Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé dimanche l’Egypte à « lutter ensemble contre le terrorisme » à la suite de l’attentat à la bombe qui a tué 23 personnes dans une église copte du Caire.

« Israël condamne cette attaque (…). Nous devons unir nos forces et combattre ensemble le terrorisme », a déclaré M. Netanyahu dans un communiqué diffusé par ses services.

La communauté copte égyptienne n’avait pas connu d’attentat aussi meurtrier depuis l’attaque suicide qui avait fait plus d’une vingtaine de morts le 1er janvier 2011 à la sortie d’une église à Alexandrie.

Selon les médias israéliens, l’Etat hébreu et l’Egypte coopèrent dans la lutte contre les groupes jihadistes qui combattent contre l’armée égyptienne dans la péninsule du Sinaï (est de l’Egypte).

Israël a notamment donné son vert à l’utilisation par l’armée égyptienne de chars, d’avions et d’unités d’infanterie contre ces groupes dans le secteur du Sinaï démilitarisé aux termes de l’accord de paix entre les deux pays signé en 1979.

Les Coptes d’Egypte, première communauté chrétienne du Moyen-Orient

Les Coptes d’Egypte, cibles d’un attentat qui a fait 23 morts dimanche dans une église du Caire, représentent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l’une des plus anciennes.

Près de 10 % des 90 millions d’Egyptiens appartiendraient à la communauté copte dans un pays où les musulmans sunnites représentent une immense majorité.

Les Coptes remontent à l’aube du christianisme, à l’époque où l’Egypte est intégrée à l’empire romain puis à l’empire byzantin après la disparition de la dernière dynastie pharaonique des Ptolémées, d’origine grecque. Le mot « copte » a d’ailleurs la même racine que le terme « Égyptien » en grec ancien.

Leur déclin commence avec les invasions arabes du VIIe siècle et l’islamisation progressive du pays.

Les Coptes sont présents dans tout le pays, avec des concentrations plus fortes en Moyenne-Egypte. On les trouve également dans toutes les catégories sociales, des éboueurs misérables du Caire (« zabbaline ») aux grandes familles patriciennes comme les Boutros-Ghali.

Faiblement représentés au gouvernement, les Coptes s’estiment tenus à l’écart de nombreux postes de la justice, des universités ou encore de la police.

Ils déplorent également une législation très contraignante pour l’édification des églises, alors que le régime pour les mosquées est très libéral.

Le 1er janvier 2011, un attentat non revendiqué avait fait 23 morts, en grande majorité chrétiens, à la sortie d’une église copte après la messe du Nouvel An à Alexandrie, deuxième ville du pays.

La montée d’un islam rigoriste aggrave le sentiment de marginalisation des Coptes, surtout depuis la chute du président Hosni Moubarak le 11 février 2011.

Hosni Moubarak, ancien président égyptien, renversé en 2011 par une révolution du "Printemps arabe". (Crédit : capture d'écran YouTube)

Hosni Moubarak, ancien président égyptien, renversé en 2011 par une révolution du « Printemps arabe ». (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le 8 mars 2011, 13 personnes sont tuées lors d’affrontements entre musulmans et Coptes dans le quartier déshérité de Moqattam au Caire.

Deux mois plus tard, des affrontements entre musulmans et Coptes font 15 morts et plus de 200 blessés dans le quartier populaire d’Imbaba au Caire où une église est attaquée et une autre incendiée.

En octobre de la même année, 27 personnes sont tuées au Caire lors d’une manifestation contre l’incendie d’une église.

La minorité chrétienne subit ensuite les représailles d’islamistes radicaux qui lui reprochent d’avoir soutenu l’éviction en juillet 2013 de l’islamiste Mohamed Morsi, le seul président élu démocratiquement d’Egypte, un an tout juste après son accession à la magistrature suprême.

Depuis l’été 2013, au moins 42 églises ont été attaquées, dont 37 incendiées ou endommagées, ainsi que des dizaines d’écoles, de maisons et de commerces appartenant à des Coptes, affirme Human Rights Watch, qui accuse les forces de l’ordre d’avoir été absentes lors de ces attaques confessionnelles.

Les forces de sécurité égyptiennes déployées sur le site d'une explosion à la cathédrale orthodoxe copte Saint-Marc, dans le quartier Abbasiya du Caire, le 11 décembre 2016. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

Les forces de sécurité égyptiennes déployées sur le site d’une explosion à la cathédrale orthodoxe copte Saint-Marc, dans le quartier Abbasiya du Caire, le 11 décembre 2016. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

L’attentat a également fait 49 blessés, selon un nouveau bilan du ministère de la Santé qui avait auparavant fait état de 25 morts et 31 blessés.

« Je quittais l’église lorsque j’ai entendu une énorme explosion. Il y avait beaucoup de fumée et des gens ont commencé à courir et à crier. Les ambulances ont commencé à arriver. Ils ont sorti des morceaux de corps. Le sol était couvert de sang, il y avait des morceaux de vitres cassés partout », a raconté à l’AFP Jackline Abdel Shahid sur place.

L’attaque n’a pas été revendiquée dans l’immédiat.

Dimanche, l’explosion, entendue dans tout le quartier, a eu lieu vers 10H00 (08H00 GMT) à l’intérieur de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul, contiguë à la cathédrale copte Saint-Marc, siège du pape de l’Eglise copte orthodoxe Tawadros II. La plupart des victimes étaient des femmes, selon le gouvernement.

Selon une source de la sécurité, la bombe était constituée d’environ 12 kg de TNT.

A l’intérieur de l’église, des chaussures et d’autres effets personnels étaient éparpillés au sol, tandis que l’odeur du sang était toujours prégnante quelques heures après l’attentat, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les vitraux étaient presque tous brisés et les bancs de bois renversés pour la plupart, en particulier sur le côté droit de l’église.

La bombe a explosé près d’un pilier, noirci et parsemé d’éclats. Des impacts étaient aussi visibles sur le sol de marbre.

A l’extérieur, un périmètre de sécurité a été installé par la police tandis qu’une vingtaine de personnes scandaient des slogans contre le terrorisme.

Gebrail Ebeid, qui se rendait à l’église lorsque la bombe a explosé, s’interrogeait, visiblement en colère: « Comment est-ce que ça peut arriver? Qu’est-ce que j’ai fait pour que ça arrive au moment où je me rends à l’église? Où étaient les forces de sécurité? Elles occupent la rue maintenant mais c’est trop tard ».

Sur place, les autorités ont saisi les caméras de sécurité de l’église, selon des responsables policiers s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

L’évêque général de l’Eglise copte orthodoxe en Grande-Bretagne, Angaelos, a expliqué à l’AFP que le service religieux était célébré dans la petite église pendant que la cathédrale était en rénovation.

« C’est une cible facile car son entrée est à l’extérieur du périmètre (de la cathédrale) », a-t-il précisé.

De son côté, le pape Tawadros II a interrompu sa visite en Grèce pour revenir au Caire. Dans un communiqué, l’Eglise copte a rappelé « l’unité nationale qui unit les Egyptiens sur la terre bénie d’Egypte ».

Bishop Tawadros, now Pope Tawadros II, in an October 2012 interview (photo credit: screen capture/Youtube)

Le chef de l’église égyptienne copte orthodoxe, le pape Tawadros II sort de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, le 28 novembre 2015. (Crédit photo : AFP/Mahmoud Illean)

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a condamné l’attentat, le qualifiant de « lâche ». Il a aussi déclaré trois jours de deuil national. Cet attentat « vise la nation avec ses chrétiens et ses musulmans », a-t-il réagi. « L’Egypte n’en sortira que (…) plus unie ».

L’imam de la plus haute institution de l’islam sunnite en Egypte, Al-Azhar, a également condamné une attaque « infâme ».

Dans un communiqué, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a exprimé les condoléances de l’Union européenne en notant que « tristement, ce n’est pas première attaque terroriste ces derniers jours ».

Vendredi, un attentat à la bombe a tué six policiers au Caire. Le même jour un autre attentat à la bombe au nord de la capitale égyptienne, a tué un passant et blessé deux policiers.

Le président français François Hollande a lui aussi exprimé dans un communiqué ses « condoléances » aux familles et à l’Egypte.