Tant sur le fond que sur la politique, le cabinet de sécurité israélien est divisé à propos de la bande de Gaza.

Alors que les combats se poursuivaient dimanche pour la 48ème journée, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Moshe Yaalon ont réitéré leur stratégie de « patience et de détermination » dans la conduite de la guerre.

Pendant ce temps, les critiques de Netanyahu sur sa droite, en particulier le ministre de l’Economie et du Commerce Naftali Bennett et du ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, ont mis en garde que la politique actuelle ne menace pas sérieusement le régime du Hamas dans la bande de Gaza, et ne peut donc pas obliger ce groupe à mettre fin aux tirs de roquettes sur Israël.

Le désaccord de plus en plus manifeste aux plus hauts échelons d’Israël peut poser un problème politique pour Netanyahu après la guerre, et les critiques des deux bords mettent déjà en garde contre l’introduction de la politique dans le processus décisionnel du cabinet de guerre.

Cela fâche clairement Netanyahu, qui a fustigé les critiques ministérielles anonymes lors d’une conférence de presse la semaine dernière. Mais cela n’affecte pas sa conduite de la guerre, et il a jusqu’à présent maintenu une majorité dans le cabinet de sécurité intérieure composée de huit membres.

Le Premier ministre a réitéré dimanche sa politique consistant à attendre la fin des tirs de roquettes du Hamas tout en infligeant des dégâts au groupe islamiste d’une manière qui n’entraîne pas en Israël dans des incursions militaires coûteuses et imprévisibles. Il a appelé les Israéliens à faire preuve de patience.

« Plus nous restons déterminés, plus nous nous montrons patients, plus tôt nos ennemis vont comprendre qu’ils ne parviendront pas à nous abattre » a déclaré Netanyahu dimanche matin à une réunion de cabinet tenue au siège de l’armée israélienne à Tel Aviv.

« Pendant qu’ils essaient de nous épuiser », a-t-il dit, se référant aux tirs de roquettes du Hamas, « ils sont écrasés. Je pense que quiconque observe [les pertes] du Hamas ces derniers jours le comprend. L’armée israélienne continue de porter, et d’intensifier, des coups douloureux au Hamas et aux groupes terroristes dans la bande de Gaza, et continuera à le faire jusqu’à ce que l’objectif [de calme dans le sud d’Israël] soit atteint ».

Le ministre de la Défense Yaalon a fait écho à la déclaration du Premier ministre Netanyahu quelques instants plus tard.

« Si les dirigeants du Hamas pensent qu’ils peuvent nous fatiguer… ils se trompent. Nous n’allons nulle part, nous avons de la patience », a-t-il dit.

Les deux dirigeants, qui ont pris toutes les décisions clés relatives au conflit de Gaza depuis son début le mois dernier, craignent une escalade des combats parce qu’ils estiment qu’une telle escalade pourrait entraîner une reconquête coûteuse de la bande de Gaza par l’armée israélienne, selon des sources proches des deux hommes.

L’armée estime qu’une telle incursion se traduirait par la mort de milliers de Palestiniens et de centaines de soldats israéliens, un grave opprobre international et des investissements financiers lourds. Les dirigeants israéliens ne veulent pas se retrouver une fois de plus dans une situation de contrôle du territoire qu’Israël a quitté en 2005.

Au lieu de cela, Netanyahu et Yaalon – et leurs alliés au sein du cabinet de sécurité, la ministre de la Justice Tzipi Livni et le ministre des Finances Yair Lapid – cherchent à maintenir une pression militaire constante mais limitée sur le Hamas, tout en refusant au groupe tout bénéfice économique ou politique pour ses attaques, bénéfice qui pourrait arriver si une intervention de grande envergure tournait mal.

Cette politique a deplacé le centre du conflit du théâtre militaire vers les querelles politiques au Caire sur les termes de la trêve.

Ces pourparlers sont au point mort parce que le Hamas ne peut pas se permettre de mettre fin aux combats sans gains économiques et politiques compensant la souffrance de Gaza a subie, alors que les dirigeants israéliens ne peuvent pas se permettre de lui donner de tels bénéfices pendant que les villes israéliennes sont bombardées.

Mais Bennett et Liberman, ainsi que de nombreux députés marqués à droite, critiquent violemment cette stratégie. Selon eux, le Hamas ne peut pas être influencé ou découragé par un tel jeu d’attente parce que le Hamas estime qu’il n’est pas menacé par la stratégie israélienne. (Liberman et Bennett n’ont pas la majorité au sein du cabinet pour contester Netanyahu, Yaalon, Livni et Lapid, parce que même si Liberman peut compter sur Yitzhak Aharonovitch, Gilad Erdan se range du côté du chef de son parti, le Likud).

Un député israélien de droite, qui réclame l’anonymat mais qui reflète les vues de la plupart des critiques de droite de Netanyahu, a déclaré : « Si l’ordre qui a été donné à l’armée, selon le ministre de la Défense lui-même [dans une déclaration faite le week-end], est juste de forcer le Hamas à se mettre à la table des négociations, alors pourquoi le Hamas se sentirait-il assez menacé pour arrêter les tirs ? »

Liberman a appelé à une escalade dramatique des opérations de l’armée israélienne dans la bande de Gaza depuis avant le début de l’opération Bordure protectrice le 7 juillet, et chaque semaine depuis, et a souligné ses différences avec le Premier ministre sur Gaza comme la principale raison de la rupture le mois dernier de l’alliance électorale de son parti Yisrael Beytenu avec le Likud.

