Le Comité Mauthausen d’Autriche s’est alarmé mercredi du risque de voir la formation d’extrême droite FPÖ revenir au pouvoir dans ce pays, listant une série de dérapages qui établissent selon lui le caractère « incurable » de ce parti fondé par d’ex-nazis.

Après s’être efforcé de polir son image ces dernières années, le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) est crédité de 24 % d’intentions de vote aux prochaines législatives en octobre et est considéré comme un possible partenaire de coalition par le jeune favori conservateur Sebastian Kurz (ÖVP, 32 %).

Une éventuelle alliance n’a pas non plus été exclue par le chancelier social-démocrate sortant Christian Kern, en perte de vitesse (27 %).

« Si quelqu’un veut former une coalition avec le FPÖ, il ne faut pas qu’il puisse dire après coup qu’il ne savait pas à quel point ce parti est incurable », prévient le Comité Mauthausen, une organisation représentant les déportés du camp de concentration autrichien du même nom.

Pour appuyer son propos, l’ONG publie une liste de 60 dérapages à caractère xénophobe, raciste ou antisémite imputables à des élus du FPÖ depuis 2013.

« Ce sont certes des cas particuliers. Mais pas des cas isolés ou atypiques », selon l’organisation, pour qui « le FPÖ conserve une proximité marquée avec l’idéologie nazie. »

En 2000, l’entrée de ce parti au gouvernement en coalition avec le chancelier conservateur Wolfgang Schüssel avait suscité un séisme politique en Europe et donné lieu à des sanctions de l’UE.

Depuis cinq ans, le FPÖ a toutefois veillé à recentrer graduellement son image, à l’instar de la politique menée en France par Marine Le Pen, présidente du Front national, un parti allié.

Évitant soigneusement tout propos excessif, le candidat FPÖ Norbert Hofer avait, en décembre, remporté 46,2 % au second tour de la présidentielle face au candidat écologiste libéral Alexander Van der Bellen.

Lors d’une intervention télévisée lundi, le patron et tête de liste du FPÖ pour les législatives, Heinz-Christian Strache, a principalement fait valoir des valeurs d’ « équité », de « liberté » et de « progrès », insistant notamment sur la nécessité de créer un salaire minimum en Autriche.

Le FPÖ a réagi mercredi au rapport du Comité Mauthausen en dénonçant dans un communiqué une « campagne de dénigrement ».

« Ceux qui se soucient sérieusement de l’antisémitisme en Autriche auraient dû se préoccuper depuis longtemps des conséquences du déplacement de population […] qui a vu et voit arriver des flots de gens issus d’une culture où l’antisémitisme figure quasi à l’ordre du jour », estime le parti, dans une allusion à l’arrivée de réfugiés en provenance du monde musulman.

Le scrutin législatif anticipé, convoqué à l’initiative de Kurz, est prévu le 15 octobre.