. Au moins ».

Sakat a indiqué que selon ses contacts en Syrie, Assad n’a pas fabriqué de nouvelles armes depuis 2014, mais « ils n’en ont plus besoin, ils ont déjà tout ce qui leur est nécessaire ».

Sakat a ajouté que dans le passé, il avait reçu l’ordre de perpétrer des frappes chimiques à trois occasions avant de fuir. Dans ces trois cas, il avait échangé les agents meurtriers présents dans ces bombes contre d’autres produits sans conséquence.

« Je n’ai pas pu croire au début qu’Assad utiliserait ces armes contre son peuple », a-t-il établi. « Je ne pouvais pas rester comme ça à regarder se dérouler ce génocide. Je ne pouvais pas faire de mal à mon peuple ».

Hamish de Bretton-Gordon, ancien commandant des menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN), a estimé que les affirmations faites par Sakat sur des stocks d’armes chimiques encore entre les mains d’Assad étaient « plausibles ».

Il a précisé au Telegraph que l’attaque chimique présumée dans la ville de Khan Sheikhoun semble avoir été perpétrée avec du gaz sarin.

« Quatre-vingt six personnes ont été tuées dans l’attaque, ce qui n’est pas beaucoup dans un cas de sarin », a-t-il expliqué ». « Le sarin dégrade très rapidement et devient moins toxique dans le temps, donc nous pouvons en effet envisager une attaque menée avec un vieux sarin ».

Le président syrien Bashar el-Assad, dans son bureau à Damas, le 12 février 2016.(Crédit : Joseph Eid/AFP)

Le président syrien Bashar el-Assad, dans son bureau à Damas, le 12 février 2016.(Crédit : Joseph Eid/AFP)

Assad a affirmé cette semaine que les informations portant sur la récente attaque chimique étaient une « fabrication » pour justifier une riposte américaine contre ses forces.

Le président syrien a insisté sur le fait que ces dernières avaient remis tous leurs stocks d’armes chimiques il y a des années et qu’elles n’utiliseraient jamais ce procédé interdit.

« Incontestablement, à 100 % pour nous, c’est une fabrication, » a-t-il commenté en évoquant l’incident.

Assad a expliqué que des preuves semblent indiquer que l’attaque a été commise par « une branche d’al-Qaida », se référant à un ancien affilié jihadiste faisant partie des groupes qui contrôlent la province d’Idlib où se trouve Khan Sheikhoun.

Les images montrées après l’attaque, avec des victimes en convulsion et la bave aux bords des lèvres, ont créé une vague de choc dans le monde entier.

Une chambre de l'hôpital de Khan Cheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d'Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Une chambre de l’hôpital de Khan Cheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d’Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Mais Assad a affirmé qu’il « n’était pas clair que ce soit arrivé, comment pouvez-vous vérifier une vidéo ? Vous avez beaucoup de fausses vidéos aujourd’hui ».

« Nous ne savons pas si ces enfants morts ont été tués à Khan Sheikhoun. Etaient-ils seulement morts ? »

Il a ajouté que Khan Sheikhoun n’avait aucune valeur stratégique et n’était pas actuellement un champ de bataille.
« Cette histoire n’est convaincante en rien ».

L’organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW) a ouvert une enquête sur l’attaque présumée mais la Russie a bloqué mercredi une résolution du conseil de Sécurité qui demandait la coopération de la Syrie lors des investigations.

Et Assad a affirmé qu’il ne « pourrait autoriser une enquête que si elle est impartiale, lorsque nous nous serons assurés que des pays impartiaux participeront à cette délégation pour garantir qu’elle ne sera pas exploitée dans des objectifs politiques ».

Il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que son armée s’était débarrassée de tous ses stocks d’armes chimiques en 2013. « Il n’y a eu aucun ordre de perpétrer une attaque, nous n’avons pas d’armes chimiques, nous avons abandonné notre stock il y a quelques années », a-t-il dit.

« Même si nous en avions, nous ne les utiliserions pas et nous n’avons jamais utilisé notre arsenal chimique dans notre histoire ».

L’OPCW a mis en cause le gouvernement Assad lors d’au moins 2 attaques en 2014 et 2015 impliquant l’utilisation de chlore.

L’incident à Khan Sheikhoun a été à l’origine de la première action militaire directe menée par les Etats-Unis depuis le début de la guerre contre le gouvernement d’Assad. 50 missiles de croisière se sont abattus sur la base aérienne de Shayrat trois jours après l’attaque présumée.