Alors que le décret exécutif du président américain Donald Trump suspendant l’entrée des réfugiés et annulant les visas des voyageurs provenant de sept pays majoritairement musulmans continue de choquer les Etats-Unis, l’Europe et le Moyen Orient, les ministres israéliens ne se sont pas exprimés sur cette décision.

Même si certains des ministres ont expliqué pourquoi ils préféraient ne pas répondre, ou pourquoi ils pensaient que ce serait inapproprié, chacun des 22 ministres a refusé ou n’a pas répondu aux demandes répétées du Times of Israël pour commenter le sujet.

Le président Reuven Rivlin, connu pour ses messages inclusifs envers la population arabe israélienne et ses répétitions de « nous ne sommes pas en guerre avec l’islam », a également refusé de répondre.

A l’exception d’un tweet de la présidente du parti de gauche Meretz et d’un court communiqué du dirigeant de la Liste arabe unie, les présidents des partis de l’opposition ne se sont pas non plus exprimés. Ils ont eux aussi refusé de répondre au Times of Israël à ce sujet.

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

Au contraire, le décret de Trump, annoncé samedi, a été quasiment immédiatement condamné par les dirigeants internationaux du monde entier. Les présidents, les Premiers ministres et les ministres du Royaume-Uni, de France, d’Allemagne, du Canada, de Turquie, d’Iran et d’autres pays ont fustigé l’initiative.

Tout en ignorant le décret suspendant l’entrée des réfugiés et annulant les visas des voyageurs venant d’Iran, d’Irak, de Libye, de Somalie, du Soudan, de Syrie et du Yémen, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué la barrière voulue par Trump à sa frontière mexicaine, affirmant que la clôture israélienne à la frontière égyptienne avait réussi à stopper l’immigration illégale.

« Le président Trump a raison. J’ai construit un mur le long de la frontière sud d’Israël. Il a arrêté toute l’immigration illégale. Grande réussite. Grande idée », a écrit Netanyahu en anglais sur Twitter samedi soir.

https://twitter.com/netanyahu/status/825371795972825089

Après ce tweet, le Times of Israël a demandé au bureau du Premier ministre pourquoi, étant donné que les deux politiques sont liées à la sécurité des frontières, il avait donné son opinion sur le mur à la frontière mexicaine, mais pas sur l’interdiction d’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de certains pays musulmans.

Un porte-parole du Premier ministre a refusé de répondre. Il n’a pas non plus dit si Trump avait demandé d’une manière ou d’une autre à Netanyahu de soutenir le mur.

Il y a treize mois, pendant la campagne brutale et très disputée pour la nomination républicaine, Netanyahu avait rejoint les dirigeants internationaux, condamnant l’annonce de Trump, qui prévoyait une « interdiction totale et complète de l’entrée des musulmans aux Etats-Unis ».

Deux jours après, après des appels de l’opposition israélienne pour qu’il annule une rencontre prévue avec celui qui était à l’époque le favori républicain en Israël, le bureau du Premier ministre avait déclaré que Netanyahu « rejette les récents propos de Trump sur les musulmans », mais qu’il le rencontrerait néanmoins comme prévu.

« L’Etat d’Israël respecte toutes les religions et garantit strictement les droits de tous ses citoyens. D’autre part, Israël lutte contre l’islam militant qui vise les musulmans, les chrétiens et les juifs de la même manière, et menace le monde entier », avait alors déclaré Netanyahu.

Son bureau avait souligné que la rencontre avait été organisée avant que Trump ne fasse son annonce, et qu’elle ne signifiait pas que le Premier ministre soutenait les opinions du candidat.

Quelques jours après, Trump avait cependant annulé son voyage en Israël, citant « beaucoup de raisons différentes », notamment un désir d’alléger la pression sur Netanyahu. Dans un entretien, il avait ensuite déclaré que la critique du Premier ministre était « inappropriée ». Les deux hommes s’étaient finalement rencontrés en septembre 2016, pendant un voyage de Netanyahu aux Etats-Unis.

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Quand il lui a été demandé si Netanyahu avait changé d’avis sur l’interdiction d’entrée des musulmans aux Etats-Unis depuis décembre 2015, son porte-parole a refusé dimanche de répondre.

Les ministres de Netanyahu, provenant de six partis politiques différents, ont tous été réticents à s’exprimer. Aucun d’entre eux n’a publié de communiqué sur le sujet, et ils ont tous refusé de répondre aux questions sur le décret suspendant l’entrée des réfugiés et des ressortissants de sept pays musulmans, ou sur les déclarations de Trump suggérant qu’il pourrait mettre en place un test religieux pour les personnes arrivant de Syrie afin de laisser les chrétiens fuir les persécutions.

Un porte-parole de Naftali Bennett, ministre de l’Education et de la Diaspora et président du parti HaBayit HaYehudi, a déclaré qu’il ne répondait qu’aux questions liées à son ministère.

La ministre de l’Egalité sociale, Gila Gamliel, membre du Likud, a affirmé que le sujet était un débat américain interne. Les porte-paroles de 20 autres ministres n’ont pas répondu aux questions qui leur ont été posées.

Au total, 37 députés avaient signé en décembre 2015 une pétition appelant Netanyahu à annuler sa rencontre avec Trump après ses déclarations sur l’immigration musulmane. Même si la plupart des signataires appartiennent à l’opposition, ils avaient été rejoints par les députés de la coalition Yaacov Margi (Shas) et Roy Volkman (Koulanou). Aucun des deux députés n’était disponible pour s’exprimer dimanche.

Ce silence ne s’est pas limité aux partis de la coalition. Dimanche soir, Ayman Odeh, qui dirige la Liste arabe unie, a été le deuxième président de parti représenté à la Knesset à s’exprimer sur le décret présidentiel.

« Que le dirigeant de l’Etat utilise les lois du pays pour discriminer et exclure une partie de la population est un signe de montée des régimes totalitaires », a déclaré Odeh dans un communiqué de presse publié après une demande du Times of Israël.

Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, pose une question au Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session de question parlementaire à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, pose une question au Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session de question parlementaire à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Je suis fier et excité de voir des masses d’Américains descendre dans les rues contre l’islamophobie et le racisme. Les manifestations dans les rues, sans distinction de race et de nationalité, sont un espoir pour un futur meilleur, pour les Etats-Unis, et pour ici », a-t-il déclaré.

Odeh a ainsi rejoint Zehava Gal-on, présidente du Meretz, qui la veille avait exprimé sur Twitter son opposition à la décision de Trump, parlant de « disgrâce morale terrible », et citant les chiffres des 3 252 493 réfugiés accueillis aux Etats-Unis depuis 1975, dont seulement 20 ont commis des attaques terroristes.

Le chef de l’opposition Isaac Herzog, qui dirige l’Union sioniste, et le président du parti Yesh Atid, Yair Lapid, ont refusé de s’exprimer sur le décret présidentiel.

Un porte-parole de Lapid a déclaré qu’il n’était pas impliqué dans les sujets internes aux Etats-Unis. Le porte-parole a indiqué un tweet publié samedi soir par Lapid, qui critique Netanyahu pour son soutien au mur de la frontière mexicaine et prévient que cela nuit au soutien bipartisan à Israël et à la relation israélo-mexicaine.

Raphael Ahren a contribué à cet article.