Le dernier jour de la 19e Knesset a commencé lundi par une réunion frénétique et quelque peu émotionnelle de la commission des Finances. A l’ordre du jour, une question simple : qu’en est-il de la rallonge budgétaire – de quelques 3,6 milliards de shekels [736 millions d’euros]- prévue depuis longtemps pour le ministère de la Défense ?

La réunion a constitué le dernier moment pour des corrections au budget de l’Etat. Une fois que la Knesset sera dissoute lundi soir, plus aucune législation – et donc aucun changement au budget des organismes d’État – ne pourra passer.

Le ministère de la Défense est encore sous le coup des dépenses de fonctionnement de l’opération Bordure protectrice, et sans fonds supplémentaires, le déploiement de l’armée israélienne pourrait en prendre un coup. Avec les élections prévues pour le 17 mars, suivies par des semaines de débat budgétaire une fois la nouvelle Knesset établie, cela pourrait durer six mois avant que le ministère de la Défense ne puisse modifier le budget 2015.

Mais dès les premiers instants du débat, la commission des Finances a dégénéré en chaos sur ces questions des transferts budgétaires prévus.

« Nous n’avons reçu aucune réponse du Trésor, » s’est plainte la députée travailliste Stav Shaffir par rapport aux transferts de dernière minute. « Nous avons reçu cette demande de transfert à 6h50 ce matin », a-t-elle ajouté.

« Faire ces transferts d’allocation le dernier jour de la Knesset, c’est du vol. Prendre des réserves et toutes les envoyer pour la Défense le dernier jour est quelque chose que nous ne pouvons pas soutenir, » a déclaré Issawi Freij de Meretz.

Certains députés de l’opposition ont tenté de poser des questions aux fonctionnaires du Trésor lors de la réunion, mais les questions ont fait place à des prises de bec avant même que les fonctionnaires ne puissent répondre.

« 211 millions de shekels de dépenses pas utilisées au profit des crèches et des garderies, cela a besoin d’être expliqué !, » a exigé le député travailliste Erel Margalit.

Pendant ce temps le président de la commission, le député Nissan Slomiansky de Habayit hayehudi, a lutté pour calmer les parlementaires. Il a demandé à ce que chacun puisse parler pendant une minute, ce qui a suscité une nouvelle vague de protestations.

Comme Shafir a protesté contre le manque de transparence, Slomiansky l’a renvoyé à deux reprises de la séance pendant 15 minutes. Pour la mettre finalement dehors. « Vous interdisez l’opposition ! » a-t-elle protesté (dans un échange qu’on a pu entendre à la radio militaire), à propos du fait que la somme allouée aux besoins des implantations atteigne 130 millions de shekels [26,6 millions d’euros].

« L’opposition traite les gens des implantations comme des intrus étrangers, » a déclaré Slomiansky. « Ce sont des Juifs et cet argent leur est destiné afin qu’ils puissent vivre une vie normale. »

Dans un échange, le député Boaz Toporovsky, dont le parti Yesh atid a été sommairement écarté de la coalition au début du mois, a exigé de savoir pourquoi des dizaines de millions de shekels devaient être alloués aux implantations de Cisjordanie.

« Que voulez-vous ? Votre ministre des Finances [Yair Lapid, qui dirige Yesh Atid] ? C’est lui qui a écrit tout cela ! » s’est écrié Yaakov Litzman, le député de Yahadout Hatorah [Judaïsme de la Torah].

« Votez-vous avec la coalition ? » a demandé Toporovsky.

« J’ai entendu des explications [à la commission mixte de la Knesset] sur le budget de la défense, » a répondu Litzman. « Je vais appuyer ces transferts. »

« Maintenant, nous avons compris ! », a crié Toporovsky. « Comment vous sentez-vous de pouvoir revenir dans la coalition ? »

« Où étiez-vous pendant les deux dernières années ?» a rétorqué Litzman.

Il était impossible de glaner des informations de fond au cours des deux premières heures de la réunion, et les 3,6 milliards de shekels pour la Défense n’étaient pas les seules dépenses attribuées par la commission qui devait voter lundi matin.

Des milliards ont été prélevés sur les excédents des transports en commun – une décision qui équivaut à une « catastrophe » pour les pauvres, s’est écrié le député Dov Khenin du parti Hadash, avant d’être contraint de quitter la salle. Freij, le député Meretz, a insisté pour que les votes sur ces transferts soient qualifiés d’ « illégaux », mais le conseiller juridique de la Commission était sur place pour assurer ces votes étaient parfaitement légaux.

Le petit cirque des dénonciations au sein de la commission a pu finalement apparaître comme un événement mineur. Ceux qui ont voté en leur faveur n’ont pas forcément mieux compris le contenu des transferts que ceux qui ont voté contre, et plusieurs députés l’ont admis. Les votes ont été effectués le long de la ligne ‘coalition’ contre ‘opposition’ – à deux exceptions près.

Le député haredi Litzman, faisant partie de l’opposition, a voté avec la coalition, alors que Toporovsky de Yesh Atid, s’est retrouvé dans la position inconfortable de s’asseoir dans l’opposition tout en votant sur les transferts prévus par le chef de son propre parti alors qu’il était encore dans le cabinet. Il s’est abstenu sur plusieurs votes.

Yesh Atid est sorti, et Yahadout HaTorah a montré qu’il était bien là. On voyait ici, apparemment, à quoi une nouvelle coalition dirigée par Netanyahu pourrait ressembler.

Ce n’était pas un accident. Netanyahu a prononcé lundi un discours à la conférence d’affaires Globes promettant qu’il supprimerait la taxe sur la valeur ajoutée de 18 % sur certains produits d’épicerie. Il a fait valoir que cela aiderait les citoyens d’Israël les plus démunis bien plus que le projet Lapid de TVA à 0 % sur les logements pour les jeunes couples. « Je n’ai jamais aimé cette idée, » a d’ailleurs avoué M. Netanyahu.

La réduction d’impôt sur les denrées alimentaires est l’une des deux principales conditions déclarées pour que Shas entre à la Knesset et se joigne à un futur gouvernement Netanyahu [l’autre est une hausse du salaire horaire à 30 shekels].

La Commission de la Knesset a approuvé, lundi matin, le texte final du projet de loi pour la dissolution du Parlement. La dissolution aura lieu lundi soir. Mais dans les couloirs du parlement, la campagne bat déjà son plein.