En juin dernier, la Knesset a approuvé le « Plan national d’aide aux survivants de l’Holocauste », soit une augmentation d’un milliard de shekels annuels des prestations aux survivants de l’Holocauste en Israël.

Une bénédiction, mais aussi un impératif, pour les 200 000 survivants en Israël, en particulier pour le tiers d’entre eux qui vivent dans la pauvreté.

Selon le nouveau plan, les survivants, notamment les plus démunis, verront leurs allocations mensuelles augmenter de manière significative.

En outre, la contribution au paiement des médicaments est un vieux souvenir, et les conjointes des survivants décédés verront leurs allocations prolongées au-delà des trois années actuelles.

Certes, l’argent est au rendez-vous, et la simplification des processus bureaucratiques fait partie du programme, mais la question demeure : est-ce que tous les survivants âgés pourront accéder facilement à ces avantages. Après tout, de nombreux paiements d’indemnités accordés aux survivants de l’Holocauste depuis 1992 n’ont pas été réclamés, en raison d’une bureaucratie décourageante.

« Il est vrai que le gouvernement s’est amélioré en matière de service à la clientèle, mais les survivants ont encore besoin d’aide pour remplir des formulaires, etc. », déclare Aviva Silberman, fondatrice et directrice de Aviv For Holocaust Survivors, une organisation à but non lucratif qui aide les survivants à recevoir les prestations qui leur reviennent auprès du ministère des Finances israélien, de l’Allemagne, de la Conference on Jewish Material Claims against Germany (JCC), la Foundation for the Benefit of Holocaust Victims en Israël, et d’autres organismes.

Silberman a fondé Aviv For Holocaust Survivors, qui fournit des services gratuitement, en 2007, après s’être rendu compte que les survivants ne connaissaient pas leurs droits. En outre, les personnes qui les accompagnent ignoraient quelles pensions et versements leur revenaient.

« Quand j’étais étudiante en droit, il y a plusieurs décennies, j’étais bénévole dans une maison de retraite. Des enveloppes arriveraient d’Allemagne pour les résidents qui étaient survivants de l’Holocauste, et parlant allemand, je pouvais traduire les formulaires et les documents et aider les survivants à s’inscrire pour recevoir leurs paiements », raconte Silberman.

« J’en ai appris plus pendant que je poursuivais mes études. Il existe des lois écrites, mais les survivants ne savaient pas comment exercer leurs droits et obtenir ce qu’ils méritent », dit-elle.

En fait, il existe actuellement 15 différents programmes d’indemnisations ou d’allocations, disponibles pour les survivants vivant en Israël.

Les petits caractères qui expliquent qui est admissible pour quel paiement, quel formulaire de demande doit être rempli, et quelles pièces justificatives doivent être fournies pour chacun, peuvent être ahurissants.

C’est là que les cinq avocats d’Aviv For Holocaust Survivors et des centaines de bénévoles interviennent pour fournir des conseils et une assistance gratuite.

En sept ans, l’organisation a aidé 40 000 survivants à exercer leurs droits et à accéder à plus de 150 millions de shekels, sous forme de paiements dus par les gouvernements israélien et allemand.

Aviva Silberman et une survivante de la Shoah (Crédit : autorisation)

Aviva Silberman et une survivante de la Shoah (Crédit : autorisation)

« Nous sommes encore plus occupés depuis l’annonce du nouveau plan plus tôt cette année. J’ai huit à dix nouveaux clients par jour », affirme Linda Levy, l’une des bénévoles de l’organisation.

Levy, qui vit à Hod Hasharon et n’a aucun survivant dans sa famille, s’est engagée il y a quatre ans, après avoir vu un bulletin d’informations à la télévision sur la façon dont les gens exploitent les survivants de l’Holocauste, en prenant parfois jusqu’à 40 % de commission pour leurs services.

Maintenant, elle fait du bénévolat à temps plein avec Aviv For Holocaust Survivors, répondant à la hotline, rendant visite aux clients en personne ou leur parlant au téléphone.

« Vous n’avez pas besoin d’être un avocat ni de parler d’autres langues que l’anglais et l’hébreu. Vous devez seulement savoir comment remplir les formulaires correctement », dit-elle.

Levy elle-même a appris (et continue d’apprendre) comment remplir les formulaires, grâce à des mises à jour et des courriels que l’organisation envoie à ses bénévoles et aux milliers de professionnels qui sont en contact régulier avec les survivants de l’Holocauste.

« Si vous pouvez aider un survivant à doubler son revenu mensuel, cela peut faire une énorme différence dans sa qualité de vie », déclare Levy. « Ils peuvent désormais réparer leurs fenêtres ou installer un climatiseur, par exemple. »

Dans le cas de Shlomo et Esther Adler de Kfar Saba, Levy a pu obtenir une augmentation encore plus grande.
« Nous avons réussi à presque tripler le revenu d’Esther», dit Levy. « Nous ne sommes pas en mesure de faire la même chose pour Shlomo, car il obtient son indemnité d’Allemagne et non d’Israël. Cependant, nous avons été en mesure de l’aider à traduire des documents et à essayer de recevoir quelques extras. »

Shlomo Adler, 84 ans, attribue l’amélioration de sa situation financière à Levy.

«Linda a tant de patience et de connaissances. Elle me demande de lui montrer mes papiers. Je lui pose des questions et je lui envoie d’autres survivants. Elle ne se lasse jamais de ce travail », dit Adler.

Selon Silberman, il est assez fréquent que les victimes redoutent de demander des prestations supplémentaires, parce qu’elles ont peur que si elles le font, elles perdront le peu qu’elles ont déjà.

Mais il se trouve que 50 % des personnes aidées par Aviv For Holocaust Survivors ont droit à plus que ce qu’elles reçoivent actuellement.

Avec une augmentation de 40 % des demandes d’assistance cette année, l’organisation travaille presque au-delà de la capacité.

« C’est une course contre la montre, parce que les prestations ne sont généralement pas payées rétroactivement, et les survivants doit être en vie pour recevoir les paiements », déclare Silberman.

Les survivants font l’effort de demander de l’aide, non seulement en raison de la sensibilisation accrue sur leur cas, mais aussi parce qu’ils se rendent compte qu’ils méritent de vivre dans la dignité et le confort pour leurs dernières années.

« Dans le passé, les réparations et les indemnités de l’Holocauste étaient considérées par beaucoup comme ‘de l’argent sale’ », dit Silberman.

« Mais aujourd’hui les survivants, dont beaucoup d’entre eux vivent dans la pauvreté, comprennent qu’ils n’aident personne en refusant de l’argent. »