« On a l’impression de vivre avec une chape de plomb sur la tête » : cinq ans après les attentats de Merah, le directeur de l’école juive Ohr Torah de Toulouse Yaacov Monsonégo, dont la fillette a été assassinée, donne du sens à sa vie en poursuivant sa mission pédagogique.

« On a l’impression de vivre avec une chape de plomb sur la tête mais il faut faire avec », affirme d’une petite voix cet homme brisé de 57 ans lors d’un entretien avec l’AFP.

« Ce qui nous retient aujourd’hui, donne beaucoup de sens à notre vie, c’est l’institution, ce sont les enfants. C’est le message qu’on continue à véhiculer, à faire passer », ajoute-t-il.

Le 19 mars 2012, vers 8h00, devant l’école qui s’appelait à l’époque Ozar Hatorah, Merah avait abattu Jonathan Sandler, 30 ans, et ses deux enfants, Gabriel, quatre ans, et Arieh, cinq ans.

Ensuite, dans la cour, le terroriste, qui avait tué un soldat le 11 mars à Toulouse et deux autres militaires le 15 mars à Montauban en criant « Allah Akbar », avait tué Myriam Monsonégo, sept ans. Il l’avait saisie par les cheveux et exécutée froidement d’une balle dans la tête.

Reproduction photo of 8-year-old Miriam Monsonego, daughter of school headmaster Rabbi Yaacov Monsonego, who was killed in a shooting attack at the Ozar Hatorah School in Toulouse, France, early Monday morning. (photo credit: Flash90)

Miriam Monsonégo, fille du rabbin Yaacov Monsonégo, tués par Mohamed Merah à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse en mars 2012. (Crédit : Flash90)

Dimanche 19 mars, à 10h30, Yaacov Monsonégo, en présence du ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux et de nombreuses personnalités, prendra la parole lors de la cérémonie du souvenir de cet attentat. Un arbre de vie, œuvre du sculpteur Charles Stratos, sera dévoilé dans la cour de l’établissement, dont l’internat porte le nom de Yonathan et le collège-lycée celui de Myriam.

Après la folie meurtrière, beaucoup de juifs avaient fait, selon le rabbin de Toulouse Harold Avraham Weill, leur Alyah. Pas M. Monsonégo, père de quatre autres enfants et également rabbin.

‘Un autre monde’

« Tout abandonner : pour faire quoi ? Et pourquoi ?, interroge-t-il. Non, il y a la mission que nous [avec sa femme Yafa] nous sommes donnée. La scolarité des enfants [environ 150 élèves] est une magnifique expérience. Il n’était pas pensable de mettre un terme à tout cela. »

A ses yeux, l’important, dans le contexte actuel, est le message à faire passer : réveiller les consciences, montrer que le « mal existe ».

« On dormait les portes ouvertes. L’internat était ouvert la nuit comme le jour. On était persuadé que jamais cela ne pouvait nous arriver, que c’était pour ailleurs. Et que cet ailleurs était un autre monde, une autre planète », dit-il.

Mais même si « l’éducation reste une passion », l’ambiance a changé : « l’allégresse, la joie » a laissé la place à « l’impression de vivre avec une tonne, un boulet qu’on tire en permanence ».

Mohammed Merah, seen in a home video. (photo credit: France 2)

Mohammed Merah. (Crédit : capture d’écran France 2)

Du 2 octobre au 3 novembre doit se tenir devant la cour d’assises spéciale de Paris le procès du d’Abdelkader Merah, frère ainé de Mohamed et de Fettah Malki pour les tueries de mars 2012. Mais M. Monsonégo refuse de s’y attarder. « Je n’en attends absolument rien », insiste-t-il.

« Je n’ai plus de place dans mon cœur pour ça. Il n’y a plus rien qui m’intéresse. Il n’y a que ma mission sur terre : ‘construire’ un maximum d’enfants, les rendre heureux, leur donner une belle situation professionnelle, qu’ils deviennent de bons Juifs, avec de vraies valeurs dans le respect de la République dans laquelle nous vivons et dans laquelle nous évoluons et que nous admirons », décrit-il.

« Pour moi, eux [les accusés] n’existent pas. Je les ignore totalement », ajoute ce rabbin, les yeux embués de larmes en évoquant la disparition de sa fille.

« Heureusement qu’il y a la foi. On a la conviction que la petite n’est pas un kleenex qu’on a jeté à la poubelle. Mais qu’elle existe, qu’elle est là où nous allons tous la rejoindre un jour ou l’autre », plaide-t-il.

Mais du bout des lèvres, il ajoute ne pas tout comprendre et n’être parfois pas d’accord avec le « chef d’orchestre qui dirige tout ».