PARIS – Au moment où les Parisiens affluaient vers la Place de la République pour prendre part à la plus grande manifestation de l’histoire de France, un événement beaucoup plus modeste, organisé par l’Agence juive, avait lieu dans une petite salle sur les bords de la Seine.

Le Salon de l’alyah pour les Juifs français âgés de 55 ans et plus était prévu bien avant l’attaque terroriste meurtrière contre un supermarché casher qui a coûté la vie vendredi à quatre clients.

L’événement devait fournir des informations aux Juifs qui envisagent d’immigrer en Israël pour leur retraite. Aux stands dispersés à travers la salle, les personnes intéressées pouvaient obtenir des détails sur tout : de la meilleure façon de transférer leurs fonds vers Israël ; quelle ville de résidence choisir ; comprendre le système de sécurité sociale compliqué israélien.

Selon Daniel Benhaim, le directeur des opérations de l’Agence juive en France, le salon de l’alyah, qui se tiendra également cette semaine à Marseille et à Lyon, fait partie d’un nouveau projet gouvernemental israélien appelé « la France d’abord » mis en œuvre par le ministère de l’Immigration et de l’Intégration avec l’Agence juive. Les fonds gouvernementaux, a-t-il dit, sont destinés à encourager les Juifs français à immigrer en Israël et à accompagner leur processus d’immigration afin d’en faire un succès.

L’Agence juive a décidé de s’attaquer à l’intérêt pour l’immigration par la communauté juive de France qui compte quelque 500.000 âmes par groupes d’âge : janvier est destiné aux personnes de plus de 55 ans, avec le slogan « Préparez votre retraite en Israël », février sera consacré à la jeune génération, et mars aux familles avec enfants.

Entre 600 et 700 retraités sont venus dimanche pour entendre ce qu’Israël avait à leur offrir.

« Il est trop tôt pour dire si les événements de la semaine dernière ont poussé les gens qui viennent ici. Je pense que les gens ont planifié à l’avance leur venue ici mais peut-être que certains ont boudé le salon par crainte d’une attaque terroriste « , a déclaré Benhaim au Times of Israel.

« Ne vous méprenez pas : personne ne croit qu’à la suite des attentats méga-terroristes de la semaine dernière, nous entrons dans une période de calme. Ce n’est pas du tout la direction. Même les autorités françaises qui tentent de minimiser la réalité admettent qu’il y a beaucoup de cellules dormantes à travers la France, qui agissent indépendamment les unes des autres. La crainte de la communauté est très tangible ».

Le nombre de Juifs français optant pour quitter une France plus en plus hostile à Israël n’a cessé d’augmenter, mais de façon plus significative au cours des dernières années.

En 2012, 1 900 Juifs sont venus ; en 2013, 3293. Ce nombre est passé à plus de 7 000 en 2014, et devrait atteindre 10 000 en 2015. Bien que ces chiffres sont significatifs, ils ne marquent pas la fin du judaïsme français dans un avenir prévisible.

Interrogé pour savoir si l’atmosphère de terreur était le facteur déterminant derrière l’exode juif, Benhaim était visiblement agacé.

« Écoutez, je ne nie pas que la situation a son effet, mais le sionisme – la forte connexion du judaïsme français à Israël – est toujours le facteur déterminant » a-t-il dit.

Prenons un cas : Jacqueline Benguigui, qui a dit qu’elle voulait rejoindre son petit-fils qui étudie actuellement en Israël et sa fille, envisage d’immigrer aussi. Son mari, récemment décédé, ainsi que sa défunte mère, sont enterrés en Israël, précise-t-elle.

« En tant que retraitée, mon seul but est de vivre en Israël et d’y passer le restant de mes jours, » a confié auTimes of Israel cette femme de 74 ans de Morangis dans la banlieue parisienne . « J’aime Israël que j’ai visité régulièrement au cours des 30 dernières années. J’ai mes papiers en règle et espère faire mon alyah très bientôt ».

