Quatre Danois sont jugés à partir de jeudi pour leur soutien logistique à l’auteur du double attentat djihadiste perpétré le 14 février 2015 à Copenhague contre une conférence sur la liberté d’expression et une synagogue.

Omar El-Hussein, un Danois d’origine palestinienne de 22 ans, avait été abattu quelques heures après ces attaques ayant fait deux morts et cinq blessés, un peu plus d’un mois après l’attentat contre l’hebdomadaire français Charlie Hebdo et la prise d’otages de l’Hyper Cacher à Paris.

Poursuivis pour la seule attaque de la synagogue, ses complices présumés sont jugés en vertu de la loi antiterroriste du pays scandinave par trois magistrats professionnels et six jurés devant le tribunal de la capitale.

On sait peu de choses au sujet de ces hommes détenus depuis leur arrestation en février et mars 2015: le parquet a verrouillé la communication, les audiences de mise en accusation se sont déroulées à huis clos et les médias danois ont couvert l’instruction a minima.

Agés de 20 à 31 ans, ils possèdent la nationalité danoise, deux d’entre eux ont également un passeport étranger, selon des informations de presse, et l’accusation devrait requérir leur expulsion du territoire au terme de leur peine s’ils sont condamnés.

Ils encourent la réclusion à perpétuité. Tous clament leur innocence.

Berit Ernst, avocate de l’un des accusés âgé de 26 ans, a expliqué que son client souhaitait la publicité des débats. « Nous attendions avec impatience l’ouverture du procès pour que le public puisse enfin connaître le dossier », a-t-elle dit à l’AFP.

Une place au ‘paradis’

Omar El-Hussein avait d’abord ouvert le feu au fusil d’assaut sur le centre culturel Krudttønden, où se tenait une conférence autour du thème « Art, blasphème et liberté » en présence du dessinateur suédois Lars Vilks, auteur de caricatures du prophète Mahomet, et de l’ambassadeur de France François Zimeray.

Le cinéaste danois Finn Nørgaard, 55 ans, avait été tué, et trois policiers blessés.

Se sachant identifié, le tueur avait demandé l’aide de connaissances pour commettre un second attentat et aller au devant de son destin: avant de mourir, il avait écrit à ses « frères » en se vantant d’avoir gagné sa place au « paradis », selon des sources policières citées par Radio24syv.

Dans la nuit, il avait ainsi abattu un fidèle juif de 37 ans, Dan Uzan, devant la grande synagogue de Copenhague où se déroulait une bat-mitsva (cérémonie par laquelle les adolescentes juives accèdent à la majorité religieuse), blessant deux policiers.

Le procès est une épreuve douloureuse pour la communauté juive, a indiqué à l’AFP le père de la communiante, Claus Bentow. « Toute la famille voit un psychologue » depuis la tragédie, « nous sommes tous très affectés », a-t-il confié.

‘Enfants prêts au sacrifice’

Les complices présumés d’El-Hussein sont accusés de lui avoir fourni des munitions, un sweat-shirt à capuche et un sac, et de lui avoir facilité l’accès à un ordinateur dans un cybercafé d’où il avait pu localiser le lieu de culte. Deux d’entre eux sont accusés de s’être débarrassé de l’arme utilisée dans la première attaque.

Un cinquième mis en cause, qui serait le propre frère du tueur auquel il avait fourni un gilet pare-balles, a bénéficié d’un non-lieu, l’enquête n’ayant pas permis d’établir qu’il connaissait ses projets meurtriers.

Omar El-Hussein aurait fait allégeance au groupe Etat islamique sur sa page Facebook le jour des attentats, mais n’avait aucune connexion connue avec les réseaux jihadistes.

Il a été abattu à l’aube du 15 février 2015 dans un échange de tirs avec la police. Une « exécution », selon sa mère.

Pour Jesper Lynghus, de l’association Finn Nørgaard, le procès doit permettre d’éclairer ces « enfants prêts au sacrifice » qui répondent à l’appel de « prédicateurs fous ».

Des centaines de personnes avaient assisté aux funérailles du tueur l’an dernier à Copenhague.

Le Danemark a mis en place un programme de « déradicalisation », cité en modèle à l’étranger, pour détourner du djihadisme les jeunes en rupture de ban. Omar El-Hussein était lui-même un délinquant qui venait de sortir de prison pour une agression à l’arme blanche.

Le procès est prévu pour durer 30 jours.