Avec la fermeture du poste-frontière Rafah, la réconciliation palestinienne vacille
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Avec la fermeture du poste-frontière Rafah, la réconciliation palestinienne vacille

Un ministre de l'AP assure qu'Israël s'est engagé à assouplir les restrictions sur les importations vers la bande de Gaza, mais le COGAT dément

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Les portraits du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et du leader palestinien Mahmoud Abbas dressés au carrefour de Rafah avec l'Egypte, le 1er novembre 2017 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)
Les portraits du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et du leader palestinien Mahmoud Abbas dressés au carrefour de Rafah avec l'Egypte, le 1er novembre 2017 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

La frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte est restée fermée mercredi, malgré les déclarations de responsables palestiniens et les espoirs placés par les Gazaouis dans la réouverture de ce lien important entre l’enclave et le monde extérieur.

L’Autorité a pris le contrôle, côté palestinien, des points de passage avec Israël et l’Egypte le 1er novembre, des responsables évoquant la réouverture de Rafah le 15 de ce mois.

Mercredi, toutefois, les responsables palestiniens disaient attendre toujours une annonce égyptienne.

« Nous ne disposons d’aucune information sur la date de réouverture de Rafah », a indiqué à l’AFP Nazmi Muhanna, responsable de ce poste frontière au nom de l’Autorité palestinienne.

L’accord de réconciliation signé en octobre au Caire prévoit que le Hamas restitue d’ici au 1er décembre les pouvoirs dans la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne internationalement reconnue.

Des responsables palestiniens avaient évoqué pour le 15 novembre la réouverture du point de passage de Rafah (sud de la bande de Gaza), dans la dynamique d’un accord de réconciliation conclu le mois dernier entre mouvements palestiniens rivaux sous les auspices du Caire.

Des divergences entre Palestiniens persistent, notamment sur la question du contrôle de la sécurité dans la bande de Gaza.

Le Hamas refuse de désarmer sa branche militaire, comme le réclame le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Rami Hamdallah (Crédit : Université d’An-Najah)

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Rami Hamdallah a déclaré à plusieurs reprises que ses ministères ne pourraient pas gouverner l’enclave sans avoir le contrôle total de la sécurité.

L’AP veut mettre en œuvre un accord de 2005, qui placerait des observateurs européens stationnés au poste-frontière de Rafah, ainsi qu’une coopération sécuritaire avec Israël.

Cependant, le Hamas considère que les accords conclus avec l’AP rendent l’accord de 2005 caduque.

Les problèmes de sécurité dans la péninsule du Sinaï égyptien constituent également un motif d’inquiétude pour le Caire.

Les forces armées égyptiennes y combattent une organisation se réclamant du groupe jihadiste de l’Etat Islamique.

L’Egypte doit accueillir une réunion inter-palestinienne au Caire le 21 novembre pour discuter des prochaines étapes de la réconciliation.

Sans la réouverture du poste-frontière de Rafah, des milliers de Gazaouis restent coincés dans l’enclave.

L’obtention d’un permis de sortir, octroyé par Israël, est une procédure longue et chronophage.

Le nombre de personnes qui sortent de Gaza pour se rendre en Israël via le poste-frontière Erez diminue d’année en année. En octobre 2017, 4 821 Palestiniens sont sortis par le poste-frontière Erez, contre 7 101 en octobre 2015, 10 745 en octobre 2015, selon le groupe israélien pour la liberté de mouvement, Gisha.

Actuellement, 16 000 Gazaouis ont déposé des demandes pour avoir le droit de sortir par Israël, a précisé Gisha.

Khaled Fawzi, 3ème à gauche, chef des services égyptiens de renseignement, aux côtés du leader du Hamas, Izzat al-Rishq, 2ème à gauche, et d’Azzam al-Ahmad du Fatah, au centre, suite à la signature de l’accord de réconciliation au Caire, le 12 octobre 2017 (Crédit :AFP / KHALED DESOUKI)

En mai, les autorités israéliennes ont doublé le délai d’obtention d’un permis de sortir via la frontière Erez, a indiqué Gisha. Auparavant, 23 jours ouvrables suffisaient pour obtenir un permis, hors circonstances médicales ; il en faut désormais entre 50 et 70.

Pour de nombreux Gazaouis, sortir par Israël est une escale pour voyager, au départ de la Jordanie.

Israël a mené trois guerres contre les terroristes islamistes du Hamas, qui gouvernent la bande de Gaza depuis 2007.

Israël affirme que le contrôle des frontières n’existe que pour empêcher la contrebande d’armes vers Gaza. De nombreux Gazaouis ont été arrêtés après avoir tenté d’importer illégalement des équipements pour le Hamas.

Forces de sécurité égyptiennes au poste-frontière de Rafah, à la frontière avec la bande de Gaza, le 14 août 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Israël assure qu’il n’assouplira pas l’importation vers Gaza

Parallèlement, l’AP et les autorités israéliennes proposent des versions contradictoires sur les conséquences du retour de l’AP au poste-frontière entre Gaza et Israël sur les restrictions concernant l’importation.

Depuis la guerre de l’été 2014 entre le Hamas et Israël, du matériel dit à-double-usage, qui peut servir aux civils et aux militaires, ont été acheminés vers la bande de Gaza grâce au mécanisme de Reconstruction de Gaza.

Grâce à ce mécanisme, le matériel à double usage, principalement les matériaux de constructions, ont été distribués à Gaza par le biais de fournisseurs approuvés par l’ONU et sous surveillance de l’ONU.

L’ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nikki Haley visite un tunnel terroriste construit par le Hamas à la frontière d’Israël avec la bande de Gaza, le 8 juin 2017 (Crédit : Matty Stern / Ambassade des États-Unis, Tel Aviv)

Israël cherche à empêcher les groupes terroristes de la bande de Gaza de se servir de matériaux de constructions pour créer des tunnels d’attaques transfrontaliers.

« Nous avons reçu des réactions positives de la part du gouvernement israélien concernant la suspension du Mécanisme de la Reconstruction de Gaza, a déclaré Mufid al-Hasayneh, ministre des travaux publics et du logements de l’AP au Al Monitor mardi.

Le ministre de l’AP a déclaré, selon l’article, qu’Israël a accepté de suspendre le Mécanisme de Reconstruction d’ici janvier 2018.

Cependant, le COGAT, la branche du ministère de la Défense, qui fait la liaison avec les Palestiniens sur les Affaires civiles et sécuritaires, a démenti au Times of Israël la suspension du Mécanisme de la Reconstruction de Gaza.

Cette affirmation est « infondée et incohérente [au regard] de la coopération avec l’Autorité palestinienne sur la reconstruction [de Gaza] », a déclaré le COGAT.

« Le mécanisme de Reconstruction de Gaza est important, et les deux parties ont intérêt à le préserver : Israël le considère comme un mécanisme efficace. »

L’AFP a contribué à cet article.

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