L’Iran voulait qu’on lui donne des preuves de sa volonté d’obtenir une bombe nucléaire, déclare Ram Ben Barak : pourquoi alors insister sur des droits pour mener des recherches et développer des centrifugueuses rapides, et rejeter les inspections sans préavis ?

Le nouvel accord sur le nucléaire avec l’Iran va donner à Téhéran une légitimité complète pour s’investir dans un travail nucléaire encore plus développé et va entraîner une course à l’armement nucléaire et conventionnel dans la région, a averti vendredi un haut responsable israélien.

Ram Ben Barack a déclaré que l’Iran était pleinement déterminé à obtenir une bombe atomique au moment où il le voudra, et sans insistance pour empêcher, dans le cadre de l’accord, aux inspecteurs d’avoir un accès sans préavis aux installations suspectes, et pour continuer à mener des recherches et développer des centrifugeuses de manière rapide, a démontré que le régime reste déterminé à obtenir des armes nucléaires.

Ben Barak, le directeur général du ministère des Affaires stratégiques et candidat en tête pour être le prochain chef de l’agence de renseignement du Mossad, a déclaré à la Dixième chaîne que l’accord de 10 ans entre les puissances du monde P5+1, menées par les Etats-Unis, et l’Iran signé mardi, qui vise à arrêter les ambitions nucléaires de Téhéran en échange d’une levée des dures sanctions internationales, est très « mauvais ».

Ben Barak est l’un des trois candidats en compétition pour le poste tant convoité de chef du Mossad. Ses deux autres concurrents sont le président du Conseil national de sécurité Yossi Cohen et un assistant anonyme de l’actuel chef du Mossad Tamir Pardo. Pardo doit quitter sa fonction en janvier 2016.

« C’est un très mauvais accord, a-t-il déclaré à la Dixième chaîne, principalement parce qu’il donne à l’Iran sa légitimité de poursuivre son travail sur le nucléaire. Alors, d’ici dix ans à partir de maitenant, l’Iran sera capable d’enrichir de l’uranium au degré qu’il souhaite et en quantité qu’il souhaite, sans aucune limite ».

Le guide suprême de l’Iran Ayatollah Ali Khamenei, a-t-il déclaré, s’est rendu compte en 2013 que les sanctions devenaient une véritable menace à son règne et il a rapidement changé de position, permettant ainsi à Hassan Rouhani de concourir à la présidence et de gagner.

« L’offensive de charme a commencé et les Iraniens ont efficacement conduit les puissances mondiales à la table des négociations où ils se sont trouvés dans une position idéale pour eux », explique Ben-Barak.

« Ils ont atteint un point [grâce à cet accord] où ils peuvent décider le moment et le lieu pour obtenir une bombe [nucléaire] », a-t-il continué en soulignant les défaut inhérents à l’accord, y compris les concessions majeures des puissances sur le mécanisme des inspections, qui donne à l’Iran 24 jours pour se préparer à l’inspection d’un site donné, et le processus de levée des sanctions.

Il a déclaré que la nature même des clauses problématiques dans l’accord et l’insistance de l’Iran à forcer les puissances mondiales à faire un compromis à ce sujet soulignent que les Iraniens « veulent avoir une bombe au moment où ils le décident ».

« Tous les éléments problématiques de l’accord montrent que les Iraniens sont intéressés à atteindre la capacité de production d’une bombe. S’ils n’avaient aucune intention de développer secrètement leur programme, ils n’auraient pas insisté [lors des négociations] sur cette question, qui menaçait de faire échouer les discussions : au final, les Américains ont cédé et les Iraniens ont 24 jours pour se préparer aux inspections, a déclaré Ben Barak, au lieu des 24 heures demandées à l’origine par les puissances mondiales.

Dans la même logique, l’insistance de l’Iran au droit de continuer sa recherche, son développement et ses tests sur le centrifugueuses IR-8, toujours en phase de développement, qui peuvent enrichir de l’uramium 20 fois plus vite que les actuelles IR-1, souligne l’ambition inchangée du régime d’obtenir des armes nucléaires, a déclaré Ben Barak.

Il n’y aurait pas besoin des IR-8, si, comme les Iraniens le prétendent, ils cherchaient seulement à enrichir de l’uranium à bas niveau, « pour des buts pacifiques », a-t-il déclaré.

« Mais si vous voulez mettre en place une installation secrète, a-t-il déclaré, afin de travailler dans le but d’obtenir la bombe, l’installation doit être petite ». Moins de centrifugeuses plus rapides seraient donc nécessaires.

« Alors vous comprenez que leurs intentions ne sont pas exactement pures », a-t-il dit sèchement.

Le candidat à la direction du Mossad a décrit l’attitude des puissances mondiales dans les négociations comme trop conciliantes et problématiques.

« Il y avait deux camps [dans ces négociations]. Un camp venait à la table après avoir souffert de terribles sanctions, on peut dire qu’ils sont venus à genoux à la table des négociations. L’autre camp, les puissances mondiales, sont venus à la table avec de nombreuses forces. Au final, l’Iran a obtenu tout ce qu’il voulait et les puissances ont cédé sur toutes leurs lignes rouges », a-t-il attaqué.

« L’accord va mettre en marche une course aux armes nucléaires et conventionnelles », a-t-il prévenu.

Quand on lui a demandé quelle était l’alternative, une question que les Etats-Unis ont posée à Israël, Ben-Barak a déclaré que l’autre option « était et reste de s’engager dans des négociations qui conduisent à un meilleur accord ».

Interrogé sur la capacité militaire d’Israël à contrecarrer l’Iran, il a déclaré : « Israël est un État très fort. Il peut presque faire tout ce qu’il veut. Il en a les capacités. Savoir s’il les utilise ou non est une décision prise à des échelons politiques ».

L’officiel israélien faisait écho à certains sentiments exprimés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le sillage de l’accord.

Netanyahu a été un opposant très actif des négociations avec l’Iran et de l’accord en lui-même, accusant que l’accord laissait l’Iran au seuil de l’obtention d’armes nucléaires et accusant les puissances mondiales de faire trop de concessions qui mettaient en danger l’Etat d’Israël.

Avec l’accord signé entre les puissances mondiales et l’Iran mardi, les sanctions internationales seront progressivement levées alors que l’Iran adhère à des restrictions de plusieurs années sur l’enrichissement et la recherche et le développement nucléaire. Téhéran se soumettra également au mécanisme d’inspections internationales, avec un préavis de 24 heures.

L’accord prévoit aussi un mécanisme « de rétroaction » afin de pouvoir remettre en place d’anciennes sanctions. Il établit une commission commune qui examinerait tout plainte si les puissances mondiales sentent que l’Iran n’a pas rempli ses engagements selon les termes de l’accord.

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies doit approuver l’accord sur 10 ans lundi prochain.

Plus tôt ce mois, Ben Barak a averti que l’accord sur le nucléaire avec l’Iran lui donnerait la possibilité de dominer le Moyen-Orient.

Il a dit que la levée des sanctions donnerait à Téhéran « un océan d’argent », lui permettant d’acheter de l’influence à travers le Moyen-Orient et « d’avancer vers une position où personne ne sera plus capable de le menacer et il contrôlera tout ce qui lui plaît ».

Ben Barak a souligné qu’il n’y a « presque aucun endroit aujourd’hui au Moyen-orient où l’Iran n’est pas impliqué : l’Irak, où les intérêts iraniens vont de pair avec ceux des Américains, le Liban où le Hezbollah constitue, dans les faits, une division iranienne, et le Yemen, qui, en bonne partie, a été conquis par l’Iran ».