JTA – Rawan Masalha et Inbar Shaked-Vardi, élèves de troisième, assistaient à leur cours de géographie plus tôt cette année quand une dispute a éclaté autour du titre de leur manuel scolaire, « Israël : son peuple et sa région ».

« Les étudiants palestiniens ont commencé à dire : ‘Pourquoi Israël ? Pourquoi pas la Palestine ?’ Ils ne voulaient pas se servir du livre », raconte Shaked-Vardi, 14 ans, une élève juive de Jérusalem-Ouest.

Elle et Masalha, également âgées de 14 ans, de Jérusalem-Est, ont proposé à leurs camarades palestiniens de changer « Israël » en « Palestine » en lisant le texte à haute voix.

« Certains Juifs estiment que c’est Israël, c’est la terre que leurs grands-parents ont aidé à construire », dit Masalha. « Mais pour les Palestiniens, c’est l’endroit où il y a 300 ans, leur ancêtre avait son verger. Les Juifs disent que c’est la terre d’Israël, les Arabes disent que c’est la Palestine. »

Masalha et Shaked-Vardi font partie des 600 élèves de l’école Max Rayne Yad Beyad (main dans la main) de Jérusalem, la plus grande école judéo-arabe d’Israël, et la seule école primaire et secondaire mixte de la ville.

Yad Beyad est l’initiative de coexistence auprès des jeunes la plus importante et la plus intensive de la capitale, qui connaît une recrudescence des tensions judéo-arabes.

À Yad Beyad, les étudiants suivent des cours en hébreu et en arabe, célèbrent les fêtes juives, musulmanes et chrétiennes, et s’engagent chaque semaine dans un dialogue sur l’actualité. Ils apprennent à la fois les narratifs historiques israéliens et palestiniens.

L’année écoulée fut un réel défi pour l’école. Les classes ont eu du mal à gérer les effets de la guerre à Gaza cet été, l’enlèvement et l’assassinat des trois adolescents israéliens et le meurtre d’un adolescent palestinien en réaction, et les récents attentats palestiniens à Jérusalem, y compris le meurtre de quatre fidèles juifs et d’un agent de police la semaine dernière dans une synagogue du quartier orthodoxe haredi de Har Nof.

« Vous arrivez à l’école bien remonté », dit Tala Jbarah, 15 ans, élève de seconde de Jérusalem-Est. Les efforts pour séparer la politique de sa vie à l’école sont « très difficiles ».

Située sur un campus à Jérusalem-Ouest, Yad Beyad se veut un îlot de paix dans une ville déchirée par les conflits. L’objectif, explique le directeur Arik Saporta, est que les élèves se confrontent à l’intolérance, et n’en soient pas isolés.

« Nous ne sommes pas une bulle, nous sommes une serre », affirme Saporta. « Une bulle est coupée de ce qui est extérieur. Une serre apporte l’extérieur à l’intérieur, mais abrite également les plantes afin qu’elles puissent grandir à l’extérieur. »

Au-delà de l’école, les étudiants affrontent un climat difficile. De récents sondages suggèrent que les jeunes Israéliens sont plus extrémistes que leurs parents.

Une enquête menée avant les élections nationales de l’an dernier révèle que parmi les électeurs de moins de 30 ans, le parti le plus populaire était Habayit Hayehudi, qui soutient l’implantation juive en Cisjordanie et s’oppose à une solution à deux Etats. Habayit Hayehudi est arrivé quatrième aux élections.

Les jeunes impliqués dans des projets de coexistence affirment que les comportements xénophobes ont éclaté des deux côtés à cause de la violence de cette année. Samia Nustas, 16 ans, résidente arabe de Jérusalem-Est, qui chante dans une chorale judéo-arabe au YMCA de Jérusalem, raconte qu’un ami l’a blâmée de s’associer avec des Juifs.

« Si je les aime bien et qu’ils m’aiment bien, quel est le problème ? », dit Samia. « J’essaie de lui dire : ‘Non, ils ne sont pas comme tu crois’. »

Les étudiants comprennent qu’une fois adulte, ils entreront dans une société largement séparée. La plupart des Juifs feront leur service militaire et pourront être affectés à un poste de contrôle en Cisjordanie.

Michael Mintz, 14 ans, participe à Heartbeat.fm, un programme post-scolaire soutenu par les stars de rock américain Neil Young et Eddie Vedder, où les adolescents juif et arabe jouent de la musique ensemble. Servir en Cisjordanie, dit-il, est une option.

« S’ils me disent d’aller dans les territoires [de Cisjordanie], je ne refuserai pas », dit Mintz. « Je ne refuserai pas de servir mon Etat. Je préfère aller dans les Territoires à la place d’un idiot, qui n’est pas gentil avec [les Palestiniens]. »

Malgré les défis, les adolescents et les militants affirment que les programmes de coexistence réussissent à favoriser l’empathie mutuelle malgré la fracture ethnique. Lundi soir, la chorale du YMCA, qui combine un dialogue sur l’actualité à une formation vocale, a chanté une reprise émouvante de « Rolling in the Deep » d’Adele, après une répétition dirigée en hébreu et en arabe.

« Ils ne peuvent pas parler de tout, tout le temps, mais le sujet est dans le cœur et l’esprit de tout le monde », assure Noa Yammer, responsable en communication de l’école. « Si vous êtes avec des Juifs et des Arabes, et parlez hébreu et arabe depuis que vous avez 4 ans, tout est plus naturel. Vous pouvez surmonter ces choses-là. »

Si les programmes de coexistence, comme des visites d’autres écoles et des voyages à l’étranger, sensibilisent les parents, ils restent relativement réduits, avec moins de 1 000 participants au total, sur une population totale de centaines de milliers de jeunes à Jérusalem.

Un membre du personnel du YMCA affirme avoir des difficultés à recruter des participants juifs à ses programmes, car la plupart des enfants juifs intéressés font déjà partie de Yad Beyad. Le YMCA, qui réunit Juifs et Arabes dans des programmes conjoints depuis des décennies, comprend aussi un jardin d’enfants judéo-arabe, un atelier de vidéo pour jeunes et des programmes de formation en leadership.

Les participants soutiennent que les défis de ces derniers mois n’ont fait que renforcer leur résilience.

À Yad Beyad, le débat sur le manuel de géographie a continué tout au long de la journée, disent Masalha et Shaked-Vardi. Mais le lendemain matin, il était presque oublié.

« Nous sommes arrivées le lendemain, et tout ce que nous avons vu, c’était des amis », raconte Shaked-Vardi. « Nous pouvons leur pardonner et en rire. »