Jusqu’à ce dimanche après-midi, plus de 30 membres du Congrès – cinq sénateurs et 27 membres de la Chambre des représentants – ont annoncé qu’ils n’assisteront pas au discours de Premier ministre Benjamin Netanyahu, et la liste continue d’augmenter, au même rythme que les tensions entre Jérusalem et Washington.

Ce grand nombre de législateurs américains snobant un discours d’un dirigeant israélien, fait inédit dans l’histoire, laisse à penser que Netanyahu sera forcé d’affronter une salle à moitié vide, envoyant un grave message de discorde entre les deux pays alliés.

Un tel scénario embarrassant serait aux antipodes du dernier discours de Netanyahu à une réunion conjointe du Congrès en 2011, quand une salle comble l’a honoré de 29 ovations – quatre de plus que le président Barack Obama lors de son discours sur l’état de l’Union cette année.

Mais alors que le Premier ministre recevra probablement un accueil nettement moins enthousiaste mardi, il sera probablement épargné de l’humiliation de sièges vides quand il prendra place au podium pour la troisième fois dans l’histoire.

Contrairement à certains rapports, les membres républicains du Congrès – qui soutiennent généralement le discours de Netanyahu, défiant le président Barack Obama – n’auront pas à faire appel à leurs équipes pour remplir les sièges vacants. La Chambre, située au centre de l’aile sud du Capitole, contient 448 sièges permanents, qui seront tous occupés par les membres du Congrès présents, ainsi que par la délégation israélienne.

Il y a 435 représentants et 100 sénateurs américains, ce qui signifie que même si beaucoup d’autres membres du Congrès décident de ne pas se présenter, Netanyahu sera toujours devant une salle comble.

En outre, environ 20 à 30 sièges seront occupés par des membres de la délégation israélienne, comme l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis Ron Dermer et de hauts responsables du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires étrangères.

Ron Dermer (Crédit : Ron Sachs)

Ron Dermer (Crédit : Ron Sachs)

Par opposition au Sénat, il n’y a pas de sièges attribués, ce qui signifie les premiers arrivés seront les premiers servis.

Le vice-président Joe Biden, qui est aussi le président du Sénat et qui s’assoit généralement derrière Netanyahou, à côté du président de la Chambre John Boehner, sera au Guatemala au moment du discours, prévu pour mardi à 11h00, heure locale. Mais son siège ne restera pas vide : le sénateur Orrin Hatch, un républicain de Utah, l’occupera.

Mais le simple fait que Netanyahu s’adressera probablement devant une salle comble ne nie pas la criante vérité que l’establishment politique américain est profondément divisé sur son discours, selon Eytan Gilboa, un expert des relations américano-israéliennes au Centre Begin-Sadate d’études stratégiques de l’université Bar-Ilan.

« Les images vidéo de la session montreront une certaine défection démocratique. Elles montreront à vif la rupture de la nature bipartite du soutien à Israël, et c’est très grave », dit-il.

Même s’il n’y aura pas de sièges vides, les réunions conjointes du Congrès sont jugées par d’autres critères, par exemple, le nombre de standing-ovations et leur durée, ajoute Gilboa. « Cela sera pris en compte. Je pense que Netanyahu risque que ce discours soit sévèrement critiqué pour n’avoir pas été suffisamment acclamé au Congrès. C’est un problème. »

Malgré tout le tapage médiatique, au bout du compte, le discours controversé du Premier ministre aura peu d’impact, prédit Gadi Wolfson, expert en communication politique israélienne. Ni les membres du Congrès à Washington, ni les Israéliens à la maison ne changeront d’avis sur la menace nucléaire iranienne ou sur leur vote, dit-il.

« Les Israéliens ont entendu des centaines de discours de Netanyahu. Aucun écrit ne pouve qu’une opinion bien établie peut être modifiée par un seul discours », dit-il. Un discours poli et émotionnel qui reçoit des ovations de membres du Congrès américain pourrait, dans les bons jours, inciter des milliers de personnes à voter pour Netanyahu, mais vu la controverse sur l’intervention de mardi, le Premier ministre ne devrait pas s’attendre à gagner de la sympathie, prévoit Wolfsfeld.

« La plupart des Israéliens connaissent l’importance des relations avec les États-Unis, et savent que la présence de Netanyahu à Washington exaspère les Américains. Il ne gagnera rien en y allant. Il pourrait en fait perdre quelques votes. »

De même, l’idée que le discours puisse inciter les législateurs américains à mettre un terme à un accord nucléaire avec l’Iran qu’ils avaient en premier lieu encouragé est absurde, suggère Wolfsfeld.

Netanyahu est « en politique depuis trop longtemps pour savoir qu’il ne peut changer l’avis des membres du Congrès. Son discours n’est pas de type ‘I have a dream’ – c’est un discours de plus sur l’Iran. Et ce n’est pas comme ils ne connaissaient pas déjà sa position. Il n’y a rien de nouveau. S’il pense vraiment que la puissance de ses paroles peut avoir une telle influence, il est plus stupide que je pensais. »

Le discours de Netanyahu au Congrès peut donc être considéré comme un exemple classique de test de Rorschach, dit Wolfsfeld.

« Si vous aimez Netanyahu, vous repartirez inspiré par ses paroles et croirez qu’il a dit ce qui devait être dit avant la signature de l’accord [avec l’Iran] pour protéger Israël de la catastrophe. Et si vous n’aimez pas Netanyahu, le discours sera une nouvelle preuve de l’incapacité de l’homme à maintenir de bonnes relations avec les Etats-Unis et du fait qu’il est un éléphant dans un magasin de porcelaine. »