LONDRES – Comme les deux incidents qui ont eu lieu dans les villes britanniques pendant ce week-end le démontrent, la campagne pour délégitimer Israël peut s’inviter aussi dans votre assiette.

Le premier incident est arrivé à Hodge Hill, une banlieue de Brimingham dans le Midland en l’Angleterre. Le journal local, Birmingham Mail, a signalé qu’un homme a été arrêté lors d’un affrontement entre la police et les manifestants de Free Gaza [Libérez Gaza] dans un supermarché Tesco. La manifestation, forte d’une centaine de manifestants, a commencé en dehors du commerce, puis a continué à l’intérieur. Les manifestants sont entrés dans le magasin avec des drapeaux de la Palestine et ont causé des dommages aux produits et intimidé le personnel, selon les descriptions des témoins au Daily Telegraph.

Samedi à Holborn, dans le centre de Londres, la manager du Sainbury’s local a demandé que l’on retire tous les produits casher du rayon frais. Elle a donné cet ordre en réponse à la manifestation devant son magasin qui appelait au boycott des produits israéliens.

Les témoins de cet incident racontent que le retrait des aliments s’est fait en solidarité avec la manifestation. Colin Appleby, qui a pris en photo le rayon vide, a tweeté qu’un membre du personnel lui avait déclaré : « Nous soutenons Gaza ».

La chaîne de supermarché affirme que ce n’était pas le cas. Tout en s’excusant, un porte-parole de Sainsbury’s a déclaré au Times of Israel : « La décision a été prise par un magasin de déplacer les produits frais dans une chambre froide dans le magasin par mesure de précaution, à cause d’une manifestation qui avait lieu non loin. Ils ont été remis en rayon aussi tôt que possible. Les produits casher à température ambiante sont restés en vente [pendant la manifestation]. »

« En tant qu’organisation apolitique, Sainsbury’s ne prendrait pas de décision fondée sur autre chose que la qualité ou la sécurité de nos produits », affirme-t-il.

Sainsbury’s – la troisième chaîne de supermarché la plus importante au Royaume-Uni avec 16,5 % de part de marché – fait l’objet d’une campagne de pression menée par Palestine Solidarity Campain (PSC) [Campagne de solidarité pour la Palestine] et Boycott, Divestment and Sanction (BDS) [Boycott, désinvestissement et sanctions] depuis février 2013.

Le but de la campagne de Sainsbury’s est « d’utiliser la pression de la société civile, et des clients de Sainsbury’s en particulier, pour persuader Sainsbury’s d’arrêter de se procurer des produits agricoles de compagnies qui sont complices de l’occupation d’Israël sur le territoire palestinien et de ses violations des droits de l’Homme et du droit international ».

La complicité ne signifie pas uniquement que les produits sont récoltés par des Israéliens installés en Cisjordanie mais elle inclut aussi les compagnies « qui soutiennent la construction, le fonctionnement et la viabilité économique des implantations illégales israéliennes par ses activités commerciales ». Ce qui comprend Mehadrin, le plus grand importateur d’agrumes d’Israël, qui vend ses oranges de la marque Jaffa dans les supermarchés de Grande-Bretagne.

Le 2 août – deux semaines avant l’incident au Sainsbury’s d’Holborn – la campagne de Sainsbury’s a organisé une journée d’action devant ses supermarchés « pour intensifier la campagne et exhorter Sainsbury’s à mettre immédiatement fin à ses activités commerciales avec les compagnies complices de l’oppression du peuple palestinien ».

L’une des personnes qui a participé à ces actions récentes devant un magasin Sainsbury’s est Shabana Mahmood. Elle est députée travailliste de Birmingham Ladywood et ministre fantôme du Trésor [du gouvernement de l’opposition : gouvernement composé des membres de l’opposition appelé Shadow government : gouvernement fantôme].

Lors d’une manifestation pro-palestinienne à Hyde Park organisée par Stop the War Coalition [la Coalition Arrêtez la guerre] le 9 août, Mahmood a harangué la foule :

« La semaine dernière, j’étais avec deux cent militants au Sainsbury’s d’Union Street dans le centre-ville de Birmingham et nous nous sommes allongés dans la rue et à l’intérieur du Sainsbury’s pour montrer notre opposition au fait que Sainsbury’s met en vente des produits issus d’implantations illégales et qu’ils doivent arrêter. Et notre action a entraîné la fermeture du magasin pendant cinq heures à une heure de pointe, un samedi. C’est comme ça qu’on fait la différence. Donc, s’il vous plaît, renseignez-vous au sujet des différentes campagnes de boycott et impliquez-vous ».

L’action au Tesco de Hodge Hill a eu lieu dans une circonscription parlementaire voisine à celle de Mahmood. Elle a condamné les dommages qui ont été perpétrés en les qualifiant de « comportement criminel ». Elle défend le droit de manifester devant les supermarchés en affirmant : « Les manifestations paisibles jouent un grand rôle pour [pouvoir médiatiser son point de vue] et j’ai participé à beaucoup d’entre elles ».

