Le commando terroriste qui a attaqué l’aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016 a ciblé en particulier des passagers américains et sans doute aussi des juifs, a appris l’AFP de sources concordantes informées de l’enquête conduite en Belgique.

Ce matin-là, vers 08h00, Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui font exploser leurs bombes au milieu des voyageurs massés à l’enregistrement dans l’aéroport, tuant 16 personnes, un bilan qui doublera avec l’explosion provoquée une heure plus tard par un autre kamikaze, Khalid El Bakraoui, frère d’Ibrahim, dans une station de métro proche des institutions européennes.

Au moins 16 nationalités ont été recensées parmi les 32 morts de cette double attaque de Bruxelles, revendiquée par l’organisation Etat islamique, et une quarantaine parmi les quelque 400 blessés.

Mais à l’aéroport, les terroristes avaient « des cibles assez particulières » et voulaient s’en prendre prioritairement à des Américains, et semble-t-il aussi à des juifs, a expliqué à l’AFP un enquêteur sous couvert de l’anonymat.

Ce dernier dit s’appuyer notamment sur des images de vidéosurveillance tournées dans le hall des départs de l’aéroport international Bruxelles-Zaventem. Ces images montrent en particulier un des kamikazes qui « semble se diriger précipitamment vers deux juifs orthodoxes » en habit traditionnel.

Mohamed Abrini, suspect dans les attentats de Paris, à gauche sur une photo prise par la police belge, a avoué être le "troisième homme" de l'aéroport de Bruxelles, filmé  avec les deux hommes qui se sont fait exploser, le 22 mars 2016.  (Crédit : police fédérale belge/STR/AFP et Twitter)

Mohamed Abrini, suspect dans les attentats de Paris, à gauche sur une photo prise par la police belge, a avoué être le « troisième homme » de l’aéroport de Bruxelles, filmé avec les deux hommes qui se sont fait exploser, le 22 mars 2016. (Crédit : police fédérale belge/STR/AFP et Twitter)

‘Tuer un juif’

Une autre source, au sein de l’administration américaine, confirme ce ciblage relativement précis « de comptoirs d’enregistrement américain, russe et israélien », c’est-à-dire de passagers en attente de vols vers ces pays.

« Dès le début [de l’enquête], il y avait des indications » en ce sens, affirme cette source américaine, et « elles se sont confirmées avec les investigations ultérieures, y compris avec l’audition de Mohamed Abrini », le troisième terroriste de l’aéroport qui lui ne s’est pas fait exploser et a fui.

Abrini, « l’homme au chapeau », a été arrêté le 8 avril dans l’agglomération bruxelloise. Il est un des suspects-clés dans l’enquête sur le 22 mars mais aussi dans celle des attentats parisiens du 13 novembre 2015 (130 morts), perpétrés par la même cellule jihadiste terroriste.

A l’aéroport, « on sait qu’ils voulaient viser des Américains […]. Ils ont attaqué le check-in de Delta Airlines, l’endroit d’où partaient les compagnies américaines », assure l’enquêteur qu’a rencontré l’AFP à Bruxelles.

Et si le ciblage de Russes reste à ce stade une « option » à éclaircir dans l’enquête, la motivation antisémite ou anti-israélienne fait peu de doute, selon lui.

« On sait que les Israéliens les obsèdent aussi », affirme cette source, en expliquant que Najim Laachraoui s’est fait exploser à proximité de deux juifs orthodoxes soudain pris pour cible.

Le troisième suspect des explosions de l'aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016 est vu quittant la scène. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le troisième suspect des explosions de l’aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016 est vu quittant la scène. (Crédit : capture d’écran YouTube)

D’après la vidéosurveillance, Laachraoui se trouve d’abord au milieu d’une soixantaine de lycéens dans la zone d’enregistrement, puis « semble se déplacer précipitamment » vers ces deux personnes habillées selon la coutume vestimentaire orthodoxe lorsqu’il les aperçoit.

Soudainement « il court pour sortir du groupe […], il voulait vraiment, clairement, tuer un juif », ajoute l’enquêteur. Qui en déduit qu’ « on a échappé à un massacre encore plus important » : si Laachraoui n’avait pas couru pour s’extraire du groupe de lycéens, « là il aurait pu tuer 60 personnes ».

La France, cible prioritaire

L’autre terroriste mort à l’aéroport, Ibrahim El Bakraoui, a laissé un testament retrouvé dans un ordinateur jeté dans une poubelle non loin d’une planque du groupe, dans la commune bruxelloise de Schaerbeek.

Il y explique, comme l’a déjà révélé l’enquête, « ne plus savoir quoi faire » et « être recherché de partout » quelques jours après l’arrestation de Salah Abdeslam, seul survivant des terroristes ayant attaqué Paris le 13 novembre 2015, que Mohamed Abrini est soupçonné d’avoir aidé avant ces attentats.

« Ce qui est en tout cas très très clair », confirme l’enquêteur, c’est que le 22 mars les terroristes bruxellois « passent à l’action alors qu’ils n’en avaient pas du tout l’intention ».

Des personnes se rassemblent pour observer une minute de silence en mémoire des victimes des attentats dans l'aéroport et le métro de Bruxelles, qui ont eu lieu un jour plus tôt, sur la Place de la Bourse dans le centre de Bruxelles, le 23 mars 2016 (Crédit :  Patrik Stollarz/AFP)

Des personnes se rassemblent pour observer une minute de silence en mémoire des victimes des attentats dans l’aéroport et le métro de Bruxelles, qui ont eu lieu un jour plus tôt, sur la Place de la Bourse dans le centre de Bruxelles, le 23 mars 2016 (Crédit : Patrik Stollarz/AFP)

« Complètement coincés […], traqués, ils ont clairement improvisé leur truc »… Et dans les messages retrouvés dans l’ordinateur portable, « ils s’excusent même de ne pas prendre les objectifs initiaux » à savoir de s’attaquer à « la France, de nouveau », précise-t-il.

Parmi les 16 morts de l’aéroport, quatre étaient de nationalité américaine, selon un décompte de l’AFP confirmé par une source officielle américaine.

Aucune victime israélienne n’a été recensée parmi eux.

Mais deux jeunes hommes israéliens qui devaient s’envoler le 22 mars de Bruxelles vers Tel Aviv ont été blessés et soignés en avril dans un hôpital de Jérusalem, ont rapporté des médias israéliens, les identifiant comme membres d’une communauté hassidique.