Compte tenu du rejet par le Hamas de plusieurs propositions de cessez-le-feu égyptiennes – qui offraient une fin au conflit, mais sans promettre des gains économiques ou politiques pour le groupe terroriste palestinien – Bennett a proposé la semaine dernière son propre plan « unilatéral » : Abandonner les pourparlers égyptiens, mettre un terme aux négociations indirectes avec le Hamas, et adopter une politique d’action unilatérale dans la bande de Gaza.

« Nous ne devrions pas négocier avec une organisation terroriste », a déclaré dimanche une source proche de Bennett au Times of Israel.

« Israël doit se réserver une liberté opérationnelle, similaire à la façon dont il opère en Cisjordanie. Si la situation est calme, Israël sera prêt à ouvrir les passages [frontaliers] et permettre l’aide humanitaire, mais tout cela dans une sorte de mécanisme qui devra être mis en place pour s’assurer que les matériaux de construction tels que le ciment, les métaux, etc, aillent à des projets spécifiques de construction et non à [l’infrastructure du] terrorisme ».

Selon la proposition de Bennett, Israël offrirait une aide humanitaire en échange de calme tout en maintenant un état ​​de belligérance qui permettrait à l’armée israélienne d’avoir les mains libres pour continuer à agir dans la bande de Gaza si le calme n’est pas maintenu.

Bennett et les membres de son parti Habayit Hayehudi ont critiqué Netanyahu au cours des deux dernières semaines pour « négocier avec les terroristes » dans les pourparlers du Caire – provoquant la colère du Premier ministre.

Mercredi, il a lui-même réprimandé Bennett et Liberman lors de la réunion du cabinet, et jeudi lors d’une conférence de presse il a appelé les membres du cabinet « à cesser les bavardages, les slogans vides et les mots creux… Je m’attends à ce que chacun soit responsable. »

Le désaccord sur la bande de Gaza qui se fait de plus en plus entendre dans le cabinet de sécurité est considéré par certains observateurs comme plus qu’un pur argument de politique de fond.

Bennett a grimpé dans les sondages, jusqu’à 18 sièges à la Knesset et plus (par rapport aux 12 sièges actuels), son appel pour une réponse plus sévère face au Hamas a attiré sous sa bannière de nombreux électeurs – y compris parmi les électeurs du Likud. Liberman, quant à lui, cherche peut être à réhabiliter son parti affaibli parmi son électorat traditionnellement belliciste en essayant de se distinguer du Likud de Netanyahu sur la question de Gaza.

Meir Sheetrit, du parti Hatnua, janvier 2014 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Meir Chetrit, du parti Hatnua, janvier 2014 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Après des fuites sur l’évaluation de l’armée sur le coût d’un incursion terrestre à Gaza, le député Meir Chetrit (du parti Hatnua – qui est un ancien ministre et un opposant de longue date au Likud et qui a été président de la coalition et ministre des Finances dans le premier gouvernement de Netanyahu et candidat aux dernières élections présidentielles – a suggéré que le débat au sein du cabinet est alimenté par d’ « incroyables » animosités personnelles.

« Le Premier ministre estime qu’il ne peut compter sur personne au sein du cabinet. Je ne me souviens de rien de tel », a déclaré Chetrit.

« Il ya un problème dans le comportement du cabinet, » reconnaît le depute Zeev Elkin (du Likoud) président de la commission des affaires étrangères et de la défense , et président de la coalition dans le dernier gouvernement de Netanyahu et, qui devrait le redevenir grâce à un accord de rotation au sein de la coalition.

« Des considérations politiques entrent dans [les prises de décision du cabinet], et c’est intolérable. Les membres du cabinet [de sécurité] doivent faire abstraction de leur position politique et ne considérer que la sécurité de l’Etat », a-t-il affirmé dimanche.

Liberman et Bennett ont nié que leurs critiques soient motivées par des considérations politiques.

Une source au sein de bureau de Bennett a déclaré dimanche que « le ministre Naftali Bennett est occupé en ce moment à aider Israël à se défendre contre le Hamas et à se battre contre une violente organisation terroriste. La politique n’est pas du tout dans son esprit ».

De son côté, Liberman a déclaré samedi dans une interview télévisée qu’il apporte un « soutien total » à Netanyahu – mais a ensuite ajouté
qu' »il est de mon devoir d’exprimer mon point de vue » et a appelé Israël à vaincre le Hamas afin que celui-ci « hisse le drapeau blanc et demande un cessez-le feu sans conditions préalables ni exigences ».

Au milieu du débat politique de fond, un bras-de-fer politique est en cours – que ce soit à l’instigation des membres du gouvernement eux-mêmes ou tout simplement parce que dans la vie politique, la perception d’une chose influence la chose elle-même.

« Les critiques se positionnent pour profiter si l’opération se termine par une réaction négative du public contre Netanyahu », a déclaré une source haut-placée au Likud, rappelant la frustration du public face à la gestion de l’ancien Premier ministre Ehud Olmert de la seconde guerre du Liban en 2006 comme l’une des principales causes de chute politique d’Olmert.

« Nous devons nous attendre la fin de cette guerre se termine avant que les ramifications pour le Premier ministre n’apparaissent ».

Mais les critiques du cabinet de Netanyahu croient que la guerre ne se terminera pas de sitôt si le Premier ministre tient à sa position actuelle.