Sans surprise, le salon de l’Agence juive est devenue un aimant pour les ministres israéliens de passage, qui s’y sont arrêtés sur leur chemin vers la grande manifestation pour discuter avec les Juifs inquiets. Le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman a parlé avec un homme âgé, qui lui a parlé de ses projets imminents de quitter la France pour Israël.

« Le message le plus important que j’ai pour les Juifs français est : Immigrez en Israël » a déclaré Liberman au Times of Israel. « Si vous êtes à la recherche de sécurité et d’un avenir plus sûr pour vos enfants il n’y a pas d’autre alternative. »

Le ministre de l’Economie Naftali Bennett était tout aussi pessimiste sur les perspectives de la vie juive en France pendant sa visite au salon dimanche après-midi.

« Je suis venu ici pour rencontrer les Juifs et les ai trouvés très inquiets », a-t-il dit au Times of Israel. « Beaucoup commencent à se rendre compte qu’ils n’ont aucun avenir en France, en particulier les jeunes, et veulent immigrer en Israël. Ce n’est plus seulement les religieux. »

Bennett a ajouté qu’une équipe interministérielle va bientôt commencer à travailler sur la suppression des obstacles à l’immersion française en Israël.

« Il y a des centaines de petits obstacles, de la non-reconnaissance par Israël des diplômes français de dentistes à la nécessité de plus de traducteurs dans les municipalités. Nous devons quintupler les ressources pour absorber la vague qui arrive ».

« Je ne dis pas aux Juifs d’ici ce qu’il faut faire », a ajouté Bennett.

Naftali Bennett lors de son allocution au forum Saban le 6 décembre 2014 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Naftali Bennett lors de son allocution au forum Saban le 6 décembre 2014 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

« Je dis que s’ils décident de venir en Israël, il y a ceux qui vont les protéger. À l’heure actuelle, je suis troublé par le fait que les gouvernements européens ne sont pas vraiment prêts à faire face au problème. La rectitude politique les fait critiquer le terrorisme contre la liberté d’expression» et d’autres phrases vagues de ce genre. Ce n’est pas un terrorisme vague, c’est le terrorisme islamique radical qui veut établir un califat islamique dans le monde ».

Jacques et Rachel Rebibo de Paris disent que «comme tous les juifs», ils discutent actuellement de l’opportunité de quitter la France pour Israël.

« Nous voulons venir en Israël, mais si ce n’est pas facile. La vie en Israël est plus chère qu’en France. Je suis comptable, mais là-bas je ne serai pas capable d’exercer ce metier. Ce n’est pas la même technique, je ne parle pas l’hébreu, et j’ai 55 ans », a déclaré Jacques Rebibo.

« Vous ne pouvez pas commencer tout depuis zéro pour dix ans de travail [restant]. Nous pensons donc à nos enfants, c’est tout ».

Les Rebibo disent qu’ils envisagent de diviser leur temps entre la France et Israël.

« Nous croyons qu’il n’y a pas plus de place en France pour les Juifs, aujourd’hui au moins. Notre gouvernement nous dit de rester, mais Netanyahu nous dit de partir », a déclaré Jacques Rebibo. « Les milliers de pancartes que vous avez vues sont pour Charlie Hebdo, pas pour les Juifs. Nous les Juifs sommes toujours mis de côté ».

Un homme âgé qui a émigré du Maroc en France il y a 25 ans a déclaré que « notre seule solution est le Mashiah [Messie], mais nous ne savons pas quand le Mashiah arrivera. D’un autre côté, nous savons qu’Israël existe.

« L’homme était cependant inquiet qu’Israël divulgue les coordonnées bancaires des ressortissants français ayant des comptes locaux qui pouurraient être lourdement taxés par le gouvernement français.

« La seule solution en ce moment est l’alyah. Il n’y a pas plus de sécurité en France. Que vais-je faire ici ? La sécurité au Maroc à l’époque était meilleure que celle en France aujourd’hui ».