BERLIN – Le climat actuel au Moyen-Orient ne permet pas de faire de grands pas vers la création d’un Etat palestinien, a déclaré mardi la chancelière allemande Angela Merkel, appelant plutôt à faire de petits pas pour protéger une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien.

« Ce n’est certainement pas le moment d’entreprendre des efforts globaux mais vous pouvez obtenir des améliorations dans certains domaines », a-t-elle clarifié lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« L’Union européenne, et l’Allemagne en tant qu’Etat membre, souhaite vraiment voir les choses de façon réaliste », a déclaré Mme Merkel.

« Nous sommes conscient de la menace du terrorisme à laquelle Israël doit faire face. Nous pensons que, d’autre part, nous devons faire progresser un processus de coexistence pacifique, et cela, à notre avis, mènera éventuellement à une solution à deux Etats ».

Berlin est prêt à apporter son aide dans toutes les mesures que les Israéliens et les Palestiniens pourraient prendre pour faire avancer la cause de la coexistence pacifique, « en particulier en ce qui concerne les questions sur le développement économique », a-t-elle ajouté.

Quand le Times of Israel a interrogé Merkel au sujet des relations entre l’Allemagne et l’Iran, qui se sont rapprochés suite à la levée des sanction, Merkel a répondu : « nous avons été très clair, le gouvernement fédéral – toutes les parties qui composent la coalition – qu’il ne peut y avoir des relations amicales normales avec l’Iran tant que l’Iran ne reconnaît pas le droit d’Israël à exister ».

« Dans toutes les conversations que mes ministres ont [avec leurs homologues iraniens] et moi-même, nous faisons clairement état de ce fait. Il y a une différence entre l’amitié et parler les uns avec les autres ».

Netanyahu, lors d’un point-presse pour les journalistes qui l’accompagnaient, a salué la déclaration de Merkel, en faisant valoir que le monde prenait lentement conscience de ce dont il a pris conscience, il y a longtemps. « Quand je l’ai dit il y a un an, tout le monde est sorti et m’a attaqué vicieusement », a-t-il regretté.

« Aujourd’hui, nous entendons les mêmes choses des dirigeants du monde, non seulement du [président américain Barack] Obama [qui a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne croit plus que la paix israélo-palestinienne ne pourra pas être atteint dans les prochains mois], de Merkel – et même du chef de l’opposition [Isaac Herzog] – le comprennent maintenant ».

Il est pas nécessaire de prendre certaines mesures, toutefois, pour calmer la situation sur le terrain, a-t-il admis à une poignée de journalistes qui ont couvert son voyage d’une journée dans la capitale allemande. « C’est dans notre intérêt de lutter contre la terreur en Cisjordanie ainsi que dans la bande de Gaza et une façon de le faire est de stabiliser une situation qui s’améliore de la population sur le terrain ».

Au cours de la conférence de presse, Netanyahu a rejeté l’initiative française qui proposait une conférence régionale pour discuter du processus de paix qui est au point mort, en faisant valoir qu’elle est vouée à l’échec et que les négociations bilatérales pour la paix sont la seule voie vers un Etat palestinien.

Plus tôt dans la journée, l’ambassadeur français en Israël, Patrick Maisonnaive, s’est entretenu avec le directeur politique du ministère des Affaires étrangères, Alon Ushpiz, à Jérusalem pour présenter le plan de Paris, initialement annoncé par l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, de convoquer une conférence de paix régionale. Si la conférence ne parvient pas à mener à un progrès important vers la solution à deux Etats, la France va reconnaître unilatéralement un Etat palestinien, avait menacé Fabius.

Répondant à une question posée par le Times of Israel, Netanyahu a déclaré qu’il trouve la proposition française étonnante. « Elle dit : nous allons organiser une conférence internationale, mais si vous ne réussissez pas, nous avons déjà prédéterminé le résultat – nous allons reconnaître un Etat palestinien ».

L’initiative ne prend pas en considération plusieurs questions d’importance cruciale pour Israël, a-t-il déploré. « Elles ne sont pas importantes. Nous déterminerons qu’il y a un Etat, sans aucune condition en matière de la reconnaissance, de la sécurité ou de quoi que ce soit », a-t-il dit, avec un air moqueur.

Plus sérieusement, il a ajouté : « bien sûr, cela garantit que cette conférence va échouer parce que si les Palestiniens savent que leur demande sera satisfaite, a priori, et qu’ils n’ont pas besoin de faire quoique ce soit, alors il y a visiblement une contradiction interne ici, car ils n’auront rien à faire. Il y a un moyen de faire avancer la paix – des négociations directes sans conditions préalables entre les parties. Ceci est la vraie voie et je pense que toute personne qui tente de s’écarter d’elle ne fera pas avancer des négociations vers le succès ».

Netanyahu a également nié que la chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini, a évoqué avec lui un plan pour produire un rapport contenant des suggestions sur la façon de relancer le processus de paix.

Samedi, Mogherini a écrit sur son blog qu’elle avait discuté de ce plan avec Netanyahu et le président de l’AP, Mahmoud Abbas, « qui m’a assuré de leur volonté de participer à ce nouveau processus ».

Netanyahu a déclaré que les relations de Jérusalem avec l’UE sont en train de s’améliorer, en citant sa récente conversation avec Mogherini au cours de laquelle les deux ont essayé de mettre fin à la tension, qui s’est élevée, suite à la décision de Bruxelles d’étiqueter des produits fabriqués en Cisjordanie.

« L’Etat d’Israël doit être traité de façon équitable. Nous ne sommes pas la cause des problèmes au Moyen-Orient. Nous sommes une partie importante de la solution », a déclaré Netanyahu.

« Si Israël n’était pas là, toute la partie ouest du Moyen-Orient serait inondée par les forces du fanatisme islamiste. Avec ce flot, beaucoup plus de millions d’autres [réfugiés] seraient venus en Europe. Israël est le mur de fer de la civilisation occidentale au coeur du Moyen-Orient ».