Les députés du parti autrichien d’extrême droite FPÖ ont fait jeudi une rentrée remarquée au sein du Parlement issu des récentes législatives en remisant le bleuet régulièrement arboré à leur boutonnière et considéré comme un signe de ralliement de nostalgiques du nazisme.

Le FPÖ s’est toujours défendu de cette interprétation, ses membres expliquant exhiber cette petite fleur, lors de certaines occasions solennelles, comme symbole de la couleur du parti et des idéaux libéraux des révolutions de 1848 en Europe.

Mais à la différence de la dernière cérémonie d’installation du Parlement, en 2013, les 51 députés du parti anti-immigration et anti-islam se sont présentés jeudi sans bleuet épinglé au revers de leur veste, lui préférant une blanche edelweiss des montagnes.

Commentateurs politiques et spécialistes du langage des fleurs ont spéculé sur la symbolique de ce nouvel attribut. L’edelweiss incarne « le courage, la bravoure, l’amour », a répondu Heinz-Christian Strache, chef du parti, qui convoite un poste de vice-chancelier au sein de la future coalition gouvernementale, objet d’intenses pourparlers depuis deux semaines.

Les conservateurs dirigés par le jeune ministre Sebastian Kurz, vainqueur des élections du 15 octobre, sont entrés en négociations exclusives avec le FPÖ, arrivé troisième, pour tenter de sceller un accord de gouvernement.

Heinz-Christian Strache, leader du parti d’extrême-droite autrichien, prend la parole lors de la première session de l’assemblée nationale depuis les élections, le 9 novembre 2017, à Vienne. (Crédit : AFP / APA / Georg Hochmuth)

Longtemps abonné aux phrases choc contre l’immigration, critiqué pour avoir flirté avec la mouvance neonazi dans sa jeunesse, Heinz-Christian Strache, 48 ans, n’a pas ménagé ses efforts pour lisser l’image de son parti au cours des dernières années.

L’abandon du bleuet est interprété comme une nouvelle marque de cette quête de respectabilité. Cette fleur fut utilisée comme signe de reconnaissance par les supporters du parti nazi lorsqu’il a été interdit en Autriche dans les années 30, avant l’annexion du pays par Hitler en 1938.

Le politologue Thomas Hofer, interrogé par l’AFP, y voit « un signe clair que le FPÖ essaye d’éviter toute excitation médiatique ».

L’extrême droite autrichienne, qui affiche sa proximité avec la Russie, s’est pourtant offert cette semaine une première controverse lorsque deux de ses membres, dont un député, se sont rendus en Crimée pour soutenir l’annexion par Moscou, depuis 2014, de la péninsule ukrainienne. Le geste a déplu à Sebastian Kurz. Le FPÖ a évoqué une initiative individuelle.

Au moment de l’ouverture de la nouvelle session parlementaire, quelque 200 personnes ont manifesté dans le centre de Vienne contre le retour du FPÖ au gouvernement, un scénario qui s’était déjà produit en 2000. « Ne laissez pas les nazis gouverner », « le fascisme a plusieurs couleurs », proclamaient notamment leurs pancartes.