Elle a aussi ajouté : « Je démontre mon point de vue avec mon porte-monnaie et mes mots ».

Shabana Mahmood n’était pas disponible pour faire un commentaire. Un porte-parole du parti travailliste a cependant déclaré au Times of Israel : « Ed Miliband a été clair, le parti travailliste ne soutient pas les boycotts d’Israël et s’oppose résolument à l’isolation d’Israël ».

« [Le parti] travailliste est attaché à une paix complète fondée sur une solution a deux états, le droit international et un Israël sécurisé aux côtés d’une Palestine sécurisée et viable ».

« J’ai parlé à Shabana, et elle a clairement affirmé qu’elle se soutenait pas les appels au boycott d’Israël mais soutient l’étiquetage approprié des biens sur leur origine selon les directives DEFRA [lignes directrices relatives aux marchés écologiques en vigueur du département britannique pour l’environnement]. »

Mahmood n’est pas la seule députée à appeler à une certaine forme de boycott ces dernières semaines. Georges Golloway, député du parti Respect pour la circonscription de Bradford West, a déclaré que la ville de Bradford, dans le nord de l’Angleterre, était une « zone sans Israël », au début du mois.

Il a déclaré : « Nous ne voulons pas de produits israéliens. Nous ne voulons pas de services israéliens. Nous ne voulons pas que des universitaires israéliens viennent dans nos universités et nos facultés. Nous ne voulons pas que les touristes israéliens viennent à Bradford, si jamais l’idée leur traversait l’esprit ».

Les remarques de Galloway font l’objet d’une enquête policière.

David Ward, un député démocrate libéral de la circonscription de Bradford East, dans le sillage du commentaire de Galloway, a suggéré que l’on organise un
« mouvement national » de boycott.

« Pourquoi nous restreindre qu’à une seule ville. Si nous boycottons, désinvestissons et sanctionnons seulement dans une ville ou une partie du pays, quel intérêt cela
a-t-il ? », a-t-il demandé.

Ward s’est récemment excusé pour avoir tweeté pendant l’opération Bordure protectrice : « La grande question est – si je vivais à #Gaza, est-ce que je tirerai des roquettes ? – probablement oui ».

Actuellement, le PSC mène une campagne pour obtenir l’interdiction [de vente] de biens produits et récoltés dans les implantations israéliennes en Cisjordanie. Il appelle aussi au boycott des compagnies qui profitent de ces produits.

« Le PSC a rejoint la campagne mondiale contre les compagnies d’exportation des produits agricoles israéliens à la lumière de leur profonde complicité avec les violations continues d’Israël du droit international et des droits de l’Homme des Palestiniens. Des milliers de personnes ont écrit au président des supermarchés locaux en leur demandant d’arrêter de passer par des fournisseurs qui profitent de l’occupation illégale israélienne, des implantations et du mur », déclare le PSC.

Certains supermarchés ont déjà choisi de ne plus vendre de produits issus d’implantation. La quatrième plus grande chaîne de supermarchés britannique, Morrissons, a expliqué au Times of Israel : « Nous n’achetons plus de produits qui viennent des Territoires palestiniens occupés, dont la Cisjordanie ». Ce n’est pas une décision politique, explique un porte-parole du supermarché, c’est une décision commerciale qui vient du fait que leur fournisseur précédent en Cisjordanie a échoué au moment de l’audit.

Tesco – la chaîne de supermarchés la plus importante en Grande-Bretagne avec 26,6 % de part de marché – a informé le Times of Israel que « comme les revendeurs les plus importants en Grande-Bretagne, nous vendons des produits qui viennent d’Israël. Nous le faisons en concordance avec la position gouvernementale sur le commerce avec Israël, et nous indiquons clairement l’origine de nos produits pour que les clients puissent faire un choix informé sur ce qu’ils veulent acheter ».

En effet, c’est le conseil que donne le ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales du Royaume-Uni. Il indique que les fruits et légumes produits en Cisjordanie doivent être étiquetés en tant que tels.

La directive explique que « le gouvernement considère que les commerçants tromperaient les consommateurs, et de ce fait, commettraient presque certainement un délit, s’ils étiquetaient un produit du Territoire palestinien occupé (dont la Cisjordanie) comme étant un ‘produit d’Israël’ ».

En réaction aux incidents de Birmingham et de Londres, le Jewish Leadership Council [le Conseil des dirigeants juifs] et le Board of Deputies of British Jews [Conseil des Représentants des Juifs britanniques] ont fait une déclaration commune pour condamner tout boycott d’Israël et des produits casher dans les supermarchés.

« Nos magasins ne sont pas l’endroit [approprié pour mener] des batailles politiques. En tant que société, nous devrions rapprocher les communautés. Amener le conflit dans nos rayons ne nous servira à rien, et [n’aidera pas] la perspective de paix pour les Israéliens ou les Palestiniens », affirme Gillian Merron, le président du Board of Deputies of British Jews.