BUENOS AIRES, Argentine – La mort d’Alberto Nisman, le procureur chargé de l’enquête sur l’attentat contre le centre juif AMIA de Buenos Aires, sera pour toujours lié à cet attentat, a déclaré le président du centre à des milliers de personnes pendant la commémoration du 23e anniversaire de l’attaque.

« Nous connaissons la vérité sur le massacre de l’AMIA grâce à l’enquête menée par un procureur qui a honoré son travail, et y a perdu la vie, Alberto Nisman », a déclaré Agustín Zbar pendant la commémoration de mardi.

« J’espère que, rapidement, nous connaîtrons les circonstances de sa fin tragique. Sa mort est indissociablement liée à sa tâche dans l’affaire AMIA. C’est une conséquence directe de l’impunité des criminels étrangers de l’AMIA, qu’il avait courageusement affrontés. »

Zbar, avocat, a indiqué que le dossier judiciaire sur l’affaire indiquait que les coupables étaient le Hezbollah et l’Iran, mais que personne n’avait été présenté à la justice pour un attentat qui a tué 85 personnes et en a blessé des centaines d’autres.

« Nos compatriotes musulmans doivent eux aussi dénoncer et désavouer les actes violents de l’Iran et du Hezbollah en Argentine, ainsi que ceux des terroristes aux Etats-Unis, en Europe, en Israël, ou peu importe où ils sont. »

L’enquête sur l’AMIA était menée par Nisman, procureur juif qui a été retrouvé mort le 18 janvier 2015, quelques heures avant de devoir présenter ses conclusions sur un accord secret pour masquer le rôle présumé de responsables iraniens dans l’attentat. Il devait accuser l’ancienne présidente Cristina Fernandez de Kirchner, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hector Timerman, et le gouvernement. La cause de sa mort, meurtre ou suicide, n’a pas encore été élucidée.

Un accord pour une enquête commune de l’Argentine et de l’Iran sur l’attentat a été annulé par le nouveau gouvernement argentin en 2015.

Luis Czyzewski, dont la fille de 21 ans Paola a été tuée dans l’attentat, s’est également exprimée pendant la cérémonie, organisée devant le nouveau centre AMIA, dans la rue Pasteur du centre de Buenos Aires. La cérémonie a commencé à 9h53, l’heure où une voiture a explosé devant le centre le 18 juillet 1994.

« Quand nous nous penchons sur les conséquences de l’attentat, nous ne pouvons pas ne pas citer la mort de Nisman, a dit Czyzewski. Aujourd’hui, la plainte qui a mené à la mort de Nisman fait l’objet d’une enquête. Il est du devoir de département de la Justice d’atteindre la vérité le plus rapidement possible. »

Czyzewski a souligné qu’en juin, les Nations unies ont lancé un bureau du contre-terrorisme, proposé par le secrétaire général Antonio Guterres.

« Nous pensons que c’est le bon moment pour y dénoncer l’Iran comme pays qui promeut et finance les activités terroristes », a-t-il déclaré.

Alberto Nisman pendant une conférence de presses à Buenos Aires, le 20 mai 2009. (Crédit : Juan Mabromata/AFP)

Alberto Nisman pendant une conférence de presse à Buenos Aires, le 20 mai 2009. (Crédit : Juan Mabromata/AFP)

Mardi également, le département d’Etat américain a déclaré dans un communiqué que « le gouvernement iranien a la responsabilité de coopérer pleinement avec les autorités argentines en présentant les auteurs à la justice. A cette occasion, nous pensons également aux importantes contributions du procureur Alberto Nisman sur l’enquête de l’attentat de l’AMIA, et soulignons l’importance d’éclairer les circonstances de sa mort tragique. »

Des ministres et des responsables argentins étaient présents pendant la cérémonie, qui a rassemblé 5 000 personnes. Le président Mauricio Macri était absent, mais a exprimé son soutien vendredi, quand il a rencontré des dirigeants de l’AMIA à la résidence présidentielle.

Robert Singer, directeur exécutif du Congrès juif mondial, a assisté à la cérémonie avec des parlementaires venus d’Argentine, du Brésil, du Chili, du Paraguay et d’Uruguay, qui participaient à un sommet de deux jours du Conseil international des parlementaires juifs pour développer des législations permettant de prévenir et de lutter contre les attentats en Amérique latine.

Mardi également, la Fédération argentine des clubs de sport juifs a publié sur Twitter des photographies de solidarité avec Israël de la délégation du pays aux Maccabiades, qui viennent de s’achever.

Le nom d’Augusto Daniel Jesus a été récemment ajouté à la liste des victimes. En août 2016, il a été identifié comme la 85e victime, sur la base d’une comparaison de l’ADN d’un corps et de celui de sa mère, elle aussi tuée pendant l’attentat.

L’Iran est aussi largement vu comme le responsable de l’attentat qui avait frappé deux ans auparavant l’ambassade israélienne à Buenos Aires.