Les progrès de la réconciliation entre les deux principales factions palestiniennes incitent le reste du monde à se demander quelle place serait faite au groupe terroriste palestinien du Hamas, qui refuse l’existence d’Israël.

Israéliens, Américains et Européens ainsi que l’ONU suivent attentivement les discussions entre le Hamas et le Fatah, conscients des implications d’un rapprochement, qui dépasseraient largement le cadre palestinien.

Après dix années de déchirements et maintes tentatives avortées de réconciliation, la prudence est de mise. Cela n’empêche pas de commencer à envisager le jour d’après, indique-t-on de sources diplomatiques.

Tout en saluant les avancées enregistrées, plusieurs diplomates occidentaux expriment leur préoccupation devant l’éventualité que le Hamas, considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis ou l’Union européenne, entre dans un gouvernement d’union.

Le Fatah et le Hamas se sont entendus au Caire pour que la formation terroriste, qui dirige sans partage la bande de Gaza depuis dix ans, transfère d’ici au 1er décembre « toutes les responsabilités » à l’Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas, à la tête du Fatah.

Des discussions vont s’engager en vue de former un gouvernement d’union.

Le retour effectif de l’Autorité, évincée de Gaza en 2007 par le Hamas qui s’était vu privé de sa victoire électorale aux législatives de 2006, constituerait un développement attendu de longue date par la communauté internationale.

L’Autorité, entité intérimaire internationalement reconnue et censée préfigurer un Etat indépendant, n’exerce son contrôle que sur des fragments de la Cisjordanie, distante de Gaza de quelques dizaines de kilomètres.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a salué les progrès du Caire en insistant sur leurs retombées humaines et la « nécessité de répondre urgemment à la crise humanitaire à Gaza ».

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, pendant une conférence de presse dans une école de l'ONU à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 août 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, pendant une conférence de presse dans une école de l’ONU à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 août 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Le retour de l’Autorité à la bande de Gaza permettrait en particulier une ouverture plus constante du poste de Rafah vers l’Egypte, soulageant les Gazaouis, éprouvés par les guerres israéliennes, l’enfermement dû aux blocus israélien et égyptien, le chômage et les pénuries.

Pour l’ONU et les autres, instruits par les déconvenues antérieures, il est trop tôt pour préjuger de la réussite de la réconciliation et pour en anticiper toutes les conséquences, notamment la formation d’un gouvernement d’union.

Mais, les analystes palestiniens conviennent que le Fatah et le Hamas n’ont plus guère d’options. Le Hamas a pris conscience qu’il valait mieux ne pas assumer l’impopularité liée à la gestion des affaires courantes, disent-ils.

Cependant, les annonces du Caire laissent en suspens des questions épineuses, à commencer par celle consistant à savoir si le Hamas est disposé à céder le contrôle de la sécurité. Le Hamas, avec une aile armée forte de 25 000 hommes, des milliers de roquettes et un réseau de tunnels à vocation militaire, a prévenu que la question des armes n’était pas négociable.

‘Meurtriers en série’

Un diplomate européen dit se méfier d’une situation à la libanaise, où le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah dispose d’une branche armée indépendante du gouvernement. Les Européens voudront voir le Hamas renoncer ostensiblement au contrôle quotidien de la sécurité avant de financer d’importants projets de développement, dit-il.

La formation d’un gouvernement d’union pose aussi la question du maintien de l’aide américaine, capitale pour l’Autorité. La loi américaine interdit tout soutien matériel ou financier aux organisations terroristes.

Des diplomates évoquent des arrangements possibles : un peu comme en 2014, on pourrait travailler avec un gouvernement incluant des membres du Hamas ayant quitté le mouvement, reconnu Israël et renoncé à la lutte armée.

L’un des grands enjeux demeure l’entreprise de paix avec Israël, moribonde. Les dissensions palestiniennes passent pour un obstacle majeur à un règlement, tant les positions du Fatah et du Hamas divergent.

Le Hamas a présenté en mai une plate-forme cherchant à atténuer le ton belliqueux de sa charte fondatrice. Mais Israël reste une « entité usurpatrice » et « illégale », le but du Hamas reste « de libérer la Palestine », et « la résistance et le Jihad » demeurent « un droit légitime, un devoir et un honneur ».

Aussi la réconciliation Fatah/Hamas ne fait-elle « que compliquer encore davantage la recherche de la paix », a réagi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Se réconcilier avec des meurtriers en série fait partie du problème, pas de la solution », a-t-il dit.