Malgré presque six années de guerre entre son armée et les rebelles, soutenus par des pays occidentaux et les Etats du Golfe, le président syrien Bashar el-Assad a déclaré qu’il considérait toujours qu’Israël était le seul et unique état « ennemi » de la Syrie, dans un entretien publié jeudi.

Cette déclaration pourrait être une tentative apparente de faire un geste de paix envers les pays du Golfe, alors que le régime se rapproche d’une victoire à Alep, vue comme potentiellement décisive pour éradiquer l’insurrection qui a déchiré la Syrie.

La plupart de l’entretien, accordé au quotidien syrien Al-Watan, est dédiée au récent succès d’Assad dans la bataille d’Alep. Le dirigeant contesté a rejeté les appels à un cessez-le-feu dans ce qui était autrefois la plus grande ville du pays.

Le Président syrien a également été interrogé pour savoir si les « sables-mouvants » du Moyen Orient, en partie agités par le vent de la guerre civile syrienne, ont entraîné un autre pays à atteindre le niveau d’hostilité que Damas ressent envers l’Etat juif.

« Avant la guerre, nous savions que la Syrie avait un seul ennemi : Israël… Après six ans de guerre en Syrie, est-il possible que la Syrie ait à présent de nouveaux ennemis officiels ? », a-t-il été demandé à Assad.

Des Syriens fuyant les violences dans les quartiers est d'Alep, tenus par les rebelles, passent devant une barricade improvisée de carcasses de bus dans le quartier Bal al-Hadid, saisi par les forces du régime gouvernemental, le 7 décembre 2016. (Crédit : George Ourfalian/AFP)

Des Syriens fuyant les violences dans les quartiers est d’Alep, tenus par les rebelles, passent devant une barricade improvisée de carcasses de bus dans le quartier Bal al-Hadid, saisi par les forces du régime gouvernemental, le 7 décembre 2016. (Crédit : George Ourfalian/AFP)

Le Président syrien a répondu que seul un Etat qui « occupe votre pays » peut être considéré comme un Etat ennemi, et qu’avoir une « politique hostile » ne suffisait pas à le devenir.

Il a cité la France, ancienne puissance coloniale en Syrie, comme exemple d’un pays qui n’était plus considéré comme un ennemi.

« Considérant qu’Israël occupe le territoire syrien, le problème est différent », a déclaré Assad.

Israël a conquis en 1967, pendant la guerre des Six Jours, 1 200 km² du plateau du Golan à la Syrie, puis les a annexés en 1967. La Syrie, et la plupart des Etats occidentaux, considère que le plateau du Golan israélien est un territoire syrien occupé. La Syrie fait toujours pression pour obtenir sa rétrocession.

D’autre part, Assad a déclaré qu’il n’accusait pas les habitants du pays du Golfe du soutien de leurs gouvernements aux rebelles.

Les troupes du gouvernement syrien en patrouille dans le quartier al-Sakhour, à l'est d'Alep, qui vient d'être repris aux rebelles, le 7 décembre 2016. (Crédit : George Ourfalian/AFP)

Les troupes du gouvernement syrien en patrouille dans le quartier al-Sakhour, à l’est d’Alep, qui vient d’être repris aux rebelles, le 7 décembre 2016. (Crédit : George Ourfalian/AFP)

« L’histoire est la même pour les pays du Golfe, l’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont adopté des positions très hostiles et ont historiquement été l’une des raisons de l’existence continue et de la supériorité d’Israël dans la région, a déclaré Assad. Cela ne fait pas du peuple d’Arabie saoudite ou du Qatar, ou de tout autre pays, un peuple ennemi. Par conséquent, je dis que les responsables de ces pays [du Golfe] ont pu se placer dans la case des ennemis, mais pas l’Etat, ni le peuple. »

« En ce qui concerne Israël, il reste un ennemi », a déclaré Assad.

L’Arabie saoudite et le Qatar sont des soutiens financiers connus des groupes rebelles qui se battent actuellement contre l’armée d’Assad en Syrie. Les deux pays ont appelé Assad à se retirer du pouvoir.

Ces huit derniers jours, la Syrie a affirmé deux fois qu’Israël avait mené des frappes aériennes contre ses positions militaires.

Mercredi matin, Israël a été accusé d’une explosion près d’un aéroport militaire de Damas.

Une frappe de missile présumée israélienne sur l'aéroport militaire syrien de Mazzé, près de Damas, le 7 décembre 2016. (Crédit : Twitter)

Une frappe de missile présumée israélienne sur l’aéroport militaire syrien de Mazzé, près de Damas, le 7 décembre 2016. (Crédit : Twitter)

La semaine dernière, l’aviation israélienne aurait frappé un site militaire proche de la capitale syrienne et un convoi du Hezbollah, entraînant des explosions fortes mais pas de victimes.

Israël ne reconnaît généralement pas mener des attaques en Syrie, même s’il a publiquement affirmé qu’il ne permettrait pas le transfert d’armes sophistiqués au Hezbollah.

Jeudi matin, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a reconnu, un fait rare, qu’Israël essayait en particulier d’empêcher le groupe terroriste libanais de mettre la main sur des armes chimiques.

« Nos politiques et nos positions sont très claires et sont basées sur trois lignes rouges : nous ne permettrons pas de nuire aux citoyens de l’Etat d’Israël, nous ne permettrons pas de nuire à la souveraineté de l’Etat d’Israël et nous n’autoriserons pas la contrebande d’armes sophistiquées et chimiques de la Syrie vers le Liban pour le Hezbollah », a déclaré Liberman.

Le ministre de la Défense a souligné qu’Israël n’avait « absolument aucun intérêt » à s’impliquer dans la guerre civile syrienne, mais se défendra.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.