Un forum des associations francophones en Israël s’est tenu dimanche à l’Hôtel Dan de Tel Aviv organisé autour de quatre grands pôles : l’emploi, la reconnaissance des diplômes, les affaires sociales, la culture et l’enseignement de la langue française.

Quatre tables rondes constituées d’un panel de professionnels, de représentants politiques et de membres associatifs sont intervenus sur ces questions qui alimentent le débat de l’alyah des juifs de France.

Questions au combien importantes, elles constituent à elles-seules le véritable enjeu de l’intégration en Israël des juifs français.

Les associations françaises/francophones en Israël permettent de faire le lien entre les attentes, les requêtes et les questionnements des nouveaux arrivants français avec la société israélienne.

Comme l’a démontré ce forum, leur rôle est aujourd’hui primordial.

Actives sur le terrain, elles permettent de comprendre, d’analyser et d’observer les problématiques de ces franco-israéliens qui doivent s’adapter à leur nouvel environnement, une fois leurs valises posées après cette importante décision que constitue l’alyah. La difficulté de trouver un emploi en Israël est de loin et souvent le premier défi de taille, pour ceux qui ne s’en sont pas occupés avant leur arrivée.

Ces associations représentent également un intermédiaire indispensable entre la communauté française, qui n’a de cesse de s’élargir, et le gouvernement israélien qui ne semble pas pressé d’agir pour les olims français.

Ces associations sont nombreuses et sont spécialisées dans différents domaines. Il y a les associations sociales et humanitaires, les associations visant à promouvoir l’insertion professionnelle et enfin les associations visant à promouvoir la culture française.

Le travail de ces associations a permis de regrouper 15 propositions concrètes « en faveur des Français établis en Israël à l’adresse des autorités de l’Etat d’Israël ». Ces propositions rédigées en collaboration avec l’ambassade de France en Israël, ont été remises à l’issue de ce forum à Nurit Koren, élue parlementaire du Likud en charge du lobby francophone.

Ce forum a été ouvert par l’ambassadeur de France en Israël, Patrick Maisonnave, qui a tenu à rendre hommage à toutes les victimes du terrorisme, aussi bien françaises qu’israéliennes en respectant une minute de silence. « Rien de ce qui se produit en Israël n’est indifférent à la France » a tenu a rappelé l’ambassadeur, propos qu’il avait récemment tenus à la conférence du Jerusalem Post.

Patrick Maisonnave (Crédit : Charlotte Guimbert)

Patrick Maisonnave (Crédit : Charlotte Guimbert/Times of Israël)

Il a ensuite salué le travail des associations. « Le résultat est un état des lieux, s’agissant des attentes exprimées par les Français d’Israël, de leurs difficultés mais aussi de leur espoir, » a-t-il déclaré.

Emploi et reconnaissance des diplômes

Claude Lévy est responsable des relations avec la France auprès du maire d’Akko depuis 2004. Cela lui a permis de s’occuper d’alyah et d’intégration des Juifs de France, de jumelages et d’accords de coopération avec des collectivités territoriales françaises, de culture en collaborant avec l’Institut Français de Haïfa et du social avec l’Association Française de Solidarité avec le Nord d’Israël.

Il a tenu à rappeler que la France a beaucoup fait pour que les Français s’intègrent sur le marché du travail en Israël. « La France est le seul pays qui n’oublie pas ses concitoyens même à l’étranger, » a indiqué Claude Lévy.

« La France est le seul pays qui n’oublie pas ses concitoyens même à l’étranger. »

Claude Lévy

Les intervenants ont regroupé les propositions concernant l’emploi selon les quatre points suivants :

– La mise en place d’un guide pratique du marché du travail israélien qui regrouperait des informations générales essentielles sur l’emploi en Israël. Conseils pratiques, offres d’emploi, CV en hébreu ou encore préparation à un entretien d’embauche en Israël, liste des entreprises présentes dans les villes, ce guide serait un véritable outil de renseignement pour les nouveaux arrivants.

– La mise en place de coordinateur-emploi dans les grandes villes qui accueillent beaucoup de francophones. L’idée serait d’avoir un interlocuteur francophone auprès des municipalités qui conseillent et aident les olims à s’insérer sur le marché du travail.

– Inciter les entreprises israéliennes à embaucher des francophones, et inciter les francophones à créer de nouvelles entreprises. Ces incitations seraient aussi bien financières que matérielles.

– Mettre en place des stages en alternance de cours d’hébreu et de travail en entreprise pour faciliter l’insertion des olims sur le marché du travail et pouvoir les préparer en même temps à passer leur équivalence si besoin.

Dov Maïmon présentant une brochure du JPPI traduite en chinois (Crédit : Aurèle Medioni/Times of Israel)

Dov Maïmon présentant une brochure du JPPI traduite en chinois (Crédit : Aurèle Medioni/Times of Israel)

Dov Maïmon a souligné que l’emploi est « la clé de l’intégration ».

La problématique aujourd’hui est que les Français ne sont pas audibles politiquement, ils n’ont pas de représentation sociale et politique forte auprès du gouvernement israélien explique-t-il.

Dov Maïmon propose entre autres la mise en place de « placement de personnels » où les entreprises viendraient trouver des chasseurs de tête francophones pour des postes spécifiques.

Les propositions concernant l’équivalence des diplômes :

– Etablir un dialogue avec les ordres de métiers afin qu’ils s’engagent à réduire la difficulté et leurs demandes excessives lors du processus du passage des équivalences des diplômes.

– Un travail législatif doit s’intensifier au niveau de la reconnaissance des diplômes français par Israël pour que les professions réglementées puissent exercer. Les autorités israéliennes doivent prendre en compte le nombre d’années d’expérience professionnelle en France et les spécificités terminologiques des diplômes français.

– Faciliter les démarches des olims français en développant des plate-formes en français leur permettant de comprendre les étapes à suivre pour faire reconnaître leur diplôme, les compléments de formation nécessaires et la réduction des coûts de traduction des diplômes.

Alain Zeitoun (Crédit : Charlotte Guimbert)

Alain Zeitoun (Crédit : Charlotte Guimbert)

Pour Alain Zeitoun, AAEGE Israël, « il n’est pas logique qu’il faille que les associations de volontaires soient obligées de pousser en permanence pour faire avancer des lois qui ne rencontrent pas d’opposition de principe de la part du Gouvernement, mais juste de l’inertie administrative. Je pense que l’Association Qualita récemment fondée devra prendre sur elle de coordonner ce travail de suivi et de lobbying, en collaboration avec les Associations. »

Qualita est une association créée en juin dernier.

« L’idée est simplement de réunir les associations dans le respect et l’indépendance de chacune, essayer de travailler ensemble de manière professionnelle, de donner quelques outils sur le terrain, mais également de reprendre les meilleures idées pour demander un certain nombre de points au gouvernement israélien » a expliqué le président et fondateur de l’association, Marc Eisenberg.

« D’autres ilots de résistance en Israël, moins visibles mais existants, vont apparaitre de plus en plus comme barrières à la reconnaissance des diplômes. Il s’agira des Associations Professionnelles israéliennes auxquelles le Gouvernement délègue souvent une partie du processus de reconnaissance des diplômes, » développe Alain Zeitoun.

« Ces Ordres Professionnels organisent certains examens, mettent en place des commissions et fonctionnent le plus souvent d’une manière relativement opaque. Dans certains cas, ces Ordres Professionnels, au lieu d’être les remparts de la qualité de la profession ou de la santé publique, semblent plus fonctionner comme des Guildes qui protègent les intérêts de leurs membres au détriment des nouveaux arrivants, dont les olim. »

Pour débloquer ces situations au niveau de la reconnaissance des diplômes français, il suffit souvent de la modification d’un ou deux mots de la loi. Mais ces changements peuvent prendre plusieurs années, comme c’est le cas de la loi concernant les paramédicaux qui passera cette semaine en deuxième lecture à la Knesset, après deux ans d’attente.

Meyer Habib (Crédit : Charlotte Guimbert)

Meyer Habib (Crédit : Charlotte Guimbert)

Meyer Habib a, quant à lui, souligné qu’il est impératif de prendre en compte les avancées sur le terrain et non les paroles, « les avancées bloquent malgré le nombre d’initiatives ».

Il n’est pas normal que les « meilleurs diplômes (français) du monde ne soient pas reconnus » en Israël, selon lui.

« Ça bloque en bas et non au niveau des ministères, mais le Premier ministre israélien est décidé à faire bouger les choses, » à déclaré le député français de la 8e circonscription.

Affaires sociales et Culture et enseignement de la langue française

Les propositions concernant les affaires sociales :

– Renforcer les moyens dédiés à l’action sociale, notamment sous forme d’allocations et renforcement du panier d’intégration

– Renforcer l’aide aux personnes âgées souvent isolées par un accès au soin facilité. Mise en place de maisons de retraite francophones ainsi que la création d’une écoute téléphonique dédiée aux personnes âgées auprès des municipalités.

– Au niveau local, mettre en place une ligne téléphonique d’écoute destinée aux jeunes en difficultés afin de les mettre en contact avec des professionnels de l’éducation et assistantes sociales.

Les propositions concernant la langue française et la culture :

– Permettre une meilleure information sur le système éducatif israélien qui est très différent du système français.

– Souligner que l’ouverture de classes de français dès la 5ème est possible sur demande.

– Demande au gouvernement israélien de la mise en place d’une fréquence nationale pour une radio en langue française

– Mise en place d’un site d’information en français pour les artistes. Cette plateforme interactive permettrait de faire connaitre les offres et les nouveaux projets, les lieux artistiques, les contacts et relaierait toute l’information pouvant les concerner.

– Ouvrir aux artistes les instances d’aide au financement aussi bien au niveau local que national.

Brigitte Nahon, artiste, sculpteur, a fait son alyah il y a 7 ans.

Elle a témoigné de la difficulté, en tant qu’artiste, de rentrer en contact avec la scène artistique israélienne du fait d’un manque d’information accessible en anglais ou en français.

Elle explique qu’aucune aide n’est fournie aux artistes qui se retrouvent alors très seuls. Il faut, selon elle, leur donner la possibilité de les aider et de les promouvoir afin de s’assurer que ces artistes restent en Israël.

Lisa Rahmani, responsable des programmes européens chez Gvahim, revient sur la nécessité absolue de l’insertion professionnelle des olims en Israël.

Pour cela elle appelle à la mise en place d’un véritable pouvoir politique francophone. Il n’est pas convenable d’appeler les Français à faire leur alyah tout en ne leur permettant pas d’exercer en Israël leur profession.

Lisa Rahmani, responsable des programmes européens - Gvahim (Crédit : Charlotte Guimbert)

Lisa Rahmani, responsable des programmes européens – Gvahim (Crédit : Charlotte Guimbert)

« Ce double discours du gouvernement israélien est inacceptable, il y a aujourd’hui un manque de vision, voir un manque de sionisme des bureaucrates » dénonce Lisa Rahmani.

Les programmes Gvahim apportent leur réponse à la nouvelle vague d’alyah en proposant un accompagnement professionnel à travers leurs différents programmes.

Ainsi l’association a étendu ses programmes de carrière à d’autres grandes villes israéliennes.

Elle a également créé de nouveaux programmes pour les spécificités françaises telles que le programme pré-alyah et le programme dédié au médecin.

Enfin, Gvahim travaille sur la mise en place d’un lobbying francophone aux cotés des autres associations francophones afin d’avoir un réel impact sur le gouvernement israélien.

Alain Zeitoun rejoint Lisa Rahmani sur ce point. « Les Français ont longtemps manqué de mécènes, tels que les mécènes américains ou russes qui ont pu centraliser et coordonner les actions en faveur des olim de leurs pays d’origine. J’espère que l’on verra apparaitre de tels mécènes. Enfin, il faudra que les francophones aient une vraie représentation à la Knesset, mais il y a encore le temps avant que nous ayons des ‘primaires francophones’ pour la Knesset, » conclut-il.

A la fin du forum, les propositions ont été remises à Nurit Koren, présidente du lobby français à la Knesset. « Je suis très heureuse de pouvoir entendre vos conclusions et je vous promets de faire le nécessaire pour faire avancer les choses ».

« Je ferai tout le nécessaire pour ce lobby, nous allons faire tout le nécessaire et tout mettre en oeuvre pour que l’intégration des olims français se passe le mieux possible, les derniers événements parisiens vont générer encore de nombreux nouveaux immigrants français, nous ferons tout le nécessaire pour qu’ils soient bien accueillis dans ce pays, qu’ils puissent s’intégrer, c’est leur maison ici, » a-t-elle déclaré.

Affaire à suivre…

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