Tandis que la neige tombait sur Jérusalem il y a trois semaines, la nouvelle ligne téléphonique d’urgence du camp de réfugiés de Shuafat reçoit un appel l’avisant d’un incendie chez la famille Matour. Bahaa Nababteh, qui dirige la petite équipe, a immédiatement rejoint le site avec deux bénévoles locaux.

« Nous sommes arrivés dans un immeuble de huit étages en flammes six minutes plus tard », raconte Nababteh au Times of Israel.

« La première chose que nous avons faite fut de libérer les lieux, et de vérifier si quelqu’un se trouvait à l’intérieur. On nous a dit qu’une jeune femme était piégée ; elle a essayé de crier mais personne n’a entendu sa voix. Tout ce que nous avions avec nous était un marteau, alors j’ai dit aux gars d’en apporter davantage et de détruire le mur. Nous avons ouvert un grand trou dans le bâtiment et lui avons sauvé la vie. Elle était entièrement noire de fumée quand nous l’avons sauvée, et en état de choc. »

« Plus tard, un camion de pompiers est arrivé [du quartier voisin de] Wadi Joz ainsi que des renforts de Ramallah, mais notre travail était déjà fait. »

Alors que l’hiver progresse, les catastrophes de ce genre arrivent presque chaque semaine dans le camp de réfugiés de Shuafat, qui fait techniquement partie de Jérusalem, et dans les quartiers environnants de Ras Khamis, Ras Shehadeh et Dhaiyat As-Salam, tous situés derrière une barrière de béton haute et renfermant quelque 80 000 résidents.

Avec des immeubles hauts construits illégalement, équipés d’infrastructures électriques de fortune, les accidents et incendies sont monnaie courante dans le seul camp de réfugiés palestiniens d’Israël, créé au milieu des années 1960 pour accueillir un boom démographique dans la Vieille Ville.

Les ambulances du Magen David Adom qui entraient dans le camp en cas d’urgence, accompagnées par la police des frontières pour protection, ont cessé d’intervenir il y a quelques années, car les habitants locaux bombardaient régulièrement de pierres les véhicules de secours.

Depuis 2006, le Magen David Adom transfère les appels provenant de l’autre côté de la barrière au Croissant-Rouge palestinien, qui met à disposition du camp de réfugiés de Shuafat neuf ambulances stationnées à l’hôpital Al-Qods à A-Tur, sous le mont des Oliviers.

Mais selon les résidents du camp, les ambulances palestiniennes sont surchargées de travail et connaissent mal leur quartier – qui n’a pas de noms de rues ou de numéros – allongeant dangereusement le temps de réaction.

Les résidents locaux n’attendent pas vraiment la mise en œuvre de l’initiative municipale pour nommer les rues dans la Jérusalem-Est palestinienne.

Dans le camp de réfugiés de Shuafat – distinct du quartier du même nom, plus classe moyenne – les gens ont commencé à installer des panneaux de rue et des numéros pour permettre un accès plus rapide aux équipes médicales en cas d’urgence.

Nababteh, 28 ans, a travaillé avec des adolescents palestiniens comme organisateur communautaire dans le mouvement de jeunesse israélien Hanoar Haoved Véhalomed. Il a rejoint les dirigeants locaux pour former l’Equipe d’urgence de paix en fin 2013, alors qu’une immense tempête s’abattait sur Jérusalem et le reste du Moyen-Orient.

La première formation qu’il a organisée était la gestion des crises, mettant à profit des talents qui se sont révélés bien utiles dans de nombreuses crises depuis. Aujourd’hui, l’équipe compte 52 administrateurs et bénévoles, dont trois femmes.

Au début, les bénévoles étaient informés des situations d’urgence dans leur quartier par le bouche à oreille ou par une connaissance personnelle. Mais il y a deux mois, l’Equipe d’urgence de paix a ouvert un centre d’appel informant les bénévoles des situations d’urgence à l’aide de textos de groupe. Nababteh affirme qu’il a réparé un magasin en sa possession pour accueillir le répartiteur d’urgence.

Mais en dépit de l’esprit de volontariat balayant le camp de réfugiés de Shuafat, l’Equipe d’urgence de paix n’a pas le matériel médical et de sauvetage de base nécessaire pour répondre aux besoins de la communauté.

Nababteh travaille actuellement avec l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI) pour sécuriser le siège de l’équipe israélienne près du barrage routier à l’entrée du camp ; où des volontaires à moto encadrent les camions de pompiers et les ambulances du Croissant-Rouge et localisent les blessés.

« Le plus important pour nous en ce moment est l’équipement d’urgence », déclare Nababteh. « Nous avons besoin de cordes, de chaînes, de marteaux, d’un générateur, des kits d’urgence avec des ballons d’oxygène et de mousses anti-incendie. Ce sont des choses simples, mais elles peuvent nous aider à l’avenir. »

Ahmad Shehadeh, 24 ans, médecin en chef de l’équipe, a affirmé avoir reçu sa formation d’urgence du premier groupe de réponse, United Jewish Hatzalah, qu’il a rejoint en 2006. Sa motivation à mettre en place un corps de bénévoles dans son propre quartier est née lorsque le père d’un ami proche ami mort après qu’une ambulance envoyée à son secours a été retenue à un point de passage israélien pendant 40 minutes, car elle attendait une escorte militaire.

« Sans l’équipement médical que l’on m’a donné comme bénévole à Hatzalah, nous n’avons rien », dit Shehadeh au Times of Israel. Les demandes à la mairie pour des dons de vêtements d’hiver n’ont pas reçu de réponse, ajoute-t-il, à l’exception d’un petit tracteur envoyé pour dégager la neige. La municipalité de Jérusalem a refusé de commenter.

Assurer la liaison avec la communauté fait partie intégrante de l’équipe, a déclaré Nababteh. Etant donné que la police israélienne n’entre généralement pas dans le camp pendant la journée, il a recruté la troupe locale des Scouts pour éloigner les curieux dans le cas d’une situation d’urgence.

La page du groupe Facebook contient des instructions en arabe sur le traitement des fuites de gaz, et a publié un avis de décès pour les deux jeunes tués cette semaine dans un accident de moto sur la route menant à la mer Morte.

« Nous entrons dans les écoles et les jardins d’enfants, et enseignons aux enfants la sûreté domestique, » dit Shehadeh, qui travaille comme homme de ménage à l’hôpital Shaare Zedek quand il n’administre pas les premiers soins dans le camp de réfugiés. « Habituellement, les parents ramassent leurs enfants blessés et courent vers le poste de contrôle, mais nous voulons que cela change. »

Le chef communautaire Ismail Khatib n’a cessé de faire l’éloge des efforts de Nababteh et de son équipe.

« L’Equipe d’urgence de paix fait partie des personnes les plus actives dans le camp de réfugiés », a déclaré Khatib au Times of Israel. « Ils ont vraiment changé les choses ici au cours des deux dernières années.

Les résidents sentent maintenant que des gens se trouvent à leurs côtés et seront là pour les aider dans les deux minutes. Comme on dit, ‘la nécessité est la mère de l’invention